‹ Henry ArnauldChapitre 14 sur 267 · Ms. fr. 18018, fol · texte numérisé non relu

Ms. fr. 18018, fol

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lièrent entre Sillery et le jeune secrétaire; ils allaient ensemble à la promenade et s'amusaient des propos plaisants qui couraient sur le compte des Jésuites.

Les mémoires, teintés de jansénisme, qui rapportent ces facéties ^ ne disent pas si le cardinal Bentivoglio, dévot de saint Ignace-, en goûta tout le sel. Il n'en adressa pas moins des remerciements enthousiastes à Puisieux, le jour où le ministre attribua une grasse commende à Henry Arnauld^. L'abbaye de Saint-Nicolas d'Angers, vacante depuis la mort de Louis Rucellai, le célèbre aventurier^, était assez bien rentée pour exciter les convoitises. L'évêque de Luçon avait daigné un moment y jeter les yeux^. Pui-

1. Henry Arnauld avait raconté l'anecdote du diable et du vent sur la place du Gesit à son neveu l'abbé, qui s'empressa de la noter dans ses mémoires {Mémoires de l'abbé Arnauld, p. 5i5).

2. Bentivoglio entretenait Andilly lui-même de questions concernant la canonisation de saint Ignace (ms. fr. 18018, fol. 114). Le cardinal projetait en 1623 d'envoyer l'un de ses neveux aux Jésuites à Paris (ms. fr. 18019, fol. 197).

3. « Resto anch'io sommamente obligato a V. S. Illma degli officii interposti da lei a sua favore [di M. di Trie] che sono stati si fruttuosi che da loro riconosce egli principalmente il buon successo deir abbadia. Torno a dire in somma che V. S. Ill^a non è men grand' amico che gran ministro. Dio la conservi mill' anni » (Bentivoglio à Puisieux, Rome, 21 novembre 1622, ms. fr. 18018, fol. 570).

4. L'étrange carrière de Louis Rucellai, Florentin, qui se poussa en France avec Concini et faillit, en 1618, devenir le maître de la France, a été étudiée par M. Hanotaux {Histoire de Richelieu, t. II, p. 211 et 266).

5. Rucellai était mort au commencement d'octobre 1622, laissant vacante l'abbaye de Saint-Nicolas, dont il était commendataire. Richelieu, ignorant l'issue de la maladie de Rucellai qu'il savait mortelle, tirait déjà certains plans au sujet de Saint-Nicolas. « Si Saint-Nicolas n'est point vacant, écrivait-il à son ami Claude Bouthilier, on pourra la donner à M. de Ghanteloube, et la pension qu'il a sur Buzay m'accommodera. Si aussy elle l'est, après avoir fait passer l'autre [c'est-à-dire Pontlevoy] par mes mains, je la luy résinerois comme luy estant plus commode, veu qu'elle est en son pais et prendrois Saint-Nicolas » (orig. non daté, collect. de Mme la comtesse Frémy). De fait, Ghanteloube (pamphlétaire, sur lequel

sieux la donna à M. de Trie. Le brevet, signé de la main de Louis XIII, est daté du 22 octobre 1622, « le Roy estant à Montpellier^ »

Henry Arnauld compte parmi les'créatures des Brûlart. Une grâce nouvelle semble marquer pour lui chacune des déplorables campagnes contre les protestants. Au brevet de pension donné devant Montaubanen 162 1 s'ajoute cette riche abbaye accordée quelques jours après la paix de Montpellier. Arnauld participe à la toute-puissance de ces maîtres éphémères. Il allait voir Richelieu préparer leur ruine. Dès lors, il put suivre les fautes successives de leur politique : indécise et fuyante, elle ne s'accommodait pas d'une guerre extérieure et laissait l'Espagne et l'Autriche souveraines en Valteline-.

Arnauld d'Andill}^ était trop soucieux de l'avenir pour s'attacher uniquement à cette fortune immense, mais déjà

on peut voir Hanotaux, Hist. de Richelieu, t. II, p, 266 et 460) eut l'abbaye de Pontlevoy, Henry Arnauld Saint-Nicolas et Richelieu n'en obtint aucune* (cf. une lettre, signée de Schomberg, écrite de la main d'Andilly, à Richelieu, Montpellier, 22 octobre 1622, arch. Atf. étr., France, t. 775, fol. 223).

