SA CORRESPONDANCIS AVEC LE ROI
tous ceux qui lui parlaient se reudaieut à elle ' : » et bientôt son esprit et son irrésistible grâce lui ramenèrent tous les cœurs.
Pendant ce temps-là, elle faisait part à son mari de ses démarches, de ses espérances et de ses anxiétés, dans une correspondance, qui a toute la valeur d'un important document historique. Elle s'y montre de tout point la digne fille du grand Henri ; ce sont la même verve spirituelle et familière, le sens net et ferme, le mépris du danger et la grandeur d'âme, qui caractérisent les lettres de son père. Pour créer des ressources à cet époux qu'elle aime jusqu'au dévouement le plus absolu, pour lui procurer tout ce qui lui manque, argent, soldats, munitions, rien ne la rebute ; avec une persévérance infatigable, elle lutte contre la froideur ou l'avarice des marchands de Hollande, entre les mains desquels elle engage jusqu'à ses propres bijoux, contre les avanies et les embarras de toute sorte que lui suscitent les espions du Parlement d'Angleterre. Elle encourage ses amis, s'oublie elle-même pour veiller de loin sur le roi, en le soutenant de ses conseils et le maintenant dans la voie de la résistance sans transactions honteuses. « En force et en fermeté d'âme, la fille de Henri lY surpassait de beaucoup son mari, et ses lettres démontrent clairement toute sa sollicitude pour raffermir l'esprit vacillant du roi et l'amener à prendre un parti vigoureux et décisif. Que
' Bossaet, Oraison funèbre.
{82 HENRIETTE-ilARIE DE FRANGE.
serait-il arrivé, si ses conseils eussent toujours été suivis exactement? Nul ne le sait^ mais les dernières mesures adoptées par le roi lui-même ont assurément hâté sa chute*. » « Marchez hardiment, lui écrivaitelle, et Dieu vous aidera : si vous ne prenez pas soin de ceux qui souffrent pour vous, vous êtes perdu, et si vous les oubliez, c'est une chose si vile, que, je le sais très-bien, elle ne peut pas venir de vous. Méfiez-vous de vous-même, car ceux qui vous parlent avec hardiesse ont ordinairement raison près de vous'. »
La correspondance d'Henriette ne se borne pas à son mari; elle écrit aussi à son frère Louis XIII, à M. de Chavigny et aux autres ministres de France, pour les intéresser à son sort ; mais de ce côté elle ne trouve qu'une froideur polie, agrémentée de vagues promesses. Cependant Richelieu allait mourir*, et la cause de Charles devait être ainsi délivrée d'un de ses plus redoutables adversaires. Peu après, la reine, dans une lettre à Mazarin^, saluait le soleil levant, qui ne répondit à ces avances que par des protestations d'un dévouement sans limites, mais aussi sans aucun résultat \ Elle obtint pourtant, sur
* M" Everett Green, Letters of ffenrietta-Maria
* Voir les lettres de la reine à Charles I*'. • * Il raounit, en effet, le 4 décembre 1642.
/ * Voir les lettres.
■^ Voici la réponse du cardinal, conservée aux archives des Affaires étranfrères :
Saint-Germain, ce 22 janvier 1643.
Madame,
Je suis obli^ à rendre timt de grâces à V. M. de Thonneur qu'elle m'a fait