‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 56 sur 143 · LA DÉTRESSE DU ROI ET LE SHIPMONEY · texte numérisé non relu

LA DÉTRESSE DU ROI ET LE SHIPMONEY

la révolte des Écossais, qu'il lui fallait combattre. De leur côté, les puritains anglais et les membres du Parlement forcés de se séparer, mais dont la popularité avait grandi par suite de leur refus d'impôts, n*eurent plus qu'une pensée : faire cause commune avec les presbytériens du nord, déjà en armes, et, par des soulèvements partiels dans les comtés d'Angleterre, tenir en échec le pouvoir du roi et activer le brandon révolutionnaire. Charles, toujours aux expédients, en dépit des sommes qu'il avait trouvées dans la bourse de ses amis, se vit obligé de frapper d'amendes énormes les moindres délits, de monopoliser les objets de consommation journalière*; enfin le procureur du roi, Noy, se livra, dans l'intérêt du fisc , à de véritables exactions '. Strafford conseilla à Charles de recourir à une loi, vieille de plusieurs centaines d'années , qui consistait à faire payer par tète à tous les habitants de la Grande-Bretagne une taxe proportionnelle, à la volonté du roi, et destinée, soi-disant, à équiper et à entretenir la flotte : c'est ce qu'on appelait le Shipmoney. Un pareil impôt entre les mains de la royauté lui donnait un pouvoir presque sans borne. « Avec cette seule loi, disait Strafford à Charles P',

* Il y eut entr' autres le monopole du savon, qui, grâce aux réclamations bruyantes des blanchisseuses [de Londres, y causa des troubles sérieux.

* ■ A sa mort on placarda Fafliche suivante: « Les chinirgriens du roi, ayant procédé à l'autopsie du cadavre de Noy, ont trouvé dans son estomac une quantité de mauvais savon, dans sa bouche des proclamations dUmpôtSt dans son cerveau de vieux arrêts moisis, et dans son cœur : rien. « Philarète Chasles, CkarUi /•', p. 160.

VOUS VOUS trouverez tout à coup plus puissant et plus absolu que tous vos prédécesseurs ^ » Mais le ministre sentait que c'était là un moyen extrême et périlleux, et il chercha à entourer Texécution de la loi de tous les palliatifs et de toute la mansuétude imaginables. Elle n'en devint pas moins une des armes les plus terribles, dont l'opposition put se servir contre la couronne, et Hampden, qui le comprit, fut un des premiers à refuser absolument d'acquitter la part qui lui incombait.

Pendant ce temps-là, l'armée royale se mettait en marche vers l'Ecosse , sous les ordres du comte de Northumberland , qui ne pouvait guère inspirer confiance au roi, et du comte de StrafTord lui-même, tandis que les Écossais, avertis à temps, prenaient l'initiative, en faisant irruption sur le territoire anglais. A cette nouvelle , Charles courut en poste prendre le commandement des troupes ; mais à peine étaitril arrivé que plusieurs lords d'Angleterre vinrent lui remettre une requête en tout point semblable aux déclarations des presbytériens écossais , de sorte que les nuages orageux qui s'amoncelaient du côté du midi, le menacèrent d'un péril plus formidable encore que la tempête déchaînée dans le nord *.

Se sentant ainsi pris entre deux feux, le roi hésita : en vain Strafford lui conseillait-il de profiter de son armée pour ressaisir l'exercice complet

« Strafford's papers, 11, 61.

* Perrinchief.

CONTROYERSES RELIGIEUSES INTEMPESTIVES. 151

de son pouvoir royal, et de briser par la force les entraves qu'on cherchait à lui imposer, Charles ne sut prendre que des demi-mesures. Les troupes, d'ailleurs, étaient aussi incertaines que mal commandées. Une trêve fut donc conclue avec les Écossais, qui consentirent à évacuer le territoire d'Angleterre, à condition que les deux armées seraient également payées par le roi : c'était autant de gagné pour ses ennemis. Aussitôt après, ce prince réunit à York le Grand Conseil des pairs, pour écouter avec lui les plaintes des Écossais, et arriver, si cela était possible, à un accommodement définitif ^ Cédant alors à Tun de ses gonts favoris, Charles se jeta dans une série de dissertations théologiques avec les commissaires de Tarmée du Covenant ; il nourrissait l'espérance, un peu puérile , de les convertir par ses discours à cette Église épiscopale, qu'ils haïssaient au moins à l'égal de la religion catholique. Comme oela devait arriver, ces controverses avec des sujets rebelles se prolongèrent, sans amener d'autre résultat sérieux qu'un échec pour le prestige de la royauté *. Parmi les pairs assemblés à York, plusieurs étaient des mécontents, d'autres des puritains amis des Écossais : aussi , sans prendre de parti décisif, s'entendirent-ils pour conseiller au roi de convoquer un Parlement , qui l'aiderait à triompher plus aisément de ses ennemis. Charles y consentit, et les chambres furent appelées à Westminster pour

* Perrinchief.

• Pbilarëte CbasleB, Chariet I», p 105.

le 3 novembre ; le Long Parlement était constitué , et il devait vi^Te assez pour faire tomber sous 1» hache la tête de son roi * !

Au milieu des agitateurs du parti de la révolution, se distinguait, par la fougue de son éloquence populaire, John Pym*, un épicurien démagogue ^ sorte de Mirabeau britannique, qui, comme le nôtre, devait mourir jeune et suspect à tout le monde. Lié avec Strafford dans les premiers temps de sa carrière, il s était séparé de lui avec éclat, lorsque ce grand ministre devint le champion de la prérogative royale, et, à partir de cette époque, ce fut Pym, qui souleva au plus haut degré, contre son ancien ami^ les passions de la multitude. N'était-ce pas Strafford qui était parvenu à lever une armée et n'avaitil pas conseillé au roi de s*en servir, pour écraser ses ennemis d'Angleterre aussi bien que ceux d'Ecosse? Il fallait se délivrer à tout prix d'un si redoutable adversaire, sur la poitrine duquel venaient s'émousser tous les traits dirigés contre le roi : lui disparu, on aurait ensuite bon marché du trône. Au lieu de travailler à une pacification si désirable entre les partis religieux et politiques, un des premiers actes du nouveau Parlement fut l'accusation de haute trahison lancée contre le ministre ; une députation des Communes, escortée par une*

« M-' de MotteviUe, t. II, p. 49.

* John Pym, né en 1584. U fut d*abord an des chefs les plus Actifs et les plus populaires de la rébellion contre Charles I*', mais bientôt dépassé par des meneurs plus entreprenants, il mourut obscurément en 1643, délaissé par tous les partis.

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