Varet, t. II, p
5. Le P. Le Tellier rapporte que Henry Arnauld faisait souvent valoir auprès des médiateurs cette nécessité du secret, en particulier à l'égard de Péréfixe, « parce que, comme Ta dit souvent M. l'évêque d'Angers, il n'auroit pu s'empêcher de le dire au P. Annat, qui auroit tout gâté » {Hist. des cinq propos., t. IL p. 186).
ET LE JANSÉNISME. 2l3
quelque peu moliniste, se chargea de leurrer Bourlémont de mensonges pour obtenir de lui une nouvelle prorogation du jugement, ce qui était de la dernière conséquence.
Antoine Arnauld fit signera Henry la lettre au pape; levêque n'était pas accoutumé à se voir proposer par les chefs du « parti » un texte rédigé en termes aussi pacifiques ; il l'approuva avec une telle joie qu'il ne put s'empêcher d'en faire part à Gondrin^ en même temps qu'au docteur-. Choart ne montra pas un moindre enthousiasme. Tout allait cependant être remis en question parce que Pavillon (et Caulet, qui suivait toutes les démarches de son illustre voisin) se refusa à signer la lettre, à moins qu'elle ne fût profondément modifiée et ne devînt ainsi plus explicite 3. Cette attitude intransigeante consterna les médiateurs. Arnauld lui écrivit aussitôt quelques-unes de ces pages impérieuses et violentes dont il avait le secret pour le conjurer de ne pas rompre les premiers liens de la paix; ne jugeant pas ses instances suffisantes, il pria son frère d'unir à la sienne l'influence qu'il pouvait avoir sur Pavillon. Henry Arnauld écrivit à l'évêque d'Alei (i*''" septembre) sous le coup de l'émotion : « Nous ferions un grand péché si nous donnions occasion à la rupture de la paix de
1. Une brève analyse de la lettre de Henry Arnauld est donnée par Varet, t. II, p. 173.
2. Antoine Arnauld reproduit la lettre de son frère dans la lettre qu'il écrivit à Pavillon le 22 août 1668 (Varet, t. II, p. 181); en voici le texte : « Je viens de recevoir votre lettre du 11. Je ne vous dis point quelle a été ma surprise et ma joie. J'ai commencé par me mettre à genoux pour en remercier le bon Dieu. C'est son ouvrage, et j'avois si fort imprimé dans mon esprit qu'il feroit quelque chose d'extraordinaire que je ne pouvois m'empêcher de dire sans cesse : « Laissons faire à Dieu. Qu'il en soit béni éternellement. » Je comprends bien de quelle importance est le secret. Assurez-vous du mien. »