MESSAGE DU PARLEMENT A HENRIETTE-MARIE
L.ord Fairfax, commandant en chef des troupes du Parlement dans le Nord, écrivait à Henriette dès son arrivée presque dans les mêmes termes, protestant 4le son attachement au roi et proposant même à la reine de lui servir de garde avec ses soldats *. Croire i\}xe cette princesse serait la dupe do ces protestations et se prêterait aux concessions qu'aurait nécessitées un accommodement avec les rebelles, c'était montrer une ignorance absolue de son caractère. Aussi les Communes furent-elles plus franches vis-àvis d'elle : à peine débarquée, elle reçut, par un hérauLxUarmes, un message qui lui signifiait :
1* Qu'elle eût à répondre pourquoi elle levait des trQupes^ans le royaume ; \
2* Qu'elle retournât' a Londres, où elle serait
serait \
traitéfi.axec aniour et en reine ;
3* Que si elle reîiïsàîTces pi'uptFsîtions, les troupes du Parlement devaient employer tous les moyens en leur pouvoir et la force des armes, pour empêcher Sa Majesté de faire aucun progrès et l'arrêter dans sa marche '.
Ces menaces émurent peu la reine : elle les attendait sans les redouter; au contraire, elle s*occupa d'autant plus activement à distribuer des armes aux gentilshommes du Yorkshire et à rattacher à la cause royale les chefs les plus influents de la province. Uéjà sir Hugh Chohnondeley lui avait livré le château de Scarborough et s'était enrôlé parmi les cava-
* Weekly ItUeUigeiteet.
< The Qtteen'ê proeeedingt in Torktkire. Lond. 1643.
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liers ; sîr John Hotham * lui-même, dont la défection à HuU avait tant indigné le roi, résolut ainsi que son iils d'imiter cet exemple : on ne résistait pas à Henriette. Un fait entre tous mit le comble à sa popularité dans la province : on avait arrêté sur la côte le Commodore Batten, commandant des navires qui avaient tiré sur elle à Burlington ; il passa devant une cour martiale, on lui prouva que c'était lui qui avait dirigé le feu sur la maison de la reine, et il fut condamné à être pendu. On le menait au lieu d'exécution sous bonne escorte, lorsque la reine vint à passer; s*étant informée de ce qui motivait tout ce bruit, on lui annonça que les fidèles sujets du roi Charles allaient punir celui qui avait failli la tuer dans sa chambre : « Âh I dit la reine, je lui ai déjà pardonné tout cela; comme il ne m*a pas tuée, on ne le fera pas mourir à mon intention. » Elle ordonna aussitôt que le commodore fût remis en liberté , en rengageant à ne plus persécuter désormais celle qui ne lui avait fait aucun mal, quand elle le pouvait. Batten fut si profondément ému de cette magnanimité qu'il embrassa aussitôt le parti du roi, et que, de plus, il sut persuader aux équipages de plusieurs vaisseaux de suivre son exemple *.
Henriette vit enfin arriver, sous les ordres du marquis de Montrose, un renfort de deux mille cavaliers, (que lui envoyait le comte de Newcastle,
« Life of ffenrietta-Maria, 1671.
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commandant en chef de Tannée royale du Nord : elle quitta alors Bointon-hall, pour marcher sur York, avec six canons, deux gros mortiers et deux cent cinquante voitures chargées d'argent, d'armes et de munitions. Ses troupes grossissaient à chaque pas : tous les gentilshommes de la province et les catholiques venaient se ranger autour d'elle, et, à son entrée dans York, cette armée était devenue vraiment formidable. A peine arrivée dans cette ville, Henriette y reçut la visite de plusieurs seigneurs écossais et entre autres du duc de Hamilton ; ils venaient s'entretenir avec elle des moyens à employer pour soulever l'Ecosse en fiiveur du roi. La reine, à laquelle souriaient les résolutions les plus hardies, discutait leurs plans avec eux, soigneuse de plaire à tous et sachant y réussir; elle était désormais la maîtresse absolue du comté d'York. E31e abrégea cependant, autant que possible, son séjour dans cette dernière ville, dont le comte de Newcastle eut le commandement, et, brûlant d'impatience de rejoindre son époux, elle reprit au bout d'un mois sa marche à la tète de son armée. « La reine étoit toujours à cheval, sans nulle délicatesse de femme, vivant avec ses soldats, comme on pourroit s^imaginer qu'Alexandre vivoit avec les siens ; elle mangeoit avec eux à découvert, au soleil , sans milles cérémonies; elle les traitoit comme ses frères, et ils l'aîmoient tous uniquementV » Elle assiégea et
< M"« de MottevUle.
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prit en passant la ville de Tadcaster, qui, disait-elle plus tard en plaisantant, ne fut pas aussi bien défendue que la ville d'Anvers contre le duc de Parme *, mais qui pouvait être utile à la cause du roi ; elle laissa aussi des garnisons à Stamford et à Malton-bridffe, pour maintenir le pays. Lord Faîrfax avait renoncé à arrêter sa marche d'une manière sérieuse. Henriette-Marie écrivait alors à Charles des lettres étincelantes d'ardeur et d^espérance : il lui semblait que toutes les barrières allaient tomber devant elle comme par enchantement, et qu'à peine quelques jours la séparaient du moment où elle pourrait unir ses forces à celles du roi. L^armée de la reine comptait alors sept mille hommes de pied et soixante-six escadrons de cavalerie, sans compter ses deux propres régiments*. Il restait pourtant à surmonter de nombreux obstacles, qui n'existaient pas pour la vive* imagination d'Henriette : la jonctio^ ne pouvait s'opérer qu'après que le roi, attardé jusque-là près d'Oxford par des semblants de négociations avec le Parlement, se serait frayé un passage, Tépée à la main, au travers de Tannée du comte d'Essex, et ce dernier paraissait disposé à lui disputer le terrain pied à pied.
La reine arriva , vers la fin de juin , à Newark , d'où elle écrivit au roi, pour lui rendre compte de Tétat prospère de son armée , en s'intitulant : Sa Majesté gméralissime, et pour lui reprocher en même
* M- de Motteville.
* Lettre d'Henriette-Marie au duc de Hainilton, ?8 mai 1643.