UNE TENTATIVE AVORTÉE
en état de servir le roi à leur commandement *. Ce même ordre portoii de les attendre jusqu'à minuit au parc d'Otland (Oatlands), où il trouveroit de la cavalerie et des officiers, qui lui dévoient prescrire ce qu'il avoit à faire. Ce gentilhomme vint trouver la reine, lui montra son ordre, et lui témoigna vouloir lui être fidèle. Elle lui dit de ne point obéir à ce que le Parlement désiroit de lui, et de se tenir en repos. Cependant, sans s'étonner, elle envoya avertir ses principaux officiers, qui étoient à Londres pour leurs propres affaires, et leur manda de se rendre auprès d'elle, avant minuit, avec le plus de monde qu'il leur seroit possible ; puis fit armer tous ses petits officiers, jusqu'à ses marmitons de cuisine. Elle alla ensuite se promener dans le parc, sans montrer aucune inquiétude et la nuit se passa sans qu'on vit aucune marque du dessein du Parlement ; il y eut seulement vingt hommes à cheval ou environ, fort mal montés, qui parurent rôder autour du parc. Elle avoit déjà regagné Goring ; et, croyant avoir besoin de lui, elle lui manda de se tenir prêta Portmore, et que peut-être il la verroit bientôt dans sa place. Elle ordonna aussi des relais sur les chemins en cas qu'elle fût forcée de fuir; mais, ne le voulant faire qu'à la dernière extrémité, elle ne se hâta point, et crut qu'il suffisoit de se tenir en état de ne pas être
* > En effet, dit Miss Strickland , parmi les autres anomalies de cette révolution , presque jusqu'à la fin , toutes les mesures prises en opposition avec la volonté du roi, étaient ordonnées en son nom, pour la plus grande in}'9tification du peuple, qui restait totgours très-bien intentionné. »
surprise. Elle envoya chercher milord Deinbi(Digby), et lui dit d'envoyer chez ses amis, afin d'avoir cent gentilhommes pour se tenir auprès d'elle ; ce qui fut fait aussitôt. Afin que cette précaution ne parût point, la reine vint à Hampton-court pour s'approcher d'un gentilhomme voisin de cette maison, qui avoit toujours une grande quantité de beaux chevaux chez lui : on y mit ceux de la reine, afin de les tenir prêts, et, après avoir donné les ordres nécessaires à sa sûreté, elle se tint en repos, et on l'y laissa sans la troubler; au contraire, on lui fit de grandes excuses de ce commandement extraordinaire, qui avoit été envoyé dans son village, et chaque membre du Parlement nia d'en savoir quelque chose. »
Malgré ces désaveux, Henriette sentait que la situation se tendait chaque jour davantage, et elle écrivait au roi ou lui faisait écrire par sir Edward Nicholas, pour hâter son retour d'Ecosse. Elle ne négligeait rien en même temps pour lui recruter des partisans, et elle parvint, par ses soins et ses prévenances, à rattacher à la cause royale le lord maire de Londres, Richard Goumey, et plusieurs personnages importants de la cité, dont l'influence pouvait lui apporter un appoint considérable. On put même bientôt constater dans les esprits en Angleterre une réaction favorable très-marquée.
Il n'en était malheureusement pas partout ainsi : au moment où le roi s'apprêtait à quitter l'Ecosse, éclata en Irlande une vaste insurrection , qui se signala dès le début par d'effroyables massacres ;
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c'était à fois une guerre de religion et une guerre de race. A l'époque où Jacques P' était monté sur le trône , les principaux chefs des catholiques d'Irlande, à la suite d'une première rébellion, avaient été dépouillés de leurs domaines, qu'on avait peuplés de colonies anglaises et écossaises. Les anciens habitants du pays les avaient vus venir, la rage dans le cœur ; mais, tant que pesa sur eux la main de fer de Strafford, on entendit à peine un murmure. Après la chute de ce grand ministre, enhardis par les divisions de leurs ennemis, les Irlandais sentirent que l'heure de la vengeance avait sonné pour eux : ils se jetèrent sur les nouvelles colonies et les mirent à feu et à sang; il n'y eut ni grâce ni merci. Les insurgés étant tous catholiques, les puritains se hâtèrent d'accuser la reine d'avoir fomenté ces massacres : pure calomnie, car les historiens les plus sévères pour elle s'accordent à considérer cette accusation comme dénuée de tout fondement'.
Le roi annonça enfin son arrivée , et le . comte d'Essex, qui remplissait les fonctions de lord chambellan, reçut l'ordre de préparer le palais pour la réception de son maître. Il était, en effet, de retour à Londres le 2 novembre, après avoir reçu dans toute l'Angleterre l'accueil le plus chaleureux : partout, sur sa route, il était salué des cris de : God save the king ! Une multitude de citoyens à cheval et en
' Voir MacanUy, Rapin et autres.
armesy portant les bannières déployées des corporations , allèrent à sa rencontre pour l'escorter jusqu'au palais de WhitehalP. L'entrée dans Londres fut à la fois solennelle et cordiale : Henriette y vit avec bonheur le résultat de ses efforts, c'était un regain de popularité, qui la consolait de bien des angoisses. Elle accompagna le roi en carrosse découvert avec tous ses enfants : Charles était à cheval , ayant à côté de lui le prince de Galles. L'enthousiasme de la foule était grand et la famille royale ne recueillit sur son passage que des cris de joie et de bénédiction*. Touché de ces témoignages de loyauté, Charles I" s'empressa d'appeler au ministère des hommes universellement considérés et qui, bien qu'ennemis de Fadministration de Strafford, étaient sincèrement dévoués à la royauté, dont ils se montrèrent plus tard les ardents défenseurs. C'étaient Hyde, le vicomte de Falkland et lord Colepepper. Leur entrée au pouvoir fut reçue avec faveur par les deux Chambres, et il se fit un grand apaisement dans les esprits; plusieurs des membres les plus violents de l'opposition, désespérant de leur cause et voyant leur popularité compromise, parlèrent de vendre leurs biens et d'émigrer en Amérique *.
* Guizot, Histoire de la Révolution d'Angleterre, 1. 1, p. 208.
* Miss Strickland.
> Macaulay, History of England, t. I, p. 107.
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