LA MORT DE CROMWELL
Quoiqu'à cette époque le malheur poursuivit sans relâche la famille royale d'Angleterre et que tout espoir de restauration parût , sinon perdu pour toujours, au moins indéfiniment ajourné, la reine Henriette , comme toutes les mères, rêvait pour sa fille les plus hautes destinées. Louis XIY, alors âgé de seize à dix-sept ans, était le point de mire de toutes
* Ce fut chez elles que se retira, en 1638, la princesse Ix>u!se, fille de la reine de Bohême, qui s'était convertie au catholicisme. Là aussi, plus tard, M"* de Sévigné all&it se consoler des absences de M*' do Grignan.
* Miss Çtrickland, t. iv. p. 30*2.
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les ambitions matrimoniales. Parmi les jeunes princesses qui briguaient plus particulièment cette magnifique alliance, on remarquait au premier rang la grande Mademoiselle, qui courait toujours après une couronne et se faisait l'illusion de croire que le canon de la Bastille n'avait pas réellement tué son mari ; Marguerite de Savoie , fille de Christine de France et cousine germaine du roi; enfin Marie- Thérèse y infante d'Espagne , fortement appuyée par sa tante Anne d'Autriche ; le cardinal semblait hésiter entre la princesse de Savoie et l'infante. Après ces concurrentes sérieuses au trône de France, venaient les prétentions un peu aventurées de la reine d'Angleterre , qui se laissait bercer par l'espoir que le jeune monarque ne résisterait pas aux charmes naissants d'Henriette- Anne , qu'il voyait sans cesse à la cour, bien qu'elle n'eût encore que onze ans. Anne d'Autriche n'avait-elle pas assuré sa bellesœur que, si le mariage avec l'infante n'avait pas lieuy elle préférerait à toute autre la princesse d'Angleterre, qu'elle connaissait bien et qu'elle aimait tendrement? Aussi la reine Henriette-Marie ne manquait-elle jamais de conduire sa fille à ces bals intimes, qui se donnèrent au Palais-Royal dans l'année 1655 et où Louis XIV se rendait souvent en masque. M"* de Motteville nous raconte ainsi l'incident, qui marqua l'une de ces soirées : « La reine ayant un jour prié la reine d'Angleterre de venir voir danser le roi un soir en particulier, elle s'y accorda; et la reine, ayant mis une cornette et un habit de
nuit, pour marquer qu'elle gardoit la chambre, recul la reine d'Angleterre de celte manière, et ne voulut^ pour composer ce petit bal, que de ses filles, et de quelques jeunes dames et duchesses, femmes des officiers de la couronne. Il n'étoit fait que pour admirer le roi, et pour divertir la princesse d'Angleterre qui commençoit à sortir de l^enfance, et à faire voir qu'elle alloit devenir aimable. La reine mit tous ses soins à faire que la compagnie, quoique petite, fût belle, et qu'elle fût digue des personnes royales qui la composoient. Le roi, trop ae^^outumé à rendre tous les honneurs aux nièces du cardinal, quand il voulut commencer le branle, alla prendre M""' de Mercœur '. La reine, surprise de cette faute, se leva brusquement de sa chaise, alla lui arracher M""' de Mercœur, et lui dit toul bas d aller prendre la princesse d'Angleterre. La reine d'Angleterre, qui s'aperçut de la colère de la reine, courut après elle, et lui dit tout bas qu'elle la prioit de ne pas contraindre le roi, que sa fiUe avoit mal au pied et qu'elle ne pouvoit danser. La reine lui dit que, si la princesse ne dansoit pas, le roi ne danseroit point du tout. Ainsi la reine d'Angleterre, pour ne point faire de désordre, laissa danser la princesse, sa fiUe, et dans son àme fut mal satisfaite du roi. Il fut encore grondé le soir en particulier par la reine, sa mère ; mais il répondit qu'il
* Ia belle Laura Mancini, qui avait épousé le duc de Mercœur, fils du doc de Vendôme et petitrfils de Henri IV. Elle mourut en 1657, après avoir donné l'exemple de toutes les vertus.