‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 87 sur 143 · CRUELLES INSOMNIES DE LA REINE · texte numérisé non relu

CRUELLES INSOMNIES DE LA REINE

Ce fut sur ces entrefaites que le coadjuteur, abbé de Gondy, alors tout-puissant dans Paris, vint rendre visite à la malheureuse reine. « Je la trouvai, nous raconte- t-il, dans sa chambre et mademoiselle sa fille, qui a été depuis madame d'Orléans ; elle me dit d'abord : « Vous voyez, je viens tenir compagnie à Henriette. La pauvre enfant n'a pu se lever aujourd'hui, faute de feu. » Le vrai étoit qu^l y avoit six mois que le cardinal n'avoit fait payer à la reine sa pension; que les marchands ne vouloient plus rien fournir et qu'il n'y avoit pas un morceau de

bois dans la maison' J'exagérai la honte de cet

abandonnement et le Parlement envoya quarante mille livres à la reine d'Angleterre *. »

Cependant l'adversité sous toutes ses formes poursuivait en yain Henriette-Marie, son courage ne fai* blissait pas : elle savait prendre sur elie et montrer à ses visiteurs un visage sinon gai , au moins ouvert et souriant, mais ses veilles silencieuses de la nuit étaient remplies de lugubres visions et de larmes. « La reine , écrit un journaliste anglais de cette époque, est revenue du couvent des Carmélites, où elle était allée faire ses dévotions pendant quelques jours :^ elle ne semble pas désespérer des

grande à Saint-Germain, personne u^avoit tout son équipage; ceux qui avoient des lits n* avoient point de tapisseries, et ceux qui avoient des tapisseries n'avoient point d*habits, et Ton y étoit très-pauvrement... Le roi et la reine manqaoient de tout. * M"* de Motteville, t. II, p. 12.

* ■ Voos me faites bien la justice, écrivait le cardinal de Rets à M"* de Canmartin, d*étre persuadée que Madame d'Angleterre ne demeura pas au lit le lendemain , faute d'un fagot. »

* Le cardinal de Rets, Mémoires, t. I, p. '296.

25i HENRlETTE-MARie DE FfiANCE.

affaires de son époux en Angleterre , mais ses dames affirment que ses nuits sont plus désolées que jamais *. » Le silence qui se faisait sur le sort du roi Charles P' oppressait lourdement son cœur. « Elle sentoit venir le malheur qu'elle avoit sujet de redouter et qui enfin lui arriva par Tordre de Dieu, pour lui faire sentir la différence des plus grands biens et des plus grands maux qui puissent arriver dans la vie. On peut dire d'elle qu'elle a goûté ces doux états dans toute leur étendue *. »

A ce même moment en effet s'accomplissait à Whitehall le dénouement du long et terrible drame, dont l'Angleterre était le théâtre : le 9 février 1649% la tête de Charles P' tombait sous la hache. Calme et digne jusqu'à la fin devant tous les outrages, et se contentant de protester contre le. jugement inique d'uif tribunal, qui était la violation de toutes les lois du royaume, il avait montré aux yeux du monde, en face de la mort, le courage d'un vrai gentilhomme, avec la patience et la douceur d'un chrétien pénitent *. La veille de l'exécution, il avait

* Afoderate intelligeneer, cité par sir Heniy Ellis, ffÎMtorical letiers, 2* séries.

* M"« de Motteville.

' L*année anglaise ne se réglait pas encore d'après le calendrier Grégorien et commençait alors le 24 mars; ainsi la date du 9 février 1649, en l^ance, correspondait à celle du 30 janvier 1648 , d'après le calendrier britannique. Cela faisait que, bien qu'il n'y eût en réalité que dix jours d'écart entre les deux calendriers, le chiffre de Tannée était différent.

* Macaulay. — ZTù/ory of JSngland, t. 1, p. 127. « La conscience humaine sera toujours mal à l'aise en face de Charles 1*' et de Louis XVL Selon le droit nouveau des révolutions, ils ont pu être condamnés, comme coupables de lèsa-révolution , mais on les avait laissés grandir dans le «en-

Page 1