EFFORTS DR LA REINE FOUR SAUVER STRAFFORD
étoit proche du sien et qui étoit à la campagne. Elle seule, avec un flambeau à la main, sans le vouloir confier à personne, les alloit trouver et leur oiTroit toutes choses, mais ce fut inutilement^ ». Le seul qu'elle parvint à gagner fut lord Digby, jusque-là un des plus fougueux adversaires de Strafford, et qui depuis prononça en sa faveur un admirable plaidoyer, bien capable de le sauver , si les oreilles qui Técou- .taient n'avaient pas été fermées à toute autre parole qu'à celles de la passion et de la vengeance. N'avaiton pas lieu de craindre que, pendant ces entrevues nocturnes avec la reine, les factieux ne profitassent de l'occasion pour arracher à la vivacité de cette princesse des informations aussi funestes à sa cause qu'utiles à la leur ? Chaque jour, le roi et Henriette- Marie se rendaient au Parlement , dans une petite tribune grillée, pour assister à Tinterrogatoire de l'infortuné ministre et ils en revenaient le cœur désolé et les yeux pleins de larmes; il leur semblait qu'une sorte de fatalité pesât sur toutes les tentatives faites pour le salut de StraiTord^
Le roi, reconnaissant que tous les moyens de persuasion et les offres de faveurs étaient devenus infructueux, avait résolu d'appeler à Londres les troupes qu'il savait mécontentes du Parlement et d'employer la force pour arracher sa victime à la haine des Communes. Deux des chefs les plus importants de cette armée faisaient partie de la maison de la
1 u- de MotteviUe.
* Mis8 StricUand, t. IV, p. 202.
reine : c'étaient Georges Goring et Arthur Wilmot. Henriette s'ouvrit à eux des projets du roi et ils s'empressèrent de se mettre à sa disposition. Malheureusement elle avait affaire à deux ambitieux ; avant de retourner à l'armée, ils se disputèrent le commandement en chef et leur querelle s'envenima au point d'amener entre eux une scission complète. Wilmot en parla au roi, tandis que Goring s'adressail à la reine, pour qu'elle fît valoir près dQ Charles ce qu'il appelait son droit. Pour arrêter un conflit, qui pouvait provoquer des dangers sérieux, le roi fit choix de Henry Jermyn, l'ami commun des deux compétiteurs, esprit conciliant, bien fait pour arranger cette affaire, si la chose était possible. Il le chargea donc de désigner l'un des deux pour le commandement de l'armée et de faire à l'autre de tels avantages, qu'il ne lui resterait rien à désirer. Cependant la reine, réfléchissant au danger que courait Jermyn en se mêlant de cette négociation si elle ne restait pas enfouie dans le plus profond secret, l'appela dans son cabinet et lui fit part de ses inquiétudes : les factieux ne manqueraient pas de le chasser de la cour et d'expulser en même temps les serviteurs les plus dévoués du trône , de sorte qu'elle et son époux n'auraient plus personne à qui se fier. Elle engageait donc Jermyn à ne pas se mêler de l'affaire. « Si fait, il le fera, » dit en riant Charles I" qui entrait dans le cabinet de la reine et qui l'avait entendue défendre quelque chose : « Non fait, il ne le fera pas, répliqua Henriette riant aussi,