‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 75 sur 143 · LE PLUS GRAND ÉLOGE POUR UNE FEMME · texte numérisé non relu

LE PLUS GRAND ÉLOGE POUR UNE FEMME

content de lui payer ce tribut d'adoration, il désirait que tout le monde sût qu'il était gouverné par elle, et ce n'était là un avantage ni pour Tun ni pour raaire. La reine était une femme d'une grande beauté, d'infiniment d'intelligence et d'esprit, et elle portait en retour à son époux la plus noble affection ; de telle sorte qu'ils représentaient tous deux le véritable idéal de Tattacbement conjugal, à l'époque où ils ont vécu ^ » Dire qu'une femme a su inspirer et ressentir un pareil amour, n'estrce pas pour elle le plus magnifique des éloges?

Dans les premiers jours de Tannée 1644, le poète Davenant adressait à Henriette-Marie quelques vers pleins de grâce que Pope a depuis imités , lorsqu'ils étaient déjà tombés dans l'oubli :

To the queen at Oxford *.

Fair as unshaded light, or as the day Of the first year, when every month was May ; Sweet as the altar's smoke , or as the new Unfolded bud swelied by the morning^s dew ; Kind as the wîlling saints, but calmer far Than in their dreams forgiven votaries are -— But wfaat, sweet Exoeilence, what dost tHou hère ?

* Life of Clarendon.

* A la reine, à Oxford :

Belle comme la liunière MUia ombre ou comme le joar

De la première aDoée, qui n'avait d'antre mois que le mois de mai,

Snare comme Fencens de Faotel ou comme le nouveau bourgeon,

Qu'enveloppe et que gonfle la rosée du matin,

Kenveillante et propice comme les saints, mais bien plus calme

Qm ne le sanA daaa leurs rêvas las fldèles après le pardon ,

Mais, douce Excellence, que fais-tu ici I

*iOA HENRIETTE-MARIE DE FRANCE.

(^e dernier vers avait été dicté à Fauteur par ses craintes sur Tétat de santé de la reine : déjà grosse de quelques mois , elle souffrait d'une fiè\Te rhumatismale , causée par les fatigues de sa campagne dans le nord, et dont rien ne pouvait la délivrer. D'un autre côté, le temps s'écoulait, sans que le roi prit un parti décisif et Tétat de ses affaires était loin de répondre aux premières espérances : bien des perspectives brillantes commençaient à s'obscurcir. Si Charles avait su profiter des succès, qui lui avaient déjà ramené plusieurs des membres importants de la Chambre haute ^ ainsi que des divisions et des frayeurs du Parlement, pour frapper un grand coup en marchant sur Londres, nul doute que les opérations de son armée , dirigées avec prudence et vigueur, ne l'eussent ramené en triomphe à Whitehall \ Au lieu de cela, le roi resta dans l'inaction; ses ennemis reprirent courage, et lorsqu'au mois d'août 1643, en dépit de son Conseil et contre le sentiment de la reine, il se décida à aller en personne mettre le siège devant Gloucester, il était trop tard, et la fortune, qu'il n'avait pas su saisir, lui tourna le dos '. La résistance inattendue des habitants, le désordre des troupes royales, dont la bouillante valeur ne compensait pas l'indiscipline, et l'approche de l'armée du comte d'Essex le forcèrent à abandonner cette entreprise. Cet échec fut

■ Macaulay, Hiitory of England, 1. 1, p. 115.

* Voir la lettre de cette princeBse aa marqnia de Newcastle , Oxford, 13 août 1643.

MAUVAISK SANTÉ Dli: LA REINH:. !205

suivi , le IS septembre , par la bataille incertaine de Newbury, où des prodiges de valeur furent faits de part et d'autre sans résultat décisif, mais où Charles perdit plusieurs de ses plus sages et de ses plus utiles défenseurs, tels que les comtes de Carnarvon et de Sunderland et le vicomte de Falkland \

Ces premiers revers, assombris par des pertes si sensibles, jetèrent le découragement dans l'armée royale, et Charles rentra à Oxford, en proie à de tristes pressentiments. Bientôt, les partis enne- 'mis se mirent à battre la campagne autour de la ville, et, du haut de ses remparts, on put voir les troupes parlementaires se rassembler de tous côtés pour l'investir : Oxford, la capitale éphémère du royaume, n'allait plus être qu'une place de guerre. L'imminence de l'attaque et les préparatifs de la défense ne laissaient pas un instant de repos à la reine, dont la santé empirait tous les jours; aussi Charles, qui, au dire de Tun de ses plus fidèles, sir Philippe Warwick, avait plus de soucis de la santé d'Henriette-Marie que de ses propres affaires % la pressait-il, le cœur navré, de choisir un asile moins bruyant et plus sûr. Malgré ses souffrances devenues chroniques, la reine répugnait à se séparer encore une fois de cet époux qu'elle avait rejoint, k travers tant d'aventures et au péril de sa vie ; il fallut pourtant céder à ses instances, et elle prit le parti de se rendre à Bath, dont les eaux semblaient propres

' Perrinchief.

