Cf. Vie de Pavillon, t. II, p. 309 et suiv
l'Église, en voulant faire changer quelque chose en cette lettre. » Les circonstances sont urgentes; le P. Annat « endoctrine les commissaires... ». Henry se dit d'ailleurs tellement éloigné de croire que Pavillon persistera dans son opposition qu'il « dispose tout » pour faire son procès-verbal « dans huit ou neuf jours ». L'évèque d'Angers juge très fragiles toutes les objections faites contre la lettre au pape; car, si l'on peut accuser les quatre d'y avoir rétracté leurs mandements, « nous aurons, dit-il, dans notre main, le remède assuré du mal que cette déclaration nous pourroit faire, qui est la publication de nos procezverbaux^ ».
On voit donc que Henr}^ Arnauld n'épargna pas ses efforts pour hâter la conclusion de la paix; cependant, alors même, Bargellini écrivait, avec sa perspicacité ordinaire, au cardinal Rospigliosi que, « des quatre évèques contumaces, le plus obstiné à suivre la doctrine de Jansénius est celui d'Angers- » !
Le délai de quinze jours accordé par l'archevêque de Toulouse touchait à sa fin, et les courriers se croisaient toujours aux quatre coins de la France. Le 22 août. Pavillon se décida à accepter la lettre avec deux modifications qu'il indiqua à Gondrin. L'anxiété de l'archevêque de Sens n'en diminua pas, parce qu'il avait donné sa parole que le texte serait intégralement accepté par les quatre évêques. En même temps, les instances du nonce se faisaient plus pressantes... Devant de nouvelles assurances que le roi n'exigerait de son côté aucune rétractation des mandements, Pavillon céda et signa la lettre le 10 septembre, bien à contre-cœur assurément, en faisant taire ses senti-
1. Varet, t. II, p. 222 et suiv.; Vie de Pavillon, t. II, p. 324.
2. Lettre du 17 août 1668 : arch. Vat., Nunj. di Francia (communication de M. Gauchie, professeur à l'Université de Louvain).
ET LE JANSÉNISME. . 2l5
ments personnels dans un acte de charitable et triste humilité'.
La base de la paix était posée. On est forcé de reconnaître que la lettre au pape, qui en est l'assise principale, montre une ambiguïté extrême, une sincérité presque insuffisante. Toutes les questions en jeu y sont laissées dans une ombre si dense que le regard le plus habitué aux subtilités théologiques ne saurait voir si les évêques rétractaient ou non leur doctrine. Henry Arnauld trouvait fort heureuse cette obscurité voulue; il le laisse clairement comprendre dans la lettre où il essayait de dissiper les préventions que ressentait la sainte franchise de Pavillon contre cet acte à double face. L'évêque d'Angers acceptait un tel procédé avec joie et sans objections par désir de voir rendre le calme à l'Église; le vieux diplomate y dut trouver aussi toute satisfaction.
Le P. Quesnel fait mille remarques ingénieuses sur « l'obscurité apparente » de la lettre au pape. Elle est, écrit-il, du style même des négociations, de ce « stile honnête, pacifique, où l'on dissimule beaucoup de choses de part et d'autre, où l'on doit, sur certains faits, ne parler qu'à demi-mot^ ». Port-Royal, pour un jour, rusa avec raffinement : peut-on prononcer les gros mots de mensonge, de duplicité? Non; ce sont des habiletés semblables à celles dont se servait autrefois l'abbé de Saint-Nicolas pour raccommoder « les Barberins » avec la « maison Pamphile ». Antoine Arnauld ramassa la plume du diplomate.
Les querelles jansénistes semblaient terminées; Henry Arnauld permit à son fidèle neveu l'abbé de quitter