‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 89 sur 143 · SON DERNIER SOUVENIR POUR LA REINE · texte numérisé non relu

SON DERNIER SOUVENIR POUR LA REINE

on le voit, le souvenir d'Henri et te-Marie n'avait cessé de planer au-dessus de ses dernières souffrances, de même que le sien restait profondément gravé dans Tâme désolée de son épouse. C'était une correspondance du cœur à travers Tespace,- la seule que Tinfortune pût leur permettre *.

Doublement assiégée dans le Louvre par les Frondeurs et par les troupes royales qui bloquaient Paris, la reine Henriette ignorait encore les détails et Tissue du procès de son époux. Le 19 février seulement une rumeur vague, quoique trop bien fondée, se répandit parmi les gentilshommes de sa maison ; mais Tespérance à laquelle cette princesse se rattachait avec passion était tellement vive, que ses amis n'osèrent pas lui donner connaissance de ces bruits sinistres , qui n'avaient pas encore été officiellement confirmés. Pourquoi la plonger dans le désespoir, lorsque le doute était encore permis? Lord Jermyn pensa pourtant qu'il était à propos de la préparer graduellement aux plus tristes catastrophes; et, dans cette vue , il imagina une histoire , d'après laquelle le roi aurait été jugé, condamné, conduit même sur le lieu de l'exécution; mais alors ses sujets se seraient levés en masse , pour Tarracher à Téchafaud

* SoQs le médûllon de Saint-Georges, que le roi remit, un moment avant te mort, à l'évéque Juxon, en lui disant ce mot : •Bemember/ » se trouvait caché, par une plaque ornée de fleurs de lis, qu'un ressort secret faisait mouvoir, une charmante miniature d'Henriette. Sans doute le mot qu'il prononça voulait dire que Juxon n'oubliât pas que le roi ne se séparait du portrait de son épouse bien-aiinée qu'au dernier moment de son existence. Hiis Strickland, Queetu of Enyland^ t. IV, p. 282.

et le sauver. Malheureusement, ce conte ne produisit pas Teffet voulu sur Timagination surexcitée de la reine; il ne fit qu'exalter encore les illusions qui Tavaient soutenue jusque-là : a Je savais bien , s'écria-t-elle , toute Taffection que beaucoup de ses sujets portaient au roi, et qu'ils étaient prêts à sacrifier pour lui leur fortune et leur vie ! La cruauté des persécuteurs de Charles a dû stimuler leur zèle, et, maintenant que la crise est arrivée, je ne doute pas que tout n'aille pour le mieux \ »

Les choses en étaient là, lorsque parut inopinément au Louvre le jeune duc d'York : il arriva pendant le dîner de sa mère, mit un genou en terre et lui demanda sa bénédiction , selon la coutume des enfants en Angleterre, lorsqu'ils avaient quitté leurs parents pendant quelque temps*. La reine l'accueillit avec des transports de joie *: elle lui avait écrit pour hâter son arrivée , mais les troubles de Paris avaient forcément retardé le voyage '. Le prince était accompagné de sir John Denham, qui s'était chargé de le conduire dans les bras de sa mère. Ranimée encore par le retour de ce fils qu^elle adorait, la reine, dès le lendemain matin 34 février, se décida à envoyer un gentilhomme de sa maison , sur lequel elle pouvait compter, jusqu*à Saint-Germain, pour s'informer des nouvelles que la reine-mère avait pu recevoir directement d'Angleterre ^ Ce gentilhomme traversa

* Misa Strickland.

* P. Cyprien de Oamaches. Ms.

* iiemoirt of /amei fl, writt^n by himselti

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