RÉGENCE DE MARIE DE MÉDICIS
quelques moments de trêve, désolèrent toute cette période de notre histoire. Ils devaient aboutir enfin au meurtre de Concini par le maréchal de Yitry et au gouvernement de deux enfants, le roi Louis XIII et son favori le duc de Luynes. Pendant cette triste époque, pour les soustraire aux dangers d'un pareil état de choses, on éloigna de Paris les enfants de France, qui eurent pour résidence alternativement le château de Saint-Germain et celui de Fontainebleau ^ Henriette-Marie avait à peine deux ans, lorsqu'elle perdit son frère, Henri, duc d'Orléans; l'année suivante, on la ramena à Paris pour assister au mariage de sa sœur aînée Elisabeth avec Phili'ppe IV, roi d'Espagne, qu'on célébra par des fêtes magnifiques, dont la Place Royale fut le théâtre.
Nous devons rendre cette justice à Marie de Médicis, qu'elle était bonne mère et que les soins à donner à ses enfants furent pour elle une constante préoccupation. Elle veillait sur eux de près et de loin et ne cessait de donner des instructions à madame de Montglat sur la conduite à tenir à leur égard et sur les châtiments ou les récompenses, dont ils devaient être l'objet*. Ces soucis maternels portèrent leurs fruits: Henriette -Marie conçut dès lors pour sa mère une affection passionnée, qui se prolongea sans aucun nuage jusqu'à la mort de cette dernière. Tel fut du reste le caractère de la jeune princesse :
« L'Bstoile, Mém, et Jounutl.
* Héroard, Journal,
elle était née avec le besoin instinctif d'aimer et de se dévouer; aussi, la voyons-nous s'attacher également avec ardeur à madame de Montglat , à laquelle les enfants royaux avaient donné, en signe d'affection, le surnom quasi -maternel de Mamangat ^ Henriette vécut surtout dans une grande intimité avec madame de Saint>Georges*, fille de sa gouvernante, jeune et charmante femme du même âge que Tainée des filles de France, et qui fut plus tard spécialement attachée à sa personne, lorsqu'elle devint reine d'Angleterre ; elle ne l'appelait jamais que ma mie Saint-Georges'. Nous aurons souvent à nous occuper d'elle dans le cours de ce récit.
Nous n'avons pas à le dissimuler : Henriette fut fort gâtée dans son enfance ; son esprit et son intelligence précoces, sa gentillesse, sa grâce en toutes choses, quoique mêlés d'un peu d'orgueil, désar-
* C'est ainsi que dans ce billet, conservé à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, Henriette-Marie, encore enfant, s'adressait à sa gouvernante, pour se faire pardonner un moment de caprice :
Mamangat,
Je vous prie de m'escuaer si vous aves ven mon petit vertingo qui me tenoit a se matin. Je ne pu pas estre tout dun coup sage, mais je feray tout ce que je pourray pour vous contenter et cependant je vous prie nestre plus en colère contre moy qui suis et seray toute ma vie,
Mamangat,
Vre affectionnée amie, Hbnribitb.
* Jeanne de Harlay, flUe de M"* de Montglat, avait épousé, en 1599, Hardouin de Clermont, seigneur de Saint-Georges; elle transmit le nom de Montglat k son fils, le marquis de Montglat, Tauteur des Mémoire». Lorsqu'elle Alt forcée de quitter la maison de la reine d'Angleterre, M"" de Saint> Georges passa au service de la grande Mademoiselle.
< Voir plus loin les lettres de la Reine.