1. Je n'ai pas retrouvé le brevet original aux archives du Fayel. Le ms. 6084 de la bibl. de l'Arsenal en contient (fol. 74) une copie authentique « collationnée à l'original par moy, conseiller secrétaire du Roy et de ses finances (signé) Lhoste », provenant d'Andilly, comme en fait foi la mention écrite au dos de sa main. Ce brevet, signé Louis, et plus bas Bruslart, porte que le roi, « désirant gratifier et favorablement traicter M^e Henry Arnauld, clerc du diocèse de Paris, en considération des services qu'il lui rend en la cour de Rome, où il est à présent, et de ceux qu'il reçoit journellement du sieur d'Andilly, son frère, conseiller en son conseil d'État, à l'exemple du feu sieur Arnauld, leur père, et voulant donner moyen audit Henry Arnauld de continuer, S. M. lui a libéralement accordé et fait don de l'abbaye de Saint-Nicolas d'Angers ».

2. Par le traité de Milan et la convention de Lindau. Sur la politique des Brûlart, voir B. Zeller, Richelieu et les ministres, passim; sur leurs erreurs dans l'affaire de la Valteline, cf. Hanotaux, op. cit., t. H, p. 53i.

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ruineuse. Schomberg% qui fut une des victimes de Puisieux, lui fournit des relations dans le parti protestant. L'âme d'Andilly n'était pas grande : il cherchait avant tout à sauver sa propre carrière des désastres ministériels qui accumulaient les ruines autour de lui. Très recherché de la bonne compagnie, il savait nouer des amitiés profitables. Aucune ne lui fut plus avantageuse que celle de Claude Bouthilier, secrétaire des commandements de la reine mère et confident habituel de l'évêque de Luçon.

Henry semble aussi traiter parfois l'amitié comme une affaire politique. Dès sa venue à Rome, il avait rencontré un homme aimable et cordial^, Sébastien Bouthilier, prieur de La Gochère, évêque nommé d'Aire en Gascogne, frère de Claude. Les amis de Port- Royal gardent à l'évêque d'Aire une gratitude particulière : Arnauld d'Andilly connut Saint-Cyran par son intermédiaire^. Mais il n'en fallait pas tant pour faire naître la sympathie entre l'évêque et HenryArnauld. Autour d'eux se forma une sorte de cercle d'amis dont le Père Claude Bertin, oratorien^,

1. Andilly, étant alors secrétaire de Schomberg, écrit des lettres que le surintendant signe. Voir toute une série de lettres de la main d'Andilly aux arch. des Aff. étr., France, t. 775, fol. 217 et suiv. Sur la disgrâce de Schomberg en 1623, cf. Batiffol, le Roi Louis XIII à vingt ans, p. 200.

2. Sébastien Bouthilier écrivit fréquemment de Rome à son frère Claude. Ces lettres, empreintes de naturel et d'une ingénuité charmante, nous ont été conservées en particulier dans les t. 23, 27 et 28 de la corr. de Rome aux arch. des Aff. étr. Il fut nommé évêque d'Aire à la fin de 1621, mais ne reçut ses bulles que plus tard (Rome, t. 28, fol. 20).

3. Andilly, Mémoires, p. 434, et arch. Aflf. étr., Rome, t. 27, fol. i63. Saint-Cyran indiqua à Séb. Bouthilier un grand vicaire pour son évêché d'Aire en 1622 (Rome, t. 28, fol. 23).

4. La vie du P. Claude Bertin, docteur de Sorbonne, mort le 28 janvier 1642, a été écrite par Batterel, Mémoires domestiques, éd. Ingold, t. I, p. 94-102. Bertin était en relations avec le premier cardinal de Retz, dont on peut voir à ce sujet une lettre au card. Ludovisi (bibl. Vatic, ms. Barberini, lat. 7960, fol. 38).

