PORTRAIT DE STRAFFORD
populace furieuse, vint demander au roi que Strafford fût mis on jugement, comme un perturbateur de rÉtat, qui n'avait jamais cherché qu'à créer dans l'esprit de ce prince des défiances contre ses loyaux et fidèles sujets. Charles se refusa d'abord à les entendre ; mais StraiTord, avec cette intrépidité froide qui le caractérisait, l'ayant instamment prié de les laisser faire et de l'abandonner à ses propres forces, certain qu'il était de faire reconnaître son innocence, le roi céda et l'infortuné ministre fut enfermé dans la Tour de Londres, au milieu des cris de mort d'une multitude exaspérée ^ Bientôt le Parlement lui donna pour compagnon de captivité Laud, qui, par ses tentatives religieuses en Ecosse, avait le plus contribué à exciter les diiférentes sectes contre la couronne*. Il n'y avait plus d'illusions à se faire, la partie était engagée entre le Parlement et le trône, que le talent et la vigueur de Strafford auraient pu seuls défendre efficacement : (c Ce fut un grand homme, » dit Thistorien Hallam, qui n'est pourtant pas de ses amis ; « on ne peut refuser ce titre à un génie aussi étendu, à tant d'ardeur, d'énergie, de courage, d'éloquence. Ces puissantes qualités, imprimées sur son front sombre et sévère, frappaient ses contemporains d'une crainte mêlée de haine et sont encore vivantes sous les couleurs de Van Dyck. /> « H étoit laid (dit M°' de Mot-
* M— de Motteville, Jliém.
* Lord Fincb et M' Windebank, qui faisaient partie du ministère, prirent la fuite et se réAigièrent en France.
Idi HENRIETTE-MARIE DE FRANCE.
teville), mais assez agréable de sa personne, et la Reine, en contant toutes ces choses, s'arrêta pour me dire qu'il avoit les plus belles mains du monde. » A peine fut-il renfermé dans la Tour de Londres, que les interrogatoires se succédèrent chaque jour sans interruption devant la chambre des Communes ; il n y avait pas de calomnies ni de crimes, dont on ne le chargeât à l'envi. Pym et les autres membres de l'opposition, maîtres désormais des deux chambres, montrèrent contre lui un acharnement sans exemple A toutes ces attaques, à tous ces outrages Strafford répondait avec un calme, une dignité et une éloquence qui firent bientôt, des plus indifférents, ses plus vigoureux défenseurs *.
Malgré cela, la reine Heniietto était dévorée d'inquiétudes sur le sort réservé à ce vaillant serviteur de la royauté. Convaincue de l'importance qu'il y avait à sauver un ami si précieux et effrayée du découragement de Charles, elle mit au service de Strafford tout ce que son cœur possédait d'énergie et d'adresse féminine. Si, en fin de compte,, ses efforts n'eurent pas une heureuse influence sur le sort de celui qu'elle voulait défendre ,« sa conscience du moins n'eut pas de reproches à se faire : elle n'épargna rien pour arriver à un meilleur résultat. « Elle avoit chaque soir des rendez-vous avec les plus méchants, qu'elle faisoit venir par de petits escaliers dérobés dans l'appartement d'une de ses dames, qui
* Miss Strickland.