‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 70 sur 143 · UNE TEMPÊTB DE NEUF JOURS · texte numérisé non relu

UNE TEMPÊTB DE NEUF JOURS

la privait d'une mère si tendrement aimée, Henriette fit ses adieux à sa fille, la jeune princesse d'Orange, qu'elle avait toujours gardée près d'elle, pendant son séjour en Hollande ; elle la laissait aux soins prudents de sa belle-mère ^ , qui devait veiller sur elle et rinitier aux mœurs de sa nouvelle patrie.

Enfin, le 2 février 1643, la reine s'embarquait pour TAngleterre à Scheveuingen , sur un navire anglais nonmié la Princesse Royale, emmenant à sa suite onze vaisseaux de transport, chargés de troupes et de munitions, sous les ordres de Famiral hollandais van Tromp. Poussée d'abord par un vent favorable, Tescadre était déjà arrivée k vingt milles environ de la ville de Newcastle, lorsqu'elle fut assaillie par une tempête d'une fureur inouïe, qui ne dura pas moins de neuf jours. La rage de la mer devint telle , qu'aucune manœuvre ne pouvait lui résister et qu'il fallut renoncer à la lutte, en attendant la mort à chaque instant. Matelots et soldats avaient perdu la tète ; les femmes restaient inertes sous les étreintes du mal de mer ou* pleuraient, en poussant des cris de désespoir : seule la fille de Henri lY n'avait rien perdu de son courage ni même de sa gaieté : « toujours intrépide, autant que les vagues étaient émues, elle rassurait tout le monde ' » . « Soyez sans crainte , mes chères, disait-elle à ses femmes éplorées, les reines d'Angleterre ne se sont jamais noyées'».

« Ellift*» original Letter». — M" Everett Green, Lettert of Benrietta-MOria.

a Bossuet, Oraiion funèbre.

* Miss StricUand, t. IV, p. 216.

186 uknriette-marie: de frange.

Comme son navire ballotté en tous sens par les flots subissait d'effroyables secousses, on avait attaché Henriette sur un petit lit, ainsi que les dames qui étaient auprès d'elle. Là aussi se trouvaient quelques-uns de ses officiers, des prêtres et des capucins : les ennemis se réconciliaient, les catholiques se confessaient, et, rimminence du péril leur faisant oublier la honte de leurs fautes, ils s'accusaient tout haut, implorant et recevant l'absolution à chaque craquement du vaisseau. Peu à peu cependant, on se familiarisa avec le danger ; le courage et la bonne humeur communicative d'Henriette relevèrent le moral des passagers, et plus d'un se prit à rire en voyant les domestiques de la reine, qui, malgré la violence du roulis, s'efforçaient de la servir avec le cérémonial accoutumé, tomber les uns sur les autres au milieu des mets renversés et du désordre le plus épouvantable de toutes choses*. Au plus fort de la tourmente, Henriette fit le vœu d'offrir en présent au sanctuaire de Notre-Dame de Liesse un navire d'argent, muni de tous ses agrès , et d'y fonder une messe à perpétuité : « après ce vœu, raconte dans ses Mémoires le père Cj^prien de Gamaches, les vents cessèrent, la tempête s'apaisa , la mer devint calme et tout danger disparut *. »

* Miss Strickland.

* Le vœu de la reine ne put être accompli que deux ans après; nous reproduisons, ici, d'après le Ms. du père Cyprien, une lettre qu'elle adressait plus tard sur ce sujet à Tévéque de Laon :

Monsieur TÉvesque de Laon, Je sçay les soins que vous avez apportés à la réception d'une petite offrande

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