LES TÊTES RONDES
publique ; Tinsolencc des Têtes ro?ides * dépassa toute mesure et la famille royale se vit bientôt forcée de quitter Londres, pour se retirer à Hamptoncourt. En restant dans sa capitale, le roi se serait exposé à devenir prisonnier d'État, entre les mains du Parlement *. Le départ de la cour eut lieu au travers d'une procession de plusieurs milliers d'hommes, portant chacun un bâton auquel était attaché un papier avec le mot : liberté !
La famille royale demeura ainsi quelque temps, surveillant les manœuvres des factieux, mais persuadée que, pendant son séjour à la campagne, il ne serait rien tenté contre son indépendance personnelle. Ce fut encore une illusion : le Parlement, après avoir réclamé du roi sa renonciation au commandement des armées et à la suprématie militaire, qui était, de temps immémorial, un des privilèges de la couronne,
* Ce fut Henriette-Marie qui mit à la mode ce Buroom donné aas plus exaltés parmi les puritains. En opposition avec les Cavaliers qui portaient de longs cheveux bouclés, les mécontents s'étaient fait tondre la tête de si près (la'elle ressemblait à une boule, tandis que les oreilles fig;uraient deux anses. Samuftl Bamadiston, jeune alors, et Fun des républicains les plus marquants, conduisait un jour au Parlement une dépntation des apprentis de Londres, pour lui communiquer leurs idées sur le gouvernement civil et religieux. La reine, en voyant cette foule passer devant Wkitehall, frappée de la forme de ces tètes rasées et surtout de celle de Bamadiston , s'écria : « Oh ! la jolie tête ronde ! » Ce sobriquet fut adopté aussitôt par la cour et maintenu dans l'histoire, pour désigner les partisans du Parlement. Miss Strickland, t. IV, p, 212. Voici comment un auteur contemporain nous représente ces rigides puritains : • Avec leur chapeau à haute forme, leur étroit collet, leur habit large et flottant, sous lequel pendait une longue rapière, et leurs bottes de peau de veau, ils avaient coutume de marcher en chantant des psaumes, et distribuaient largement des coups de canne tout autour d'eux, m Larrey*s Charles /.
* Macanlay, t. I, p. 109.
envoya une circulaire à toute la noblesse, en l'engageant à prendre les armes, pour empêcher le roi de s'éloigner davantage. Henriette forma alors le projet de partir pour la Hollande, sous le prétexte de conduire à Guillaume de Nassau sa nouvelle épouse et de prendre une saison des eaux de Spa, mais en réalité pour demander au prince d'Orange des secours en hommes et en armes ; elle voulait aussi vendre ou mettre en gage ses joyaux et ceux de la couronne, afin de fournir à Charles le moyen de soutenir une lutte imminente. Le roi y consentit et le Parlement déclara qu'il était tout prêt à faciliter ce voyage, mais à la condition que la reine obtiendrait de Charles son assentiment pour une loi qui privait les évêques de leurs sièges à la Chambre haute. Le roi céda aux prières de sa femme, et Henriette se mit en route avec sa fille pour la Hollande, le 23 février 1642 *. Charles l'accompagna jusqu'à Douvres, le cœur navré d'une séparation, dont le terme ne pouvait pas être prévu, et que les circonstances qui l'avaient amenée rendaient plus pénible encore. Il fallut qu'Henriette, désolée comme lui, mais convaincue qu'en s'éloignant elle remplissait un devoir sacré, s'efl^orçât de lui inspirer cette énergie, dont il avait si grand besoin en face des périls à venir. Elle s'embarqua donc avec une suite peu nombreuse', et, comme le vent forçait son navire à louvoyer en
< Clarendon's life,y6l. I.
* « Milord Arandeletmilord Goring sont arrivés, écrivait la reine de Bohême ^ni se trouvait alors en Hollande ; Dorset viendra bientôt, dii-on. 11 y a peu de
LA REINE PART POUR LA HOLLANDE. 1 7î)
vue de la côte, le roi le suivit à cheval sur le rivage pendant l'espace de quatre lieues.
Lorsque les voiles eurent disparu à Thorizon, Charles se remit tristement en marche, pour aller (rabord à Theobalds, où le Parlement lui euvoya une pétition , demandant qu'il lui plût de résider plus près de sa capitale et de ne pas éloigner d'eux son fils aîné. Apres avoir dédaigneusement écarté cette demande, le roi se rendit à Newmarket, puis à York avec ses deux fils, non sans avoir tenté en vain d'entrer dans l'importante ville de Hull, remplie d'approvisionnements militaires de toute nature, mais dont le gouverneur, sir John Ilotham, lui ferma les portes par ordre du Parlement.
Il y eut alors de nouveaux pourparlers avec les (Chambres, mais les tentatives d'accommodement n'étaient plus de saison^ . Enfin, poussé à bout, Charles partit pour Nottingham et là, le 25 août 1642, à l'exemple de Richard III, il fit, sur la plus haute tour du château , déployer l'étendard royal qui portait cette devise : « Rendez à César ce qui est à César, » en appelant ses fidèles sujets à la défense de la couronne. La guerre civile était proclamée :
monde avec la reine ; aucune dame, à Texception de la duchesse de Ricli* moad, de Milady Denbigh; de Milady Roxburgh et des filles de service. Ces dernières ont perdu tous leurs habits, le navire chargé des bagages ayant fait une voie d'eau et coulé bas. Goring et sir Thomas Stafford y ont perdu l>?ur argent et leurs effets. La reine n'a amené avec elle que |deux capucins, dont Tua est le père Philippe ; tout le reste a été banni d'Angleterre. Dans le vaisseau qui a péri, la reine a perdu tons les vases sacrés de sa chapelle. M Germau correêpondance^ 7 mars 1642. ' Voir les lettres de la reine à Charles I".
huit cents cavaliers et un corps de milice se groupaient autour du roi ; mais le temps était pluvieux et sombre, une bourrasque renversa une première fois Tétendard et on ne le releva pas sans peine. Les assistants virent dans ce fait un présage sinistre \ « La reine avoit été bien reçue en Hollande par le prince d'Orange, et comme il étoit aimé et respecté des États, cette princesse y reçut, à sa considération, toutes sortes de bons traitements, de respects et de services de la part de son fils ; car, pour les bourguemestres, ils ne révèrent pas beaucoup la royauté. Ces hommes, peu accoutumés à la soumission et à Fobéissance dues aux têtes couronnées, se venoient asseoir auprès d'elle dans des chaises et se mettoient en conversation avec elle, de la même manière qu'ils en usoient avec leurs égaux à la Haye. Hs entrôient où elle étoit, lé chapeau sur la tête et, après l'avoir regardée, ils s'en retoumoient sans la saluer *. » On sent ce que dut souffrir de cette grossière familiarité l'orgueil de la fille de France, de la reine d'Angleterre ; mais les yeux fixés sur le but si important qu'elle brûlait d'atteindre en traversant la mer , elle n'en était pas à quelques irrévérences près de la part de ces Hollandais, trop jaloux de leurs droits. Elle savait d'ailleurs que sous cette rugueuse écorce courait une sève généreuse et elle ne désespéra point de son entreprise. « Presque
* Rushworth, part. S, 1. 1, p, 783.— Clarendon, History ofthe rébellion ^ t. IV» p. 258, etc.
* M-« de Motteville.