‹ Henry ArnauldChapitre 119 sur 267 · Grandet, t. II, p. i52-i · texte numérisé non relu

Grandet, t. II, p. i52-i

rassante; c'est pourquoy on concerta extrêmement tous les actes qui dévoient paroître, et on usa de paroles équivoques afin qu'on put leur donner divers sens pour sauver l'honneur du Pape. » Ces derniers mots, si outrecuidants, sont étrangement suspects, mais ne détruisent en rien notre thèse. Remplaçons-les par ceux-ci : « Le prestige humain du siège apostolique », qui ont le même sens, et nous avons ainsi une bonne explication de la paix de l'Eglise.

Il serait facile de multiplier les preuves qui semblent nous autoriser à adopter la définition que donne Guilbert de la paix de Clément IX^ : « Ce fut en quelque sorte un traité clandestin, quoique revêtu de toutes les marques publiques et authentiques. » Il y eut bien deux côtés de la négociation, l'un par lequel le saint-siège obtient publiquement toute satisfaction; l'autre sur quoi Clément IX ferma volontairement les yeux. Cependant, les quatre évêques désiraient tout naturellement que l'univers chrétien les vît faire le moins de concessions possible dans leur soumission; de là ces longues négociations sur les phrases, les mots mêmes, des documents publics. Et quelle put être la raison qui porta ces évêques à user d'une diplomatie aussi minutieuse, quelquefois, il faut le dire, mesquine? Des âmes si hautes ne purent avant tout avoir en vue qu'un bien supérieur. « La charité que l'on doit à l'Eglise, écrit Antoine Arnauld, semble demander que l'on fasse toutes les choses permises et possibles pour appaiser le trouble qui y est^. » Ne peut-on sacrifier l'honneur du monde pour rester, selon la belle expression des constitutions de Port-RoyaP, dans ce « second paradis qu'est l'Eglise ».

Page 1