‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 93 sur 143 · DEUX VEUVES PAR LA HACHE · texte numérisé non relu

DEUX VEUVES PAR LA HACHE

et les plaisirs faciles dans lesquelles il se plongea, lorsqu'il eut reconnu Tinanité de tous ses efforts. Il partit donc en 1650, avec son frère, le duc dTork, pour Jersey , où il fut proclamé roi de la Grande- Bretagne, et de là pour TEcosse, où il se trouva bientôt à la tète d'une armée. Alors commença pour lui une série d'aventures aussi audacieuses que romanesques, qui se terminèrent par son retour presque miraculeux en France, après la désastreuse bataille de Worcester *.

La santé d'Henriette-Marie , toujours chancelante et encore ébranlée par tant d'épreuves , la força à retourner aux eaux de Bourbon ; son chemin était par Moulins, et elle ne manqua pas d'y aller voir son ancienne amie, la duchesse de Montmorency, au couvent de la Visitation, où elle avait enterré sa jeunesse, sa beauté et sa vie entière , pour y pleurer, elle aussi, un époux mort sur Téchafaud. La reine la trouva dans une chambre tendue de noir, où elle conservait l'unie renfermant le cçeur de son mari, tandis qu'elle faisait travailler à ce magnifique mausolée, qu'on admire encore aujourd'hui. Ces deux femmes, dont la hache du bourreau avait fait des veuves , se comprirent dans leur douleur, et les larmes versées en commun devinrent pour elles une sorte d^amère consolation ^

* On sait que Charles II, poursuivi avec acharnement par ses ennemis , dut passer plusieurs jours caché dans les branches du chêne de Boscobel, et ne dut son salut qu'au dévouement d'uile jeune fille, miss Lane.

* Lady Famhawe'ê autohiographj.

La vaine tentative faite par Charles II pour reconquérir son royaume avait eu pour effet de rendre encore plus pénible Texistence de sa sœur et de son jeune frère, restés en Angleterre. Le bruitcourut à la cour d'Henriette que Cromwell voulait faire du duc de Gloucester un apprenti cordonnier, et de la jeune et charmante princesse Elisabeth une fabricante de boutons ^ 11 est certain que la chambre des Communes délibéra sur ce qu'il y avait à faire de ces deux orphelins ; quant au prince, qu'on avait ordre de n'appeler que maître Henri, il était trop jeune pour qu'on eût à s'inquiéter de lui. Malheureusement pour elle , la princesse Elisabeth avait cet âge, où l'âme encore si tendre se déchire à toutes les épines de la vie et où les ravages de l'infortune sévissent plus durement qu'à une époque plus avancée de l'existence; ses dernières entrevues si touchantes avec son père avaient laissé dans ce jeune cœur une blessure qui ne pouvait se cicatriser , et que Tabandon et l'isolement ravivaient chaque jour. Cette princesse tenait de sa famille un caractère haut et courageux ; elle était fi ère des grandeurs de sa naissance. Le souvenir du meurtre de son père lui de-* vint encore plus poignant, lorsqu^on Tarracha du palais de Saint-James, et que, séparée de sa fidèle gouvernante et de ses femmes, on la renferma au château de Carisbrook, triste prison d^où Char-' les P' n'était sorti que pour aller à la mort. Livrée

< Miss Strickland, t; IV, p. 293.

Page 1