‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 7 sur 143 · SON ENFANCE · texte numérisé non relu

SON ENFANCE

eût lieu à Saint-Denis, après ses relevailles. L'obstination de Marie de Médicis tenait surtout à la crainte que , n'étant pas couronnée , s'il arrivait malheur au roi, qui avait déjà échappé par miracle à cinquante conspirations, elle n'éprouvât des difficultés pour obtenir la régence, du vivant de Margruerile de Valois, la reine divorcée. L'époque de la cérémonie fut donc fixée au i3 mai i6i0.

La Petite Madame fut baptisée dans la chapelle du Louvre par le cardinal Bonzi : elle eut pour marraine Madame, sa soeur atnée, et pour parrain le nonce Maffeo Barberini, l'un des hommes les plus savants et les plus lettrés d'Italie , qui fut plus tard le pape Urbain YIII '. Du nom de ses père et mère, il l'appela Henriette-MaHe et, à compter de ce jour, il lui voua une affection paternelle, dont il ne s'est jamais départi dans la suite.

L'extrême tendresse du grand Henri pour ses enfants est restée historique ; aussi n'avons-nous pas Ueu d'être surpris de l'amour tout particulier qu'il montra dès sa naissance pour cette dernière princesse, la plus joUe de toute sa famille, et qui semblait devoir rappeler plus qu'aucune autre ses traits et son caractère : ne devait-elle pas aussi devenir la joie et le soutien de sa vieillesse? Henriette-Marie avait juste cinq mois, lorsque, portée dans les bras de sa nourrice, elle assista près du trône de sa mère, à la fête du couronnement dans l'abbaye de Saint-

* Jean Héroard, Journal. — M"* de MoUeville, Mémoirei.

Denis, au milieu de ses frères et sœurs, qui y furent ainsi qu'elle solennellement reconnus comme enfants de France '. Aussitôt après la cérémonie, le roi et sa jeune famille revinrent à Paris , tandis que la reine restait seule à l'abbaye, pour se préparer à faire le lundi suivant son entrée royale dans la grande ville. Le lendemain dimanche, le roi se rendit à la messe aux Feuillants ; après quoi, pour faire diversion aux lugubres pensées qui le harcelaient de plus en plus ' , il se fit apporter son fils Gaston , dont les boutades enfantines avaient le don de Tégayer toujours, et la petite Henriette, son enfant bienaimée. Il se mit à jouer avec eux en toute liberté, et, au contact de ces êtres chéris, les noirs fantômes de son imagination ne tardèrent pas à s'envoler; il avait repris tout son entrain et sa bonne humeur habituelle. Dans l'après-midi, il sortait en carrosse pour aller à l'Arsenal voir le duc de Sully, sans se faire même accompagner de ses gardes % et dans la rue de la Ferronnerie le couteau de Ravaillac rendait orphelines à la fois tienriette-Marie et la France tout entière !

* Life of Henrietta-Maria, London, 1671.

* Les Mémoires de TEstoile, ainsi que les autres écrits contemporains, citent plusieurs faits étranges, comme les proncrstics de la catastrophe prochaine. « Le jour du couronnement, le roi prit Monsieur le Dauphin entre les bras, et, le montrant à tous ceux qui étoient présents, il leur dit : Messieurs^ voilà votre Roi; et cependant on peut dire qu'il n'y avoit prince au monde qui prît moins de plaisir à penser ce que l'avenir devoit apparemment produire à ce sujet que ce grand roi. Pendant la cérémonie, la pierre qui couvre rentrée du sépulcre des rois se cassa d'elle-même. » Mézeray, Hist, de la mère et du fil», 1. 1, p. 70.

* L'Estoile, Mém, et journal

MORT DE HENRI lY. 5

Ce fut au Louvre une effroyable nuit que celle du 14 mai 1610, qui suivit l'assassinat, nuit pleine de terreur et d'angoisses. On craignait que le meurtre, dont le motif réel est encore aujourd'hui un des problèmes de l'histoire, ne fût suivi d*une insurrection ; dans l'intérieur du palais, tout était confusion et désespoir. Les gardes, pleurant près du corps inanimé de leur maître, veillaient, la pertuisane croisée, sur le jeune roi Louis XIII , âgé de njeuf ans , et sur les enfants royaux, barricadés dans leurs appartements * ; on n'entendait que le bruit des armes mêlé à ce murmure de voix entrecoupées, plus lugubre que le silence et qu'impose la présence de la mort. Seul, pendant cette funèbre veillée, le sommeil paisible d'Henriette, dans les bras de sa nourrice, contrastait avec la douleur et les alarmes qui l'entouraient.

Bientôt les anxiétés pour l'avenir se dissipèrent ; la paix extérieure ne fut point troublée ; le peuple versa sur la perte du grand roi autant de larmes que sa propre famille, et les enfants de France furent rendus à leur mère. Celle-ci, en raison sans doute de ses démêlés précédents avec Henri, montra, devant ce drame sanglant, une tranquillité et un sang-froid, qui blessèrent jusqu'au cœur les amis de son époux : on ne la trouva ni assez surprise ni assez affligée * ; aussi ses ennemis ne manquèrent-ils pas de l'accuser d'avoir trempé dans cette lamentable catastrophe, et malheureusement sa conduite ulté-

* Life of ffenrietta-Maria, 1671.

* M" O. Freire Owen, Henrietta Maria of France,

rieure ne fut pas faite pour calmer les préventions, certainement injustes, qu'on avait conçues dès lors contre elle. A peine installée régente avec Tappui des ducs de Guise et d'Épemon, son premier soin fut d'écarter des affaires tous les vieux et fidèles serviteurs du grand Henri, et de livrer le pouvoir aux mains avides de Goncini, son compatriote, qui devint le maréchal d'Ancre.

Le 35 juin , eurent lieu les obsèques solennelles du Roi, et Henriette-Marie, alors âgée de six mois, accompagna le triste cortège de Paris jusqu'à Saint- Denis, portée dans les bras de madame de Montglat. Au moment de l'absoute, on mit le goupillon dans sa petite main et elle répandit l'eau bénite sur le cercueil de son père ' . Il semblait ainsi que Dieu voulût, dès sa première enfance, l'initier aux grandes douleurs de son avenir! Quelques mois plus tard, le 17 octobre 1610, nous retrouvons notre jeune princesse assistant au sacre de son frère Louis XIH, dans la cathédrale de Reims : elle était portée cette fois par la princesse de Condé, le dernier mais vertueux objet de la passion de son père.

Bientôt l'insanité du gouvernement de la régence, la faiblesse de Marie de Médicis, l'ambition turbulente des princes du sang et l'orgueilleuse ineptie du maréchal d'Ancre provoquèrent des troubles sérieux, à la tète desquels se mirent en première ligne le prince de Gondé et le comte de Soissons, et qui, sauf

* Life of ffenrietta-Âfaria, 1671.

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