‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 61 sur 143 · MORT DE STRAFFORD · texte numérisé non relu

MORT DE STRAFFORD

il s'y rendait cette fois dans le dessein d'abolir luimême cette église épiscopale, à rétablissement de laquelle il avait presque sacrifié sa couronne : une imprudence^ suivie d'une faiblesse. Au mois d'août, pendant son absence, Henriette alla s'établir avec ses enfants, à l'exception du prince de Galles, au manoir d'Oatlands, l'un des séjours favoris des rois d'Angleterre : c'était un château fort du moyen âge, entouré de fossés, où courait une eau vive et poissonneuse. Cette antique et pittoresque résidence devait être rasée jusqu'au sol pendant la guerre civile : sort commun à la plupart des habitations auxquelles la reine s'était particulièrement attachée. Le prince de Galles était établi avec son gouverneur à Richmond et à Ham, d'où il venait faire à la reine de fréquentes visites.

Le Parlement, désormais tout-puissant, n'avait pas voulu se proroger avant le mois d'octobre * et se montrait fort irrité de voir la reine encore chargée de la garde de ses enfants, dont elle prétendait, disaient-ils, faire des ignorants et des papistes. Chaque jour les orateurs puritains se livraient à d'amères invectives contre cette princesse et contre les capucins qu'elle avait établis à Sommerset-house'.

* ETeljm^B Memoirs, — NicholM Correspondance,

' Cet établissement, dont le fanatisme des puritains s^était fait une arme danifereuse contre le rot, subsista encore pendant un an. A cette époque, la multitade ameutée détruisit la chapelle de fond en comble et les capucins furent mis en prison. La persécution contre les catholiques anglais , et surtout contre les prêtres de cette nation , arriva alors à un degré de violence barbare, qui fait d'autant plus horreur, qu*elle était autorisée par les lois , si nous devons en croire le père Cyprien de

Le père Philippe, confesseur de la reine, subissait à chaque instant des interrogatoires aussi pénibles qu'humiliants devant la Chambre des Communes, et, ce qui est un des symptômes habituels des révolutions, des bandes de quatre-vingt ou cent bourgeois de Londres ne craignaient pas d'aller en plein jour chasser les daims du roi dans la forêt de Windsor et jusque sur le domaine d'Oatlands^ En face de ces insolences répétées, et tout en protestant contre la pensée qu'on lui prêtait de vouloir, malgré les ordres du roi, élever ses enfants dans la religion catholique, la reine crut devoir se séparer d'eux ; elle les laissa donc à Oatlands, tandis qu'elle s'installait à Hampton-court, d'où elle allait quelquefois les embrasser *. Le mariage de la princesse royale avec

Oamaches, témoin oculaire : « Les prestres anglois sont menés dans une (^ande charrette où sont plusieurs criminels : le bourreau leur met la corde au col, fait de même aux autres criminels, les attache à la potence; la charrette passant, ils demeurent pendus et sans peser sur eux, sans leur faire aucune violence, on les laisse idnsy, jusques à ce qu*ils soient à demy estranglex ; mais les prestres n'estant qu'à demy morts, le bourreau coupe la corde, les met à terre, oste leurs habits, couppe ce que la pudeur défend de nommer, leur ouvre le ventre, en arrache les entrailles, tire le cœur, le monstre au peuple, disant tout haut : Voilà le cœur d'un traistre! et puis jette et entrailles et parties dans un grand feu, qui est là brusiant. Enfin, pour achever ce sanglant carnage, il coupe le corps en quatre quartiers, qui sont après exposés au haut du pont de Londres, sur des piques de fer. » Pour donner la chasse à ces malheureux, les persécuteurs se servaient de poursuivant* : « Ces poursuivants sont gens infâmes, la plupart prestres, religieux catholiques apostats, blasphémateurs, en un mot très-vicieux, armez néanmoins de commissions pour traiter mal les catholiques, pour descouvrir où on dit la messe, pour emprisonner ceux qui y assistent, pour les mettre à la rançon et surtout pour pendre les prestres. » Ms. du père Cyprien de Gamaches, Biblioth. nat.

* Evelyn's Memoirs,

* Ces enfants étaient alors au nombre de cinq. Charles, pr'mce de Galles,

Page 1