HOBT DE LA PRINCESSE ELISABETH
sans cesse à elle-même, elle s'absorba dans la pensée de ses malheurs et des désastres de sa famille, jusqu'au jour où elle tomba malade d'une fièvre lente, qui ne devait plus la quitter ^ Son frère Henri, encore un enfant , était Tunique compagnon de sa solitude, et bientôt elle dépérit comme une plante surprise dans sa fleur par une neige prématurée. Le 8 septembre 1650, elle s'éteignait à Garisbrook, à peine âgée de quinze ans. Sa jeune et jolie tète reposait sur une Bible, présent que son père lui avait fait quelques jours avant sa mort, et dont elle ne s'était jamais séparée. On l'enterra obscurément à Newport*, et c'est seulement dans ces derniers temps que la reine Victoria fit élever un monument à*la mémoire de l'une des plus touchantes figures de la maison des Stuarts.
Quant au duc de Gloucester, il fut encore gardé en Angleterre pendant plus de deux ans, et ses geôliers ne lui permirent de s'embarquer pour la Hollande qu'au commencement de 16K3, Gromwell craignant alors que le nom du prince ne devint un drapeau pour les mécontents. L'Angleterre, du reste, grâce au génie du Protecteur et à l'appui d'une armée victorieuse sur tous les points, s'élevait à un tel degré de puissance , que les nations voisines s'en émurent. Le prudent Mazarin, qui avait moins peur du diable que d'Olivier Cromwell ', et qui ne voulait
* Pi Cjp. de Gamabhes;
• Mayerne's, Èphhnerides Sloane Ms; 3 M- de MotteviUë.
pas être devancé par l'Espagne ' , se hâta d'envoyer à Londres, comme ambassadeur, M. de Bourdeaux, en le chargeant de négocier à la fois un rapprochement entre les deux pays et l'acquisition pour le cardinal lui-même des objets d'art qui avaient appartenu à Charles P', et dont le Parlement avait ordonné la vente. Ces deux opérations prirent un temps assez long, mais elles amenèrent enfin le résultat qu'attendait Tadroit Italien. Henriette avait inutilement mis tout en œuvre pour détourner ce dernier coup, qui sanctionnait implicitement un grand crime : la pensée d'une alliance de sa patrie avec le meurtrier de son époux remplissait son âme de douleur et de honte. Elle écrivit à son fils , le duc d'York, une de ces lettres, oti respire la dignité triste 3e la reine veuve et de la mère blessée dans ses sentiments les plus intimes : « Je vous advoue, lui ditelle , que , depuis mon grand malheur , je n'ai rien ressenti à l'égal de ceci. Dieu nous prenne dans sa sainte protection et nous donne la patience qu'il faut avoir pour supporter ce coup ' I »
< « Cromwell joua ti bien son rôle avec la France et TEapagne, qui le r6' cberchoient également, que ces deux couronnes se disputèrent son alliance avec ona rivalité qui les couvrit de confusion. La Hollande consacra, par une médaille satirique , cet excès de faiblesse et d'ignominie. Sur un côté de U médaille, on voit le buste de Cromwell, couvert d'une cuirasse et le front ceint de lauriers; le revers off^e la Grande-Bretagne, sous la figure d'une femme assise ; le Protecteur à genoux devant elle paroit appuyé sur son sein, le dos tourné, les reins découverts jusqu'aux jarrets, l/ambassadeur d'Espagne se prosterne devant cette nudité, comme pour la baiser ; celui de France, l'arrêtant par le bras, semble vouloir le repousser et la démarche est expliquée par cette légende : Hetire-toi^ cet honneur appartient au roi mon mattrt» » — Précii historique sur Cromwell, p. 146.
* Voir les lettres d'Uenriette-Marie.