‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 95 sur 143 · RÉPONSB INSOLENTE DE CROMWELL · texte numérisé non relu

RÉPONSB INSOLENTE DE CROMWELL

Cependant, le nombre des bannis qui venaient chercher un refuge près de la reine d'Angleterre augmentait chaque jour, et, malgré la pension que lui avait allouée Anne d'Autriche , elle ne pouvait plus subvenir à leurs dépenses et à celles de ses enfants : c'était encore la misère pour eux et l'humiliation pour Henriette. Le cardinal, dont l'avarice craignait avant tout d'être obligée de dénouer les cordons de sa bourse, insista alors pour qu'elle l'autorisât à réclamer de Gromwell le payement annuel de son douaire. On comprend tout ce que cette démarche devait coûter à l'orgueil de la fille de Henri lY ; mais la malheureuse reine, hors d'état de secourir ses amis, à bout de ressources et malgré la plus vive répugnance, se vit enfin forcée d'y consentir.

CromweU ne fit pas attendre sa réponse : « Elle n'a jamais été reconnue par le peuple comme reineépouse de la Grande-Bretagne; elle n'a donc pas droit à son douaire. » C'est ainsi qu'on feignait d'apprécier son refus, lorsqu'elle vint en Angleterre, de recevoir la couronne selon le rite de l'Église anglicane, et cette imprudence, qui avait causé tant d'embarras à son époux, devenait maintenant une arme contre la reine ; elle allait même , au dire de ses ennemis, jusqu'à compromettre la légitimité do ses enfants'. L'insolente réponse du meurtrier de Charles l" causa d*abord à Henriette-

• Miss StricklADd.

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Marie une humiliation profonde, mais bientôt après sa fierté reprit le dessus y et eUe déclara à Mazarin que ce n'était point à elle de se scandaliser d*un pareil outrage , mais bien aux rois qui ne devaient point souffrir qu'une fille de France fût traitée de concubine ; qu'elle était satisfaite du feu roi son seigneur et de toute l'Angleterre, et que l'affront qu'elle recevait était plus honteux à la France qu'à elle*.

Le duc d'York accepta alors le commandement des gendarmes écossais, qui faisaient partie de la garde du roi de France : c'était un poste toujours réservé au second fils dos rois d'Ecosse. Quelques mois après, il échangea cette position contre celle de volontaire dans l'armée du maréchal de Turenne, où il se rendit le 3 juillet 1653 : « A présent, disait-il gaiement à son frère, au moment du départ, je vais me battre pour gagner mon pain; mais bientôt, j'espère, je me battrai pour vous regagner votre couronne*. »

La reine faisait élever sa fiUe Henriette-Anne dans les principes les plus sévères du catholicisme : elle la menait elle-même dans sa chapelle du Louvre, et se plaisait à assister aux leçons de catéchisme que lui donnait le P. Gyprien, en même temps qu'à un certain nombre d'enfants pauvres , que la reine

* M** de Motteville, t. IX, p. 226. Anne d^Àtttriche, pour améliorer an peu la situation de sa belle-sœur, augmenta, sur sa cassette, de deux cents livres par mois la pension qu'elle lui avait assurée.

■ Thwrloe papers, vol. I, p. 319.

ZÈLE RELIGIEUX D*UENIUETTE d'aNGLETERRE. 275

admettait à ces instructions. La jeune princesse, hum" blement assise à leurs côtés , écoutait avec la plus scrupuleuse attention les discours du capucin, et la reine y prenait un vif intérêt; il lui arriva même de dire en sortant : « Je veux venir tous les jours Fentendre \ »

Quoique protestante, la comtesse de Morton, toujours gouvernante de la princesse, faisait régulièrement partie de ces pieuses réunions, et la reine avait le plus grand désir de la voir abjurer la religion anglicane. « Je crois, disait lady Morton à son élève, que le Père Gyprien fait autant le catéchisme pour moi que pour Votre Altesse. » Henriette- Anne rapporta ce propos à son directeur, et les espérances de conversion s'en accrurent. « Je me souviens, nous raconte-t-il lui-même , qu'un jour la reyne sa mère, la voyant avec plaisir zélée pour la religion : — Ma fille, dit-elle, puisque vous avez tant de zèle, que ne convertissez-vous votre gouvernante ? — Madame , répondit agréablement la princesse dans son petit raisonnement , je fais en cela tout ce que je puis. — Et que faites-vous ? adjousta la reine. — Madame, répliqua la princesse dans son innocence, je l'accole, je la baise, je luy dis : Madame Morton, convertissez- vous ; soyez catholique I II faut être catholique pour estre sauvée : le Père Gyprien me l'a dit beaucoup de fois. Vous l'avez ouï comme moi. Soyez donc catholique ^ ma bonne dame, et je vous

* Pi Cyprien de Gammches.

