UNE TRAHISON PAR JALOUSIE
et quand je vous aurai dit ce que c'est, je suis sûre que vous serez de mon avis ». c< Dites donc, madame, répondit le roi, afin que je sache ce que vous défendez et ce que j'ordonne. » Elle lui exposa alors ses craintes, qu'il comprit, mais, étant tombés d'accord tous deux qu'il fallait tout hasarder afin de sauver StrafTord, il fut convenu que Jermyn mettrait tous ses soins et toute Tadresse possible pour accorder sans bruit les deux adversaires. Il y trafailla donc de son mieux, et, après bien des pourparlers, Goring, forcé de renoncer au commandement de Tannée, dissimula sa colère, mais le soir même il alla divulguer tout le plan du roi au comte de Bedford, l'un des principaux chefs de l'opposition ; nul doute du reste que Goring n'eût dès longtemps le dessein de perdre StrafTord , dont la suprématie gênait son ambition. Les craintes d'Henriette se trouvèrent donc immédiatement justifiées : le Parlement envoya au roi une humble requête, pour qu'il donnât Tordre qu^aucun officier de la maison de la reine ne pût quitter Whîtehall : on avait découvert, disait-il, un grave complot, et Sa Majesté serait certainement bien aise que les coupables fussent punis*. Goring, après sa triste équipée, était parti en toute hâte pour Portmore dont il était gouverneur, et la reine, qui savait qu'une trahison avait eu lieu, sans pouvoir en soupçonner cet officier jusque-là aussi brave que fidèle, fit avertir Jermyn,
* M- de Mottaville.
* Miu StrickUnd, t. IV, p. 202.
au milieu d'une fête où il ne pensait qu'à se divertir, que tout était découvert, et qu'il se hâtât de se rendre à Portmore, où Goring lui faciliterait les moyens de passer en France. Lord Percy et quelques autres gentilshommes de la reine étaient déjà partis, pour s'y réfugier. Jermyn arriva donc sans défiance à Portmore, où Goring se montra fort surpris de le voir et lui avoua franchement sa faute, mais en lui jurant qu'il le sauverait; en effet, malgré les ordres du Parlement, il favorisa son départ pour la France.
Au grand étonnement de la famille royale, Goring se déclara alors contre Strafford et par conséquent contre le parti du roi. Plus tard, lorsqu'un message de la reine lui reprocha son ingratitude , après tant d'années passées dans sa maison, il répondit que son seul mobile avait été le chagrin qu'il éprouvait de n'avoir pas été choisi pour se dévouer seul au service de Leurs Majestés. C'est ainsi que Fégoîsme ambitieux de cet homme porta un des coups les plus funestes à la cause royale ^ . Le Parlement, s'autorisant du départ des principaux officiers de la maison royale , en changea d'un coup tout le personnel et plaça dans le service immédiat du roi et de la reine quelques-uns des meneurs de l'opposition : ainsi le comte d'Essex, un des pairs mécontents, devint lord chambellan, et son beau-frère, le marquis de Hert* ford, fut nommé gouverneur du prince de Galles, à
* MUs Strickland, t. IV. p. 203.