» M" O. Freire Owen, HenrifttO'Maria of Franre.

!âO(i HENBIETTE-MARIE DE FBAHGE.

à améliorer son état. Le départ fut fixé au 1*' avril 1644, et Charles tint à Taccompa^er lui-même jusqu'à Abingdon. Là eut lieu cette séparation également douloureuse pour tous les deux; mais, au moins, Henriette, en s'éloignant, emportait eneore avec elle Fespoir du retour et des jours meilleurs, tandis que Charles se laissait aller aux plus funestes prévisions ^ Ainsi se peignait au vif le contraste de ces deux caractères; mais qu'eussent été ces adieux, si l'avenir se fût tout à coup dévoilé à leurs regards? Us se voyaient sur cette terre pour la dernière fois!" Bath avait eu cruellement à souffrir des maux que la guerre entraine avec elle : cette ville, si riante et si salubre d'ordinaire, était devenue un véritable foyer de pestilence. Des corps à peine enterrés gisaient à tous les coins de ses rues et répandaient partout l'infection et la maladie; les maisons dévastées offraient à peine un abri *. La reine arriva épuisée de fatigue et en proie à des crises nerveuses presque intolérables, qui la forcèrent d'y rester un jour pour se reposer; mais, conmie les affaii*es du roi passaient avant tout ce qui la touchait personnellement, elle reçut les députés des catholiques dlrlande, avec lesquels Charles avait entamé des négociations. Elle eut encore l'énergie d'écrire une lettre au roi , où elle lui donnait de ses nouvelles, en lui rendant compte de son entrevue avec les Irlandais. Dans la situation pré-

* Miss Strickland

• Ibidem.

ELLE ARRIVE A BXETKR. 20T

sente , i) n y avait plus à s'occuper d'un traitement par les eaux thermales de Bath ; Hemîette se remit en route et après avoir traversé Bridgewater, elle entra enfin plus morte que vive dans la ville royaliste d*£xeter , où elle s'arrêta. Bien que cette pla(*t^ fût aussi menacée d'un siège prochain et qu'on s*y préparât activement à la défense , elle Tavait choisie pour y faire ses couches , à cause de la confiance qu'inspirait au roi le gouverneur sir John Berkeley, dont il est souvent question dans les lettres confidentielles des deux époux. La grossesse de la reine touchait à son terme, et, quoique le Parlement eut consenti à laisser partir de Londres son trousseau et quelques serviteurs, cette princesse se trouva bientôt dans un dénùment complet des secours les plus indispensables. Son état s'en aggrava à un tel point que le bruit se répandit qu^après avoirmis au monde un enfant mort, elle ne lui avait pas survécu. On ajoutait que son dernier désir avait été que son corps fût transporté en France, ne voulant pas qu'il restât exposé aux insultes des puritains d'Angleterre*. Si ces rumeurs, peut-être répandues à dessein par ^es ennemis , étaient fausses , Henriette ne s'en trouvait pas moins dans une situation des plus alarmantes , et le roi , dévoré d'inquiétudes que l'éloignement irritait encore , écrivit à sir Théodore Mayeme, son premier médecin» ce billet laconique qui était un cri du cœur :

* Newqfapers, april and may, 1644.

« Mayerne, pour Tamour de moi, allez à ma femme M »

Le docteur était à Londres et lareine, de son côté, lui adressa une lettre affectueuse, en réclamant son secours ". Le fidèle Mayerne , quoique malade luimême, ne resta pas sourd à ces appels et s'empressa de se mettre en route pour Exeter; on l'avait laissé partir de Londres dans une des voitures de la reine. La régente de France, Anne d'Autriche, également informée par sa belle-sœur de l'état de détresse absolue où elle se trouvait, lui envoya 80,000 pistoles avec les objets nécessaires à sa position; le tout lui était apporté par M"' Péronne , sa propre sage-femme. La malheureuse Henriette donna on cette circonstance une nouvelle preuve de sa générosité et de son abnégation personnelle : après avoir prélevé une très-faible fraction de la somme qui lui avait été remise, elle en envoya la plus forte part à son mari, dont les ressources devenaiient chaque jour plus insuffisantes.

* Mayerne, for the love of me, go to my wife ! C. R.

* Elle lui disait :

Monsieur de Mayerne,

Mon indisposition ne me permet pas de tous écrire longuement pour vous demander de venir, si votre santé vous le permet , mais ma maladie vous y invitera plus fortement, j'espère, que bien des lignes ne le pourroient faire. Je vous dirai donc seulement que, ayant toujours en mes souvenirs les soins que vous m' avec donnés dans mes misères, cela me fait croire que vous viendrez, si vous le pouvez et je suis et serai toujours

Votre bien bonne maîtresse et amie.

Exet|r, ce 3 mai. H. M. R.

Sloane ms 1679, folio 71.

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