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aimeray bieQ\ » Aux marques d'affection de son élève, et aux discours du capucin , lady Morton, peu versée dans les questions théologiques, était fort embarrassée de répondre , et elle semblait incliner vers le catholicisme ; mais , en fin de compte , elle persévéra dans sa croyance *.

On comprendra facilement, avec les sentiments religieux d'Henriette-Marie, que la conversion qui lui tint le plus au cœur, fût celle de ses propres enfants. Aussi , lorsque le jeune duc de Glouccster lui eut été rendu, s'employa-t-elle activement à faire de lui un catholique ; son zèle était encore excité par son confesseur d'alors, l'abbé de Montagne. Mais la tâche n'était pas facile : la mémoire du jeune prince était trop fortement imbue des dernières recommandations de son père, pour qu'il se montrât docile aux préceptes tout opposés de la reine, bien qu'on lui offrit en perspective l'évèché do Metz et toutes les autres dignités ecclésiastiques. La reine, aigrie par cette résistance qu*elle n'avait pas supposée, montra envers son fils une rigueur, que les biographes les plus favorables à sa cause et à elle-même ne peuvent s'empêcher de blâmer. Lorsqu'elle vit que tous ses efforts venaient se briser contre une force de volonté bien rare à Tâge du jeune prince ', elle prit le

* p. Cjrp. de Oamaches.

* Quelqae temps après Tépoque dont nous parlons, lady Morton obtint de la reine Tantorisation d'aller en Angleterre, pour y arranger ses affaires personnelles. Elle fût prise k Londres d*ane fièvre pernicieuse, qui la mena an tombeau. — Miss Strickland.

' U avait alors à peine quinse ans.

ALUANGE DE LA FEANGE AVEC L'aNGLBTERRE. 277

parti de le chasser du Louvre, et refusa désormais de le recevoir chez elle. L'infortuné Gloucester fut alors contraint d'accepter l'hospitalité de lord Hatton, exilé comme lui, et le marquis d'Ormonde dut vendre son dernier bijou, le Saint-Georges de Tordre de la Jarretière, pour subvenir à ses besoins '. La reine autorisa enfin son fils à partir pour Bruxelles, au mois de décembre 1654. Chose étrange ! celui qui se déclara le plus chaudement pour Gloucester contre sa mère, ce fut le duc d'York, le futur Jacques II, qui, plus tard, devait sacrifier une couronne à sa foi catholique '. On ne reconnaît pas dans toute cette slU faire le cœur d'Henriette-Marie; ce fut là une mauvaise action, qu'auraient dii lui épargner le souvenir de son malheureux époux et l'ardeur même do sa piété. Cependant, au conunencement do 1654, un traité d*alliance avait été signé entre la France et l'Angleterre : « Assurément, écrivait la reine de Bohème sœur de Charles P', Cromwell est la bète de l'Apocalypse, que tous les rois de la terre adorent; je lui souhaite une fin pareille , et qu'elle vienne vite I » Une des conditions du traité était que Charles II quitterait la France , et Henriette dut encore une fois se résigner & une séparation, dont elle ne pouvait prévoir la fin. C'était une aggravation de l'exil; le malheureux prince , chassé du foyer maternel , alla chercher un refuge dans les Flandres, où, peu de temps après , les trois frères, qui s'aimaient ten-

* Carte, Ufe of Omumàe.

* Autograpk mémoire of James II,

drement , se trouvèrent réunis. Les ducs dTork et de Gloucester prirent du service dans l'armée espagnole et combattirent vaillamment contre les troupes de Cromwell, lorsqu'il tenta d'envahir les Pays-Bas. La princesse d'Orange avait reçu ses frères avec bonheur, et leur avait prodigué toutes les ressources qui étaient en son pouvoir. Ce fut chez elle que le duc d'York fit la connaissance de la jeune Anne Hyde, fille du chancelier, alors âgée de quinze ans : elle résidait à la Haye, en qualité de fille d'honneur de la princesse, qui avait pour elle le plus vif attachement. Jacques ne tarda pas à l'aimer de ce premier amour , pour lequel les obstacles ne sont rien, mais dont les conséquences devaient soulever plus tard de sérieux orages dans la maison royale d'Angleterre. Bientôt survint la mort prématurée du prince d'Orange S emporté par la petite vérole, à l'âge de vingt-deu?^ ans et laissant sa veuve sur le point d'accoucher. Ce fut une grande perte pour la famille errante des Stuarts , parce qu'en toute circonstance elle était certaine de trouver chez lui asile et protection : maintenant, la princesse seule auraitelle la force de lutter en Hollande contre le parti républicain, favorable à Cromwell ? On osait à peine l'espérer. En tous cas, malgré sa tendre affection pour ses frères , ils ne pouvaient plus compter sur une assistance décisive dans un moment donné. La princesse mit au monde un fils trois jours après la

* Son père, Frédéric-Henri, était mort en 1647.

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