Ibid., ch. xix-xxiii
4. Les Gallardins d'Angers étaient alors dirigés par Angevin ou Langevin, prêtre, fidèle aide de Gallard. Il figure déjà dans l'acte de fondation de l'école de La Flèche en i663 [Archives départementales de la Sarthe, D 36. Cf. Piolin, Revue de l'Anjou, t. XVI, p. 55).
L'évêque d'Angers ne manqua pas d'informer Antoine de la lettre de cachet du 9 décembre. Le ministère intercepta la réponse du docteur à son frère; ainsi elle nous a été conservée'. « C'est une chose étrange, écrit Antoine, que cet acharnement à vous persécuter. C'est ce qui fait voir clairement, puisqu'on abuse si fort de votre patience et qu'on vous réduit à un estât où il n'y a plu \^sic) rien à ménager, vous ne sçauriez mieux [faire] que d'escrire selon le dessein que vous en aviez pris. » Nous voyons donc qu'Antoine poussait son frère à écrire au roi; il existe en effet une lettre envoyée à ce moment par Tévêque d'Angers à Louis XIV; le texte en avait été concerté entre les deux frères^. Henrj^ Arnauld eut beau faire parvenir au roi, peu après, un second mémoire afin d'exciter sa pitié pour ces écoles, dont la destruction atteindrait au vif les œuvres qu'il a essayé de créer dans son diocèse ^'^..., Louis XIV resta sourd à ces nouvelles suppli-
1. Cette lettre autographe, non signée, est datée simplement « 2 jan. ». Une main contemporaine a ajouté «< 1677 ». L'écriture si caractéristique d'Antoine permet d'affirmer sans hésitation que c'est un autographe. Cette lettre se trouvant actuellement aux Aff. étr., France 1483, fol. 44?, il est presque certain qu'elle a été interceptée.
2. Lettre citée du 2 janvier 1677 • " ••• ^o^s ne sçauriez mieux [faire] que d'escrire selon le dessein que vous en aviez pris; mais, aiant considéré ce projet plus attentivement, je croy qu'il y faut adoucir trois ou quatre endroits, comme vous verrez qu'il {sic) y sont dans la copie que l'on vous envoie, et de plus qu'il faut laisser dans la troisième page ce que je vous avois mandé que vous en pourriez retranché [sic). Tout considéré, il vaut mieux que cela y demeure. »
3. Ces deux lettres sont publiées in extenso par Grandet, t. II, p. 39-50; fragmentairement par [Guilbert], Mém. hist. et chrouoL, p. 76-80; in extenso aussi dans les Œuvres d'Arnauld, t. XXV, p. 338-345. Ce dernier éditeur les attribue toutes deux à Antoine Arnauld et prétend même que le texte de la seconde « a été copié sur l'original, écrit tout entier de la main de M. Arnauld » (p. 342, note).
cations et, par une seconde lettre de cachet (3o décembre 1676)^, il ordonna à Autichamp de tenir la main à l'exécution de ses premières prescriptions, tandis qu'il enjoignait à La Varenne, son lieutenant pour toute la province, de disperser les communautés fondées par Gallard à La Flèche, au Lude, à Ghâteau-Gontier et à Beaufort-en- Vallée^.
Gallard mourut en exil à Brive-la-Gaillarde^.
Henry Arnauld se voyait séparé par force de tous ses conseillers, de tous ses amis; il put connaître à ses dépens la vérité de ce mot si cruel de Saint-Simon sur Louis XIV, qui « s'étoit flatté toute sa vie de faire pénitence sur le dos d'autrui^ ». Il est touchant de voir à ce moment même, du fond de l'abbaye de Saint-Nicolas, un moine anonyme implorer la Providence pour qu'elle daigne conserver à l'église d'Angers son saint pasteur, dont les forces tant morales que physiques n'avaient pas été affaiblies par les persécutions^.
L'Université n'avait cependant pas encore épuisé toutes les ressources de son hostilité à l'égard de Henry Arnauld.
Nous avons vu que Bourdin, ayant refusé de signer le Formulaire, avait été exclu de la Faculté, déclaré déchu de ses degrés et exilé par lettre de cachet. Or, la chapelle de Saint-Denys du Teil ayant vaqué par la mort de Louis