‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 9 sur 143 · SON ÉDUCATION · texte numérisé non relu

SON ÉDUCATION

maient la sévérité de ses midtres; si elle excella dans les arts d'agrément, tels que le dessin, la musique et la danse, il n*en fut pas de même pour les études plus sérieuses. L'enseignement historique et politique lui fit absolument défaut, et plus tard, lorsqu'elle se heurta, jusqu'à se briser, contre les écneils de sa vie de reine, au milieu des questions de gouvernement les plus ardues, on l'entendit se plaindre amèrement de se sentir ainsi livrée sans armes et comme sans défense à cette lutte acharnée. Elle eut cependant pour précepteur M. de Brèves, un des gentilshommes les plus instruits de son époque, qui avait été longtemps ambassadeur à Constantinople ; mais, madame de Motteville nous le dit : « elle avoit dans le caractère plus d'enjouemement que de sérieux » et l'indulgence de ses maîtres ne fit qu'ajouter encore à cette disposition ^ De son côté Marie de Médicis, tendre mère, mais reine faible et frivole, n'était guère faite pour développer par une instruction solide les grandes qualités d'une jeune princesse, destinée à porter plus tard une des couronnes les plus lourdes du monde. Il fallut le contact avec les misères humaines et le malheur, cet impitoyable redresseur de torts, pour suppléer aux lacunes de l'éducation première : Henriette de France devint alors la fenmie forte et accomplie par excellence, mais au prix de quels sacrifices et de quelles souffrances !

« Miss StricklAiid, Queetu cf EngUmd, T. IV, p. 140.

La religion lui fut enseignée par une fervente carmélite, nommée la mère Madeleine de Saint- Joseph', qui sut lui inspirer une foi vive et un zèle dont l'ardeur l'emporta souvent plus loin que la prudence n'aurait dû le permettre, lorsqu'elle se trouva au milieu des ennemis de ses croyances. De la suite de ce récit ressortira l'influence considérable qu'eurent ces impressions des premières années sur l'avenir plein d'orages d'Henriette-Marie.

Cette princesse tenait de sa mère le goût des arts ; elle aimait les tableaux, la musique, Tarchitecture, le théâtre, les ballets, tout ce qui était beau ou brillant. Douée d'une voix merveilleuse dont la douceur et l'étendue aurait pu faire d'elle, si elle n'eût été reine, la prima donna de l'Europe ', elle se plaisait à la cultiver, et les meilleurs moments pour elle étaient ceux où elle pouvait se livrer sans contrainte à ces goûts favoris.

Comment, du reste, notre jeune princesse eût-elle trouvé le temps de vaquer à de plus graves études? Son enfance et sa première jeunesse s'écoulèrent au bruit des fêtes de toutes sortes, qui entrecoupaient les discordes civiles. A six ans, on l'emmenait à Bordeaux pour assister à l'imposante cérémonie de la remise de sa sœur Elisabeth à son époux, Phi-

*■ Miss Strickland, Qwent, etc. T. IV. — La mère Madeleine, reUgieiise d'un mérite extraordinaire, mourut en 1637, en odeur de sainteté. Voir dans if"* de LongueviUe, par M. Cousin, les six lettres qu'écrivit à son ancienne institutrice la reine Henriette-Marie.

* Cette aptitude musicale lui Tenait d'Italie, par sa mère qui était aussi une virtuose de premier ordre.-- Miss Strickland, Queens, etc. T. IV, p. 441.

ELLE PARTAGE l'eXIL DE LA REINE MÈRE. li

lippe lY, roi d*Espagne, qui donnait en échange à Louis XIII sa sœur Anne d'Autriche, le 22 novembre 161S^ La liaison de la future reine d'Angleterre avec la nouvelle reine de France commença donc dès Fâge le plus tendre et elle devint plus intime pendant les dix années qui précédèrent le départ d'Henriette pour sa seconde patrie. La reine mère, qui n'ignorait pas la profonde affection que le peuple conservait pour la mémoire du grand Henri , se plaisait à lui présenter souvent à côté d'elle-même sa dernière fille, le portrait vivant de leur roi bienaimé ; Marie espérait ainsi faire rejaillir sur sa personne un reflet de cette popularité, qui lui avait toujours fait défaut. Cependant la discorde sévissait de plus en plus dans la famille royale, et, lo 24 avril 1617, la régence de Marie de Médicis succombait sous le coup qui avait frappé le maréchal d'Ancre. Alors la puissance du jeune favori de Louis XIII, Charles d'Albert, duc de Luynes, ne connut plus de bornes, et son premier acte fut l'exil, au château de Blois, de la reine mère, dont la captivité s'adoucit pourtant par la présence de sa chère fille Henriette qu'on lui avait laissée.

Près de trois ans s'étaient écoulés dans cette retraite forcée, lorsque la jeune princesse fut rappelée à Paris, d'où elle partit pour Lyon en 1619, afin d'assister aux noces de sa seconde sœur Christiae avec Victor-Amédée II, duc de Savoie*, et on

« LitéofHemrietta-Maria, 1671.

* « Saint François de Saies, ayant accompagné, à Lyon, le cardinal de

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ne la laissa plus retourner près de sa mère ; le sort de ses deux aînées étant fixé, son mariage était devenu une préoccupation sérieuse pour les ministres de son frère. Marie de Médicis ne tarda pas du reste à venir rejoindre sa fille à Paris : en 1620, après TéchaufTourée des ponts de Ce, un accommodement fut négocié avec succès entre la mère et le fils par Tévêque de Luçon , qui fut peu de temps après le cardinal de Richelieu.

La reine mère alla donc s'établir au Louvre, où son influence devint bientôt plus prépondérante que jamais, pour les questions d'Ltat et par conséquent pour Favenir matrimonial de sa fille. Le jeune comte de Soissons ^ de la maison de Condé, était alors fort épris d'Henriette-Marie et recherchait sa main avec une insistance extrême. Ce prince pouvait être un parti sortable, mais, sans vouloir le décourager complètement, on ne lui faisait guère que des réponses évasives, parce qu'en dépit de nombreuses difficultés, on ne désespérait pas dès lors de faire de la jeune princesse qu'il aimait une reine de la Grande-

Sa%'oye, pour le mariage du duc Amédée avec Madame Christine de France, y vit la princesse Henriette-Marie, Agée ^ors de huit ans, et prenant garde au plaisir qu'elle avoit de voir sa sœur dans la pompe, il luy dit qu'elle auroit un jour une gloire plus solide. Puis, se tournant vers sa gouvernante, igouta qu'il croyoit voir dans le visage de cette jeune princesse, que Dieu Ut destinoit à bien soutenir la gloire de son Eglise. » Histoire d'Henriette Marie de France^ par C. Cotolendi. Paris, 1694, page 51.

* Louis de Bourbon, petit-fils de Louis !•% prince de Condé, né en 1604. Il fut Tun des ennemis acharnés du cardinal de Richelieu et finit par prendre les armes contre sa patrie. Il périt, en 1641, à la bataille de la Marfée qu*il venait de gagner sur le maréchal de Chatillon.

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