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LE LOUVRE DEVIENT UN LIEU DE REFUGE

§:na pas les conseils et peut-être, s^ils eussent été suivis à temps, de grands malheurs auraient-ils pu être évités ^ Quand la reine et le cardinal s'en allèrent avec le roi s'établir à Saint-Germain y pour assiéger de là et réduire Paris, Henriette les y accompagna : ce fut pendant son séjour avec eux, le 11 mai 1648, qu'elle tint sur les fonts du baptême le prince Philippe, fils du duc d'Orléans.

Cependant, après un court apaisement, la Fronde s'étant rallumée avec le puissant concours du grand Condé, la reine d'Angleterre regarda comme un devoir d'employer l'influence que lui donnaient le nom de son père et ses propres malheurs, pour calmer les esprits et servir d'intermédiaire entre la cour et les mécontents. Elle retourna donc s'établir au Louvre, et bientôt ce palais devint le refuge de tous ceux que la rage populaire menaçait le plus particulièrement. Henriette sauva ainsi plusieurs gentilshommes du parti de la cour, qui se trouvaient encore dans Paris, et en même temps un certain nombre de Frondeurs, devenus suspects aux chefs ombrageux de la rébellion. Un jour même, ce fut le tour de M'"*' de Motteville de voiir demander à sa royale amie une protection contre les avanies, que lui valait sa qualité de dame du palais d'Anne d'Autriche ; la reine la reçut au Louvre avec sa grâce habituelle et l'y installa , ainsi que sa sœur M^'^ de Villeneuve, dans deux belles chambres, meublées

« M» de Motteville, t. IV, p. 34.

des meubles de la couronne**. Henriette ne se lassait pas non plus, au milieu du bruit des armes et des émeutes si fréquentes dans la ville assiégée , de prêter son appui à ceux qui, comme le président Mole , s'efTorçaient de ramener à la raison tant de tôtes en délire. La duchesse de Longueville et les princes de la maison de Condé, qui avaient toujours professé pour elle le respect le plus affectueux, étaient surtout Tobjetde ses soins, et elle n'épargnait aucune démarche pour amener un rapprochement entre eux et la cour.

Ces préoccupations n'étaient pas les seules qui hantassent la malheureuse reine : sa vie n'était qu'une longue torture morale et matérielle. M""" de Motteville qui, ainsi que nous l'avons dit plus haut, avait alors de fréquentes occasions de la voir, nous fait la peinture la plus lamentable de sa position. Enfermée dans le Louvre, au milieu de Paris bloqué, Henriette souffrait cruellement d'être privée des lettres de son époux ; ce silence , qu'elle attribuait uniquement à la difficulté des communications, avait pour cause la nécessité où se trouvait le roi, ramené à Londres en captif, de répondre devant le Parlement aux charges que ses ennemis, déguisés en juges, accumulaient sur sa tête. Que n'aurait-il pas donné dans un pareil moment pour avoir près de lui cette amie si sûre et si fidèle? mais tout adoucissement dans son malheur devait lui être refusé.

* M- de Motteville.

LETTBE DE LA REINK AU PARLEMENT D*AN(iLKTERRE. Î51

Tout à coup, au commencement de janvier 1649, la nouvelle du procès intenté au roi arrive jusqu'à Henriette. Plus de doute, mais plus d'hésitation pour elle : son inquiétude et son amour triomphent de sa fierté ; elle écrit une lettre suppliante aux présidents des deux Chambres du Parlement, elle leur demande comme une grâce laùtorisation d'aller rejoindre son mari, pour l'aider et le soutenir dans ses misères du moment, car elle ne peut supposer une condamna* tien. Par l'entremise du comte de Grig:nan, ambassadeur de France, elle s'adresse aussi au général Fairfax , pour obtenir de lui un sauf-conduit. La lettre aux présidents ne fut même pas ouverte \ et Fairfax ayant communiqué aux Chambres celle qui lui avait été remise par l'ambassadeur, on la laissa de c6té dédaigneusement, avec cette simple remarque que la reine n'avait rien à demander, puisqu'on 4643 elle avait été déclarée coupable de haute trahison '. La haine de Cromwell l'emportait ; sa royale victime devait mourir, sans avoir eu la consolation d'embrasser une dernière fois celle qu'elle avait tant aimée.

Cependant Henriette parvenait, à l'aide d'un agent secret nommé Wheler, à faire arriver jusqu'au roi prisonnier une lettre, où elle lui exprimait combien elle souffrait de son affliction, dont elle parta-

« Cette lettre resta cachetée parmi les papiers du bureau du Parlement, où on la retrouva seulement, dans cet état, le 20 mars 1682. Elle fut ouverte alors et lue pour la première fois par William Goldsborough, clerc du Parlement.

* Clarendon. vol. III, p. 369, — Memoin of Henrietta'diaria, 1671.

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geait le poids douloureux ; elle ajoutait que son vœu le plus ardent était de mourir pour lui, car la vie ne lui serait pas possible , sans Tespérance de lui être rendue; elle voulait faire tout ce qui serait humainement exécutable pour lui être utile et elle avait la confiance d*y réussir ^

Il n'y eut là, nous le savons, qu'une déception de plus ; Henriette-Marie dut rester confinée dans le palais du Louvre, dévorant ses angoisses et luttant contre toutes les misères, môme celles de la vie matérielle. Elle avait vendu jusqu'à ses derniers bijoux pour subvenir aux besoins de son époux : le malheur des temps empêchait que la pension assignée par la reine de France ne lui fût payée, et elle se vit bientôt dans la cruelle nécessité de laisser ses domestiques se disperser dans Paris, pour y chercher leur vie comme ils le pourraient *. Réduite personnellement aux plus dures privations, la fierté de cette fille des rois ne pouvant plier jusqu'au point d'implorer un secours du Parlement révolté, Henriette s'était contentée d'écrire secrètement à sa belle-sœur, à Saint-Germain, pour lui faire part de sa détresse. Anne d'Autriche avait dû lui répondre que la même misère régnait dans sa propre maison, que ni le roi ni elle-même ne possédaient un sol et qu'elle ne pouvait trouver à crédit ni un dîner ni une robe *.

« Life of HenrieHa-Maria, 1671.

* Misa Strickland.

* Lêtter» of Vitcount Liale to his father, 1649. u La magnificence n*étoit pas

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