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était le plus éminent^ Compagnon intime du cardinal de Bérulle, il séjournait à Rome pour obtenir l'installation de ses confrères à Saint-Louis-des-Français-. Il resta fort attaché à Port-Royal 3.

Sébastien Bouthilier était à Rome l'agent du maître de demain. Richelieu, qui le considérait comme son ami de cœur^, comptait sur lui pour arracher au pape sa nomination de cardinal. Puisieux, le commandeur de Sillery et Bentivoglio'"' agissaient sourdement dans le sens opposé. Henry Arnauld dut faire preuve d'une extrême dextérité. En bon diplomate, il se tint sur les frontières des deux partis. Il travailla pour Richelieu, d'accord avec les Bouthilier, sans irriter la faction adverse. « Je vous supplie, écrivait Sébastien à son frère Claude, de dire à M. de Luçon que M. de Trie, frère de M. d'Andilly, luy rend tout le service qu'il peut désirer près de M. le cardinal Bentivoglio, qu'il l'aime uniquement, comme, à la vérité, il mérite d'être aimé^. »

L'évêque d'Aire quitta Rome en septembre 1622, après le succès de sa mission". La pourpre nouvelle de Richelieu

1. J'y rencontre aussi Claude de Rebé, coadjuteur et futur archevêque de Narbonne (Rome, t. 28, fol. 77).

2. La correspondance entretenue à ce sujet par Bertin et le cardinal de Bérulle se trouve en original aux Archives nationales, M 280. Grégoire XV confirma l'installation des Oratoriens à Saint-Louis par bref du 5 décembre 1622.

3. Voir notamment la lettre qu'il écrivit à la Mère Angélique de Rome le 16 juin 1629 (orig., Bibl. nat., ms. fr. 17808, fol. 56).

4. Richelieu, Mémoires, éd. Soc. Hist. France, t. II, p. 334; cf. Hanotaux, Hist. de Richelieu, t. II, p. 201.

5. Il faut se rappeler que Bentivoglio désirait de tout son cœur voir mortifier la « sfrenata ambizione di Luçon » (Lettere, éd. Scarabelli, t. IV, p. 448).

6. « Je vous supplie de dire à M. d'Andilly, ajoute-t-il, qu'il se resjouisse d'avoir un si digne frère, qui, sans doubte, est autant capable des plus grandes vertus qu'il est eslongné de toute sorte de vices » (arch. Atf. ctr., Rome, t. 28, fol. 53).

7. Richelieu avait été promu cardinal le 5 septembre. L'évêque

jeta aussitôt une ombre sur ceux qui voulaient le rabaisser. Les Brûlart restaient cependant au pouvoir; ils continuaient à imposer à la France leur timide politique dont les Espagnols profitaient ouvertement. Ainsi Tannée 1623 s'écoula sans événements extraordinaires. Grégoire XV, qui n'avait plus « que de la glace dans les veines et de la terre sur le visage 1 », s'éteignit après un règne court et sans gloire. Bentivoglio ne dissimula pas sa joie^. L'élection d'Urbain VIII Barberini ouvrit à Bentivoglio la cour pontificale 3, dont les Ludovisi l'avaient écarté. L'influence exclusive de l'Espagne sembla diminuer, car Urbain VIII, homme éminent, sembla, au début de son règne, partisan du gouvernement personnel^.

Henry Arnauld fut l'un des premiers à bénéficier du nouvel ordre de choses. Sous Grégoire XV, il n'avait pu obtenir de la daterie l'expédition de ses bulles. Plus d'un an s'était écoulé depuis le jour où Louis XIII lui donnait le brevet de l'abbaye : Urbain VIII répara cet oubli volontaire en lui accordant les bulles de Saint-Nicolas d'Angers, au Quirinal, le 20 novembre 1623^.

Peu de mois après, la cour de France allait être agitée

d'Aire était rempli de généreuses illusions : il espérait réconcilier les Brûlart et Richelieu. Voir sa lettre du i^r mars 1623 au commandeur de Sillery (Bibl. nat., ms. fr. 17362, fol. 61).

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