‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 92 sur 143 · LA REINK FORGÉE DE QUITTER PARIS · texte numérisé non relu

LA REINK FORGÉE DE QUITTER PARIS

arriva dans Tété de 1649. Pendant ce temps-là, la princesse Elisabeth et le jeune duc de Gloucester étaient restés captif s en Angleterre, où on les confia, pendant quelques mois, aux mains de la comtesse de Carlisle, l'ancienne et perfide confidente de leur mère; le Parlement lui assigna, pour leur entretien, une pension de 3,000 livres sterling, mais avec Tordre exprès de leur refuser toute distinction princière*.

Tant qu'elle eut lieu de croire que sa présence à Paris pouvait être utile à la cause royale et au bien de ses enfants, Henriette-Marie resta au Louvre, bravant le dénûment le plus complet, dont ses gens n'osaient plus se plaindre en la voyant si résignée, et les insultes que ne lui épargnaient pas les Frondeurs dans son propre palais. Ils étaient d'autant plus exaspérés contre elle, que la reine et son fils passaient pour avoir conduit , entre la cour et le duc de Lorraine, une négociation , dont le résultat fut la retraite de ce prince avec ses troupes. Le peuple disait : « Hs nous veulent rendre aussi misérables qu'eux, et font leur possible pour ruiner la France, comme ils ont fait de l'Angleterre '. » Enfin , les choses en vinrent à ce point, que la reine ne pouvait plus sortir de chez elle, sans subir les plus graves insultes : reconnaissant alors que son séjour à Paris n'avait plus aucune utilité , elle se rendit aux instances de la reine régente , qui la pressait de venir la rejoin-

* Min Strickland, t. IV, p. 290.

* M»* de Mootpansier, Mémoires, t. III, p. 77.

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dre à Saint-Germain; son frère Gaston d'Orléans lui-même le lui conseilla. Le voyage ne fut pas sans périls; la populace, ameutée par ses chefs, la poursuivit de ses menaces pendant la traversée de la ville, et ses créanciers, furieux de ce départ, s'efforçaient d'arrêter son carrosse ^ Le jeune Charles II, en grand deuil, accompagnait sa mère à cheval, la main posée sur la portière de la voiture, et lui faisant un rempart de son corps, pendant tout ce dangereux trajet. Ils purent enfin sortir de Paris; les enfants de France, accompagnés de leur mère, vinrent jusqu'à Ghatou pour recevoir l'infortunée veuve et le roi son fils, et les ramenèrent jusqu'à leurs appartements dans le vieux château de Saint-Germain *. Le séjour de la reine dans cette sombre demeure ne fut pas de longue durée : la Fronde, depuis le combat de Saint- Antoine, agonisait, et le moment était venu où les relations amicales d'Henriette avec le grand Condé étaient appelées à rendre de grands services au roi Louis XIV. Elle retourna donc à Paris pour travailler à la paix, et bientôt son intervention amena les plus heureux résultats. Louis XI Y fit son entrée en grande pompe, avec sa mère, le 18 août 1649, et, dès le lendemain, après une audience de pardon accordée aux chefs les plus compromis de la guerre civile, il alla faire une visite officielle de condoléance à sa tante; Charles II y assistait, et, pour la première

* Evelyn's Diary et Merewriu» politicus.

* Anne d'Autriche s'était établie dans le nouveau château, bâti par Henri IV sur la terrasse qui domine la Seine.

CHARLES II ET LE CHANCEUER UYDE. 1^67

fois, il fut salué comme roi à la cour de France ^ Au commencement de septembre, ce jeune prince résolut de passer dans TUe. de Jersey , qui reconnaissait encore la royauté des Stuarts : de là, il devait aller en Ecosse ou en Irlande, où l'appelaient an grand nombre de ses partisans. Le chancelier Hyde le poussait dans cette voie, mais la reine était loin de partager son avis : elle considérait une pareille expédition comme inutile et même comme dangereuse dans Tétat des choses. Bien qu'elle tint en haute estime le caractère loyal de Hyde, comte de Clarendon, et son dévouement absolu au feu roi ainsi qu'à son fils, la reine n'éprouvait pour sa personne aucune sjonpathie, et, plus tard , elle le prit en une sorte d'aversion. Lorsque le conseil privé de Charles II eut décidé que le chancelier lui-même partirait pour l'Espagne , afin d'y demander secours et assistance, Henriette, convaincue que ce voyage n'amènerait aucun bon résultat, exprima le regret de le voir ainsi perdre son temps et son argent. Glarendon avoue lui-même qu'il reconnut par expérience toute la justesse de cette opinion ^

Nous avons dit que la reine rendait pleine justice à l'honnêteté du chancelier, quoique la plupart du temps elle ne partageât pas son avis. Un jour qu'à cette époque elle s'était laissée aller à un entretien confidentiel sur ses affaires avec les dames de sa maison , dangereuse habitude qu'elle ne perdit

* M*« de Motteville.

* Life of CUxrendon.

jamais, elle se plaignait d'un homme qui avait eu beaucoup d'influence dans les conseils du feu roi et qui avait joué près d'elle le rôle d'un flatteur, promettant de l'aider dans tous ses désirs, lui suggérant même des souhaits auxquels elle n'avait jamais pensé ; tandis qu'elle reconnut plus tard qu'en particulier il conseillait à Charles P^ de lui refuser jusqu'aux moindres faveurs. Les dames se montrèrent curieuses de savoir le nom de cet homme à double face ; mais Henriette se refusa absolument à le dénoncer. « J'espère que ce n'était pas le chancelier Hyde, » dit l'une des dames. <c Non, répliqua la reine ; soyez sûre que ce n'est pas lui, et que cela ne lui ressemble pas, car il n'a jamais fait de compliments. Je crois vraiment que, si ma conduite lui avait paru mériter les qualifications les plus flétrissantes, il ne se serait pas fait scrupule de mêles appliquer. » Cette dame répéta le propos au chancelier, qui constata avec plaisir l'opinion de la reine sur sa franchise et la sévérité de ses principes*.

Le jeune roi resta sourd aux remontrances de sa mère qu'effrayaient sa grande jeunesse et l'état désespéré de son parti. « Il vaut mieux pour un roi, lui disait-il, périr dans une expédition de ce genre que de traîner ici sa vie dans une honteuse indolence. » Cette haute résolution et cet esprit d'entreprises, que montrait Charles II avant l'âge de vingt ans, forme un étrange contraste avec la nonchalance

* lÀfe ofClarmidom,

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