IMPRUDENCE ET TRAHISON
dents, ne connaissait encore le dessein du roi, lorsque vint ce jour « qui devoit produire beaucoup de bien ou beaucoup de mal * ». Avant de partir pour se rendre en personne au Parlement, Charles embrassa la reine et lui dit : « Si, dans une heure juste, vous n'avez pas de mauvaises nouvelles de moi, vous me reverrez plus maître et plus puissant que je ne Tai jamais été. » A peine sorti du palais, accompagné de sa garde de cent gentilhommes, il fit rencontre de plusieurs malheureux, qui lui présentèrent, selon Tusage, des placets pour obtenir quelques secours ; il s'arrêta à écouter leurs plaintes, en montrant une tranquillité qu'autorisait pour lui la certitude du profond secret de son entreprise. Cette station dura assez longtemps et il reprit ensuite sa route vers le Parlement.
Pendant ce temps, la reine, enfermée dans sa chambre avec la comtesse de Carlisle, sur Tamitié de laquelle elle se faisait de si fatales illusions, restait haletante d'impatience , prêtant Toreille à tous les bruits du dehors et les yeux fixés sur Thorloge, dont la marche lui semblait trop lente au gré de ses désirs. L'heure s'écoula ainsi ; à peine le moment indiqué fut-il venu : « Réjouissez-vous, s'écria-t-elle, en s'adressant à la comtesse de Carlisle, car, à l'heure qu'il est, le roi est, à ce que j'espère, le maître dans son État et tels et tels sont sans doute arrêtés. » A ces mots, la comtesse sortit de l'appar-
* M** de Motteville.
tement et dès qu'elle fut seule, elle se hâta d'écrire un billet à Pym, pour lui dénoncer les intentions de Charles I" * : il était temps, car, malgré le retard éprouvé dans sa marche, ce prince allait arriver au Parlement et déjà ses gardes s'avançaient pour cerner toutes les issues. Les membres menacés profitèrent aussitôt de l'avertissement et disparurent, non sans avoir jeté l'alarme sur les projets du roi ; lorsqu'il entra dans la salle de Westminster, les sièges de ceux qu'il voulait saisir étaient vacants.
Irritées jusqu'à la fureur de cet attentat contre leurs privilèges, les Communes éclatèrent en plaintes bruyantes , en récriminations de toutes sortes : le plan avait plus qu'avorté , et le roi dut rentrer au palais dans un état de découragement profond ; un conflit sanglant paraissait désormais inévitable. A peine avertie du résultat de son indiscrétion , la reine se jeta dans les bras de Charles, en s'accusant de sa faute, avec les marques du repentir le plus humble et le plus poignant. Le roi ne lui fit aucun reproche. « Et même, disait plus tard Henriette, en pleurant, à M"* de Motteville, je n'ai point remarqué qu'il m'eût moins bien traitée , quoique je l'eusse perdu par ma faute*. »
Le gant était jeté ; le Parlement le releva avec rage ; il appela autour de lui tous ses partisans de la province et un revirement funeste se fit dans l'opinion
« Rushworth, part. 3. t. I, p. 477. — Whitelocke, p. 51. —Mémoires de Warwick.
• M-« de Motteville.