‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 69 sur 143 · UN AN DE PERSÉVÉRANCE ET D'ABNÉGATION · texte numérisé non relu

UN AN DE PERSÉVÉRANCE ET D'ABNÉGATION

sa demande, que le comte d'Harcourt fût nommé ambassadeur en Angleterre, mais les instructions secrètes qu'il reçut du nouveau ministre, semblèrent n'avoir pour but que d'envenimer la plaie au lieu de la guérir, et sa conduite ambiguë près du Parlement fut calculée pour ne rien obtenir en faveur du roi *. Cela n'empêcha point plusieurs gentilshommes français', qui avaient accompagné l'ambassadeur, de prendre du service dans l'armée royale, où ils déployèrent la plus brillante valeur; Tun d'eux, le fils du marquis de la Vieuville , y fut tué. Le Parlement s'étant plaint de la conduite de ces gentilshommes, l'ambassadeur. les désavoua.

Enfin, après une année passée au milieu de démarches incessantes, de négociations pénibles, d'outrages silencieusement dévorés et parfois de déceptions et de découragements cruels ', la reine était parvenue à réaliser ses desseins. Tant en emprunts que par la vente de ses pierreries, elle avait pu réunir une somme de deux millions de livres sterling :

par la lettre que M. de Montegue m'a rendue de sa part, qu'il me semble que je ne puis trouver des paroles qui ne soient au-dessous de mon ressentiment. Je vous proteste, Madame, que dans Textresme douleur que m'a causée la mort de Monseigneur le cardinal de Richelieu, j'ay trouvé de la consolation de veoir qu'il estoit regretté par une princesse aussi grande et aussi généreuse que V. M., et que quand tous ceux dont le roi se sert dans ses affaires auront pour le service de V. M., ils ne feront que ce que défunte notre Kminence avoit très-grande passion de faire. Pour moy, Madame, j'en rechercberay les occasions avec tant de soin, que hors dans les choses où il j aura de rimpossibilité, j'espère estre toujours asseï heureux pour pouvoir faire paroistre avec combien de respect je suis, etc.

* Précis historique ntr Cromwell, p. 53.

* Voir la lettre à Madame de St-Georges, du 28 mai 1642.

elle avait envoyé au roi à plusieurs reprises des secours en armes, en artillerie et en argent, pour équiper quarante mille hommes '. Deux fils de la reine de Bohême, les princes Rupert et Maurice, étaient partis pour combattre aux côtés de leur oncle ; enfin Henriette avait à sa disposition un corps de troupes, qu'elle mit sous les ordres du colonel Goring. Elle ne pensa plus alors qu'à se rembarquer pour l'Angleterre et à rejoindre son époux à la tète des renforts, qui lui devenaient de plus en plus nécessaires *.

Au moment où elle se livrait avec son activité ordinaire aux préparatifs du voyage, il lui survînt une nouvelle douleur, qui atteignit cruellement son âme déjà si éprouvée : la reine Marie de Médicis, près de laquelle elle avait pu passer quelques rapides instants à Dort, avant son départ pour l'Allemagne ', venait de mourir à Cologne, seule et abaudonnée sur la terre d'exil. En apprenant la maladie de sa mère, Henriette allait courir pour lui prodiguer tous ses soins, mais les bourgmestres de Hollande, de peur de se compromettre, s'y opposèrent de la façon la plus péremptoire \ et la reine, afin de ménager les intérêts de son mari, se vit contrainte de renoncer à ce devoir filial : l'amertume de ses larmes en fut doublée. Encore chancelante sous ce coup qui

• M-* de MolteviUe.

• Miss Strickland.

• Evelyn*a diary.

« M- de MotteviUe.

Page 1