‹ Henry ArnauldChapitre 10 sur 267 · Andilly, Mémoires, p · texte numérisé non relu

Andilly, Mémoires, p

tecteur ne se laissait pas convaincre par une séduction aussi foudroyante, et Luynes n'aurait pas goûté cette scène improvisée. Henry Arnauld ne quittait pas la France pour accomplir un voyage d'études ou d'agrément. Inscrit sur le rôle des pensionnés du Trésor royal, il partait en Italie, chargé d'une mission peu définie, mais effective. Son œil devait être toujours ouvert pour suivre les actes de son patron et surveiller discrètement sa conduite politique. Bentivoglio ne l'ignorait pas, et il écrivait quelques mois plus tard : « Je me suis estimé et je m'estime très fortuné d'avoir eu et d'avoir auprès de moi un espion français si honorable qui observe bien à toutes heures toutes mes actions ^ » Les raisons profondes de la confiance témoignée à Henry Arnauld dans cette circonstance sont faciles à élucider. D'un côté, les événements de Maubuisson avaient créé une inimitié mortelle entre les Arnauld et la maison de Cœuvres, dont Bentivoglio était aussi l'ennemi juré; d'autre part, Henry était attaché aux Brûlart par de communes alliances^ et une étroite amitié. Or, le vieux chancelier de Sillery et son fils Puisieux, secrétaire d'État aux Affaires étrangères, dont la faveur grandissait tous les jours, faisaient profession d'une intimité extrême avec Bentivoglio, qui, par ailleurs, les jugeait très sévèrement^. Le choix de Henry Arnauld comme agent affidé des ministres à Rome se justifie sans peine.

Bentivoglio quitta Paris avec son compagnon le 21 mars 1621^; il arriva à Rome en avril"' et s'afficha aussitôt

1. « ... lo ho stimato e stimo gran mia ventura d'haver havuta e d'haver una spia francese si honorata appresso, ch'osservi bene a tutte le hore tutte le mie attioni » (Bentivoglio à M. de Puisieux, lettre du 18 mai 1622, Bibl. nat., ms. fr. 18018, fol. SyS).

Page 1