PRÉLUDES DK LA FRONDE
très rayaient rendue redoutable au dehors et heureuse à rintérieur : il fallait donc que les petites ambitions de cour, la jalousie et les cabales du Parlement vinssent briser ce faisceau de prospérités. Nous le savons par de nombreuses expériences, le bonheur prolongé est une charge trop lourde, pour que la France se sente capable de la supporter. Une régence féminine était d'ailleurs une occasion tentante, pour ceux qui voulaient à toute force leur place au soleil de la faveur, et les princes du sang se montraient les premiers à Tassant, entraînant derrière eux le peuple, dupe étemelle des flatteries intéressées. Les mécontents se recrutaient surtout parmi ces hommes à courte vue, qui sont toujours prêts à sacrifier leurs véritables intérêts au besoin instinctif de notre nation : la lutte contre le gouver-^ nement. Dès le mois de juillet 1648, on sentait dans Fair ces frémissements électriques, précurseurs des tempêtes et des guerres civiles.
Tandis que les rapports, entre la cour d'un côté et le Parlement appuyé par le peuple de Paris de Tautre, s'aigrissaient chaque jour davantage, la reine Henriette apprit l'arrivée sur le continent de son second fils le duc d'York. Échappé, non sans peine, des mains de son gardien, le comte de Northumberland, il s'était embarqué pour la Hollande, déguisé en femme; mais, reconnu et poursuivi chaudement par un vaisseau parlementaire, il avait failli être capturé en vue du port de Flessingue. Ld mer était tellement furieuse, que le capitaine de so9
navire, pris entre deux dangers, avait refusé de gagner la terre, et le jeune prince s'était vu obligé de mettre Tépée à la main, pour le contraindre à cette manœuvre aventureuse. Sauvé enfin comme par miracle, il s'arrêta quelques jours chez sa sœur la princesse d'Orange, où il trouva laccueil le plus affectueux, et de là il se rendit à Paris près de sa mère, qui le reçut avec des larmes de joie. Mais ce moment de bonheur fut bientôt assombri par le départ du prince de Galles, qui, las de son inaction dans un pareil moment, s'était décidé à partir pour Calais , afin de passer en Ecosse ; il espérait par sa présence ranimer le courage de ses partisans et tenter un suprême effort en faveur de son père. L'entreprise était hérissée de difficultés et de périls de tout genre, et ce ne fut pas sans une profonde douleur que la reine, sur les instances de son fils, consentit à subir cette séparation : c'était un nouvel enjeu d'une valeur inestimable, qu'elle jetait aux hasards de la partie, déjà si terrible, que la royauté soutenait avec tant de désavantage en Angleterre. Plus Henriette-Marie se sentait cruellement frappée dans ses affections , plus sa piété s'adressait ardemment au ciel , pour obtenir la résignation qui lui était à la fois si pénible et si nécessaire ; après ses derniers embrassements avec son fils aîné, elle se retira pour quelques jours aux Carmélites de la rue Saint-Jacques. « Nous l'y trouvâmes seule dans une petite chambre, » raconte M"* de Motteville, qui était allée la voir le 14 juillet, avec M"' de Beau-
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mont, (c Elle écrivoit et faisoit des dépèches, à ce qu'elle nous dit, de grande importance. Comme elle les eut finies, elle nous conta les vives appréhensions qu'elle ressentoit du succès de ce voyage et nous fit part de Tétat présent de sa nécessité, qui augmentoit infiniment par celle où étoient le roi et la reine de France. Elle nous montra une petite coupe d*or dans quoi elle buvoit, nous jura qu'elle n*avoit d'or, de quelque manière que ce pût être, que celui-là. Elle nous dit de plus que, quand le prince de Galles étoit parti, tous ses gens lui étoient venus demander de l'argent, et lui avoient dit qu'ils la quitteroient si elle ne leur en bailloit : ce qu'elle n'avoit pu faire et avoit eu ce déplaisir de se voir hors d'état de remédier au besoin de ses officiers, qui l'accabloient de leur misère Cette description nous toucha d'une sensible compassion et nous ne pouvions assez admirer cette mauvaise influence qui dominoit sur les tètes couronnées, qui étoient alors les victimes des deux parlements de France et d'Angleterre : le nètre étant , grâce à Dieu , bien différent en ses intentions, mais pour lors, il incommodoit le roi et les apparences en étoient mauvaises ^ » Rien n'était plus vrai que cette apprécia-
* La pensée de renverser le trône était, en effet, bien loin de l'esprit des Prondenn , du Parlement et du peuple , dont l'Anglais Bvelyn jugeait ainsi les sentiments en 1652 : ■ Les Français sont la seule nation d'Europe qui idolâtre son souverùn*;ils ont, sans grande cérémonie, plus d'accès auprès de lui qu'on ne le voit dans aucune autre cour. Cette affabilité et cette liberté lui gagnent leurs cœurs. C'est habile au prince et une grande vertu chéi les sujets. Mais, en revanche, une fois leur colère émue, il se trouve toiyours un RavaiUac, ou un tMin coupe-gorge, pour accom-
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lion de Tauteur des Mémoires. En France Forage n'était qu'à la surface, tandis que la nation anglaise était remuée jusqu'au fond du sol ; tout bouillonnait à la fois : libertés politiques et reKgieuses, ambitions sociales, vengeances personnelles, qu'exploitait à son profit le génie infatigable d'un homme qui a su tout oser, jusqu'au crime.
Assailli par une série d'infortunes qui en laissaient encore bien d'autres à redouter pour l'avenir, l'esprit de la fille de Henri lY s'y trompa et elle crut voir dans la Fronde le contre-coup sourd et sanglant de la révolution d'Angleterre. Cette princesse ne se rendait pas assez- compte du caractère si différent des deux nations ; le jeune Louis XTV, dont la minorité autorisait toutes ces cabales, grandissait dans l'ombre et le temps n'était pas trop éloigné où son entrée au Parlement, un fouet à la main, ferait rentrer sous terre toutes ces velléités d'indépendance. « Ma sœur, disait la reine d'Angleterre à Anne d'Autriche, près de laquelle elle se trouvait à la journée des Barricades, les troubles d'Angleterre dans leur commencement n'ont jamais été aussi grands et aussi sérieux. » Elle s'^efforçait alors de modérer les colères de la reine régente, bientôt suivies de concessions qui ne faisaient que raviver la flamme, comme lorsque, sous la pression populaire, elle se décida à remettre en liberté Broussel, Blancmesnil et Charton, qu'elle venait de faire arrêter. Henriette ne lui épar-
plir leur scélératesse : tant il est peu sûr de se fier au peuple ! » Extrait» d'Bvelyn. 1652, publiés par la Société des Bibliophiles, p, 909.