LA REINE SE CHOISIT UK LIEU OE RETRAITE
mort de sou mari : ce fils fut Guillaume III, dont la fortune devait faire dans l'avenir le roi électif de la Grande-Bretagne. Charles II comprit que sa présence pourrait susciter les plus graves embarras. pour sa sœur en Hollande , puisqu*à cause de lui Cromwell la menaçait déjà d'une déclaration de guerre, et il prit le parti de se retirer à Cologne.
Anne d'Autriche^ qui était établie au Palais-Royal^, désira que la reine d'Angleterre quittât le Louvre^ où elle demeurait seule, pour venir habiter auprès d'elle, un appartement qu'on lui avait réservé. Henriette ne subit pas sans chagrin ce changement de domicile, qui lui enlevait toute son indépendance et la possibilité de donner asile aux Anglais proscrits ; la reine régente tenait d'ailleurs au Palais-Royal une cour brillante et somptueuse, dont Téclat ne convenait guère aux goûts ni à la position de sa bellesœur. La reine d'Angleterre chercha donc une retraite paisible et retirée , où elle pût, au moins de temps à autre, trouver le repos dont elle avait si grand besoin. Les religieuses de Port -Royal lui offrirent alors la calme solitude de leur couvent, mais la royale veuve préférait être chez elle, et elle se décida pour la maison de plaisance du feu maréchal de Bassompierre, dont les créanciers, en dépit d'une violente opposition de sa sœur, la comtesse de Tillières , et surtout de ses autres héritiers , la lui vendirent au prix de 6 à 7,000 pistoles^ On ne sait
* Sir RiohAfd Brown, De»p. of june, U and july, ifôl. Les béritiera du
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au jaftte par qui cette somme fat payée, mais Henriette-Marie entra immédiatement en jouissance de sanouvette acquisition. La maison, bâtie par Catherine de Médicis et donnée plus tard en présent au maréchal par Henri IV, était située au sommet de la colline de Chaillot , à l'extrémité du Cours la Reine ; les jardins s'étageaient en terrasses jusqu'à la rivière, tandis que, d*en haut, la vue embrassait le cours de la Seine, à travers Paris, ainsi qu'un immense horizon, sur lequel se découpaient à gauche les vieux clochers et les dômes neufs de la ville, et que bornaient à droite les coteaux verdoyants de Chàtillon et de Meudon ^
Dès qu'elle eut pris possession de sa nouvelle propriété , la reine y fit transporter des meubles et des tentures, et elle y installa dix ou douze religieuses venues du couvent de VAve^ilaria, près de la Bastille, où elle allait souvent prier à cette époque*. Elle obtint, pour le nouveau monastère de
BiAréchal, mort à peu près insolvable, avaient obtenu de ses créanciers un bail judiciaire, qui leur permettait de jouir de cette maison, dont ilt avaient fait un lieu de plaisir qui n*avait guère de rapports avec la destination qu'allait lui donner Henriette-Marie. Aussi se montrèrent-ils fort irrités de cette vente, à laquelle ils mirent tous les obstacles imaginables, si bien qu*on Ait obligé de leur envoyer des arcbers du grand prévost, qui les gardèrent quelque temps, Jusqu'à ce qu'il n'y eût plus rien à craindre. — C. Cotolendi, p. 198.
* «I C'était ce grand logis, à Chaillot, admirable pour sa situation et qu'occupent maintenant les religieuses de Sainte-Marie. • ~ Sauvai, vol, II, p. 156.
* Ce couvent de la Visitation des filles Sainte-Marie de Chaillot, où les religieuses demeurèrent jusqu'en 1791 et dont il n'existe plus vestige aujourd'hui, s'élevait sur l'emplacement actuel du Trocadéro. Napoléon W, voulant y construire le palais du roi de Rome, avait fait déblayer remplacement du monastère, et les travaux exécutés en 1807, pour la grande ex-
L6 MONASTÈRE DE CHAILLOT. SBi
Chaillot, la protection de la reine régente, ainsi que celle de Tarchevèque de Paris, et Anne d'Autriche , par lettres patentes y conféra à cette maison le titre et les privilèges d'une fondation royale, au nom de la reine d'Angleterre'. Henriette - Marie ehoisit pour elle les appartements qui avaient la vue du dehors , voulant ainsi interdire à ses dames l'accès de la partie cloîtrée, à moins d'une permission spéciale de l'abbesse', pour que la paix des
potitian, ont comi^étameiit modiAé la pbysionomis rnéms du terrain. La pienx asile, où deux reines d'Angleterre avaient successivement cherclié la paix et la résignation dans leurs douleurs, a disparu en emportant avec lui le secret du sort éprouvé par le cosur d'Henriette-Marie et par le corps entier de Marie-Béatrix d'Esté, épouse de Jacques II, morte le 7 mai 1718, qui étaient tous deux renfermés dans la chapelle du couvent. Ces vers que Hamilton a consacrés au monastère et à ses illustres hôtes, semblent s'appliquer mieux encore à l'époque dont nous nous occupons qu'à celle où il les a composés :
Par quel bixarre enchantement, Ia maison de feu Bassompierre Est'oUe ai^ourd*hui le couvent Qui reçoit tout ce que la terre A de plus digne et de plus grand ?
La mère de ce roi charmant Que, dans les dangers de la guerre, J*ai vu tranquille, indifférent.
Et sa saur, cet astre naissant, Qui de la rebelle Angleterre Sera quelque jour Tomement.
* Sir Richard Brown's, Despatchet, Addit. Ma. 12, 164. -- Ms. des Archives nationales de France.
■ La première abbesse de Chaillot fut M** LhuiUier, à laquelle succéda peu après Louise Motier de la Fayette, en religion mère Angélique , ancienne fllle d'honneur d'Ance d'Autriche et l'un des objets de l'affection platonique du roi Louis XIII, qui fit tout au monde pour la détourner de sa vocation religieuse. Elle était devenue l'amie intime et la confidente attitrée de la reine Henriette-Marie.
saintes filles ne fût pas troublée. La reine recevait ordinairement ses visites au parloir ; elle y prenait même les consultations de son médecin. Anne d'Autriche allait souvent passer des journées entières au couvent, dans des exercices de dévotion, en compagnie de sa belle-sœur, et Louis XIV y vînt plus d'une fois rendre ses devoirs à la reine d'Angleterre. C'est dans cette calme retraite que la princesse Henriette-Anne continua à recevoir son instruction religieuse, et la reine disait souvent à ses filles de Sainte-Marie^ ^ que c'était sur leurs prières et sur leurs bons exemples qu'elle comptait, pour la conversion de ses autres enfants*.