‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 88 sur 143 · ENTRETIEN DE CHARLES I*'' AVEC SES ENFANTS · texte numérisé non relu

ENTRETIEN DE CHARLES I*'' AVEC SES ENFANTS

béni ses deux enfants demeurés en Angleterre : sa fille Elisabeth, âgée de douze ans, et le jeune duc de Gloucester, qui n'en avait que huit. C'est la jeune princesse elle-même qui nous a rendu compte de cette dernière et pathétique entrevue : « Il me dit qu^il était heureux que nous fussions venus, car, bien que le temps lui manquât pour me parler lon«guement, il avait à me dire des choses qu'il ne pouvait confier à d'autres, et il craignait qu'on ne poussât la cruauté jusqu'à l'empêcher d'écrire ^ « Mais, cher coeur, ajouta-t-il, tu oublieras ce que je vais te dire? » Je fondis en larmes en lui jurant que je mettrais par écrit toutes ses paroles : ce Je désire, reprit-il, que tu ne te fasses point de chagrin et que tu ne te tourmentes pas à mon sujet, car c'est ime mort glorieuse que celle qu'on subit pour les lois et

timent d*an autre droit public , où iU étaient irresponsables et infaillibles. C^est la seule légalité dont ils eussent conscience. En les faisant rentrer sons la conlpe commune, on les frappe d^une loi qai leur est étrangère. Aussi, fussent-ils les plus coupables des hommes, il reste une inquiétude étemeUe dans Tâme de la postérité, qui juge en dernier ressort la légitimité de Féchafaud ! s Edgar Quinet, la Bévolution Française.

* 11 paraît que cette crainte n*était pas fondée, car voici le fragment d'une lettre de Charles 1«'' à la reine, que cite Cotolendi; nous la reproduisons parce que c'est un suprême hommage rendu à son épouse par ce roi qui allait mourir : « Je suis satisfait, puisque mes enfants sont près de vous. Votre vertu et votre tendresse me répondent du soin que vous aurçs de leur conduite ; je ne puis vous laisser des gages plus chers et plus précieux de mon amour. Je bénis le ciel de faire tomber sa colère sur moy seul. Mon cœur est plein pour vous de la mesme tendresse que vous y aves toujours veue ; je vais mourir sans crainte, me sentant fortifié par le souvenir de la fermeté, que vous m'aves fait paroltre dans nos périls communs. Adieu. Madame, soyes persuadée que jusqu'au dernier moment de ma vie , je ne feray rien qui soit indigne de l'honneur que j'ay d^estre vostte époux. » ffittoirt d^ Henriette-Marie de France, p. 177.

pour la religion de son pays. » Il me désigna les livres que je devais lire contre le papisme^ et continua : « J'ai pardonné à tous mes ennemis et j'espère que Dieu leur pardonnera également. » Il me recommanda ainsi qu'à mes frères et sœurs de leur pardonner aussi : cr Par-dessus tout , dis à ta mère que mes pensées ne se sont jamais éloignées d'elle et que mon amour pour elle sera le même jusqu'à la fin. » En même temps, il nous enjoignit à tous deux de l'aimer absolument et de lui obéir toujours ^ « Pour vous y mon fils, dit-il en s'adressant au duc de Gloucester, ne cessez pas d'aimer cette bonne mère ; souvenez-vous de moi et rendez-vous digne par vos actions du sang de vos prédécesseurs'. » Le malheureux roi, en poursuivant cet entretien, détournait la tète vers la fenêtre, pour ne pas mêler les pleurs, que lui arrachaient ces adieux, aux sanglots des enfants, qui devaient être le lendemain des orphelins. «Mon fils, écrivait-il encore au prince de Galles, dans une de ses dernières méditations, je laisse à vos soins votre mère : souvenez-vous qu'elle a été contente de souffrir pour moi, avec moi et avec vous aussi, par une magnanimité incomparable. » Et il ajoutait : « Je ne crois pas qu'il y ait personne d'assez méchant, pour haïr la reine pour elle-même : sa faute est d'être ma femme'. » Gomme

* What the King said to ma on Ihe 29*^ of january 1648, the last time I had the happinasa to see him. Reliqwm taarw.

* Cotolendi, Bùtoire d'ffenriette de France, p. 171. > EikoH baiiiiké.

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