Mémoires, t. III, p
2. Fcnelon, lettre au P. Quesnel, Œuvres, éd. Lebel, t. XIII, p. 405-410.
3. En particulier p. 3o3 du t. II de Louis XIV et le saint-sièffe.
dans les documents officiels, ils reculent et semblent tout accorder au saint-siège, par exemple dans leur lettre au pape qui répugnait tant à Pavillon; mais, dans des documents tenus secrets, ils se dégagèrent. Leur rôle, cependant, deviendrait blâmable et même odieux si le pape n'avait pas été au courant de ces actes secrets, et c'est ce que prétendent beaucoup d'auteurs; mais nous croyons pouvoir montrer que cette innocente ruse, cette double face donnée à la négociation étaient parfaitement bien connues du saint-siège.
Pour la galerie, comme on dit vulgairement, le pape voulait certainement se donner l'air de supposer toujours une signature pure et simple des quatre; mais il était fort bien informé du contraire. Les preuves, qui n'en ont pas encore été assez mises en lumière, sont multiples et convaincantes. Gela ressort d'abord de la correspondance diplomatique, malgré la prudence du ministre français qui en était chargé. Regardons, par exemple, telle lettre de Lionne au cardinal Rospigliosi, où il essaie de dissiper les préventions que les Jésuites avaient pu faire entrer dans son esprit contre la paix de l'Église ^ Le secrétaire d'Etat fait valoir au cardinal neveu l'impossibilité d'instruire un procès aux quatre évêques, le voudrait-on même ; cela résulte, dit-il, de ce que « i quattro vescovi colla loro nuova sottoscrittione si sono messi nel medesimo stato di trenta o quaranta altri vescovi del Regno ai quali abbisognarebbe far il processo come a loro ». Qu'est-ce donc que ces trente ou quarante évêques, sinon ceux qui ont distingué eux-mêmes le fait du droit, ou qui en ont permis la distinction 2? S'il était admis que les quatre avaient signé
1. Minute autographe du 17 septembre 1668 : Rome igB, fol. 100 ro.
2. Bargellini avoue aussi dans sa Relation que, si Rome voulait poursuivre les quatre évêques au moment de la paix, le pape n'aurait plus contre lui vingt-trois évêques (c'est-à-dire les dix-neuf et
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purement et simplement, pourquoi parler encore de procès? Ensuite, si Lionne avait voulu faire croire un mensonge à la cour de Rome, ce n'est pas de trente ou quarante évêques qu'il aurait parlé, mais de tout le reste de l'épiscopat français !
A l'appui de cette idée, on peut encore avancer ceci : pourquoi Rome n'exigea-t-elle pas la production des procès-verbaux, si elle ignorait réellement leur contenu '? Le duc d'Estrées, dans sa lettre à Lionne du 7 décembre 1668^, distingue très bien la cause de ces feintes diplomatiques, connues de tous les intéressés : « A Rome, écrit-il, on ne veut que l'apparence, et elle i est très bien mesnagée, grâce à votre habileté. » C'est précisément là notre thèse; le saint-siège voulait que le public ait toutes raisons de croire que les quatre évêques s'étaient pleinement soumis. Écoutons encore Bourlémont dire, dans une lettre du 20 janvier 1669^ : « Le cardinal Rospigliosi me répéta... que le Pape ne jugeoit que des actes extérieurs. » D'ailleurs, pour en venir à des textes plus connus, les historiens jésuites qui ont publié la relation de la paix de l'Eglise attribuée au cardinal Rospigliosi ont eu beau tronquer ce texte, le rendre souvent contradictoire et inintelligible, on voit aussi nettement que possible ceci du moins, que le pape connaissait la doctrine des procès-verbaux^. Tout en ne voulant pas la reconnaître hautement, ce qui aurait été désavouer ses prédécesseurs et affaiblir
les quatre), mais que vingt autres seraient disposés à prendre leur parti (relation de Bargellini, publ. par Dupin : reproduite et commentée au t. I, p. 368 et suiv., des Mémoires sur le Formulaire).
i. Cette réflexion très sensée est due au P. Daubenton (lettre à F'énelon, 171 1, citée par G. Dubois, Gondrin, p. 252).