HENRY JERMYN
blic, avoit quelque part aux malheurs d'Angleterre, étoit assez honnête homme et d'un esprit doux, mais qui parut fort borné et plus propre aux petites choses qu'aux grandes. Il avoit pour elle cette fidélité qu'ont d'ordinaire tous les ministres; il vouloit avoir de l'argent, préférablement à tout le monde, pour subvenir à sa dépense qui, en tout temps, étoit grande. Cette princesse avoit sans doute trop de confiance en lui , mais il est vrai qu'il ne la gouvernoit pas absolument : elle avoit souvent une volonté contraire à la sienne, qu'elle défendoit en maîtresse absolue , ce qu'elle faisoit avec sensibilité à l'égard de tous; car, de son naturel, elle étoit un peu dépitée et elle avoit de la vivacité. Elle soutenoit ses sentiments avec de fortes raisons, mais elles étoient accompagnées d'une bonté, d'une raillerie qui pouvoient plaire et corriger tout ensemble les marques de hauteur et de courage qu'elle a données dans les actions principales de sa'vie. Elle manquoit des belles et grandes connoissances qu'on peut acquérir par la lecture; ses- malheurs avoient réparé ce défaut, et de fâcheuses expériences lui avoient donné de la capacité. Nous la verrons en France perdre cette couronne chancelante qu'elle portoit encore ; perdre le roi, son mari, d'une mort effroyable, et souffrir constamment toutes les adversités qu'il a plu à Dieu de lui envoyer. »
Henriette arriva donc en grande pompe au Louvre,
Montpensier, à qui son peu de sympathie pour la reine permettait les appréciatioDS les moins bienveillantes.
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OÙ la reine-mère et le duc d'Orléans la conduisirent par la main dans les appartements royaux, que la cour n'occupait point, pendant la minorité de Louis XIY , et Anne d'Autriche, en la quittant, l'embrassa avec eifusion. On lui donna, de plus, pour résidence d'été , le vieux château de Saint-Germain, et elle s'y rendit, trois ou quatre jours après avoir pris possession de ses appartements du Louvre. Nous avons vu que, dès son arrivée en France, la reine régente avait assigné à la malheureuse exilée une pension assez considérable, pour qu'elle pût soutenir un état de maison digne de sa naissance; mais nous savons aussi quelles privations elle s'imposait pour pouvoir faire passer à son mari des secours pécuniaires. C'était en effet l'argent qui, plus que jamais, faisait défaut à Charles P' ; son armée n'était pas payée, et il se trouvait ainsi hors d'état de poursuivre ses succès dans l'ouest de l'Angleterre. Pour lui créer de nouvelles ressources, Henriette eut la pensée de marier son fils aîné avec la sœur du jeune prince d'Orange , à la condition expresse que la dot de la princesse serait payée immédiatement : elle en fit part à son mari et cette négociation fut suivie à la Haye par le docteur Goffe, l'un de ses fidèles *.
Pendant ce temps-là, d'après le conseil du cardinal Mazarin, Henriette .travaillait à détacher du service de l'Espagne le duc Charles de Lorraine, pour le faire passer à celui du roi d'Angleterre ; la
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