‹ Henry ArnauldChapitre 18 sur 267 · Andilly, Mémoires, p · texte numérisé non relu

Andilly, Mémoires, p

prendre aucun parti. Lorsque le délai extrême fut presque écoulé, il mit une hâte fébrile à accomplir l'acte irrévocable. Il obtint d'Urbain VIII un bref dit extj^a tempora^ c'est-à-dire l'autorisant à recevoir les ordres tant mineurs que majeurs, sans observer les intervalles prescrits par le concile de Trente. Il ne voulut pas d'autre consécrateur que son maître, Bentivoglio. Après avoir été examiné par un barnabite, il obtint du cardinal-vicaire Mellini la licence nécessaire. Les ii, i5, 21 et 22 septembre 1624, Bentivoglio conféra à son fidèle familier, âgé de vingtsept ans et dix mois, les quatre ordres mineurs, dans sa chambre, — le sous-diaconat, le diaconat et enfin la prêtrise, dans sa chapelle. Ces arrangements hâtivement pris, je dirai même ces formalités, sont loin de l'éminente dignité du sacerdoce selon Port-Royal!

Quelques jours après, Bentivoglio quittait Rome. Pour justifier ce départ, il invoquait le besoin de mettre en ordre ses intérêts domestiques, son désir de revoir Ferrare, dont le soin des affaires publiques l'avait éloigné depuis dix-huit ans, enfin l'accomplissement d'un pèlerinage votif à Lorette^ Sous ces raisons convenues, on sent transparaître l'amertume de la disgrâce et le désir d'éviter les affronts de Béthune. Bentivoglio resta loin de Rome jusqu'au i^^ janvier 16252. Dès le 2, il rompit l'un des liens qui l'attachaient à la France, en résignant l'évêché de Riez3.

Henry Arnauld accompagna-t-il le cardinal dans son

1. Béthune à Herbault, 28 août 1624 (arch. Aff. étr., Rome, t. 84, fol. 264); Bentivoglio à Richelieu, 22 septembre 1624 [Ibid., Rome, t. 35, fol. 45).

2. Bentivoglio à Richelieu, Rome, i^r janvier 1625 (arch. Aff. étr., Rome, t. 36, fol. 6).

3. Bentivoglio à Richelieu, Rome, 2 janvier 1625 {Ibid,, fol. 8). Il annonce sa résignation de l'évêché au minime La Fare, moyennant une pension.

voyage à Ferrare et en Lombardie? Il est permis de le supposer, puisque Bentivoglio écrit « que M. de Trie a toujours fait sa demeure auprès de ma personne ». D'ailleurs, la situation devenait trop délicate pour que Henry Arnauld pût songer à la prolonger. Richelieu, qui n'en vint jamais à une rupture ouverte avec Bentivoglio, dont il ménageait l'influence, souffrait impatiemment l'indépendance de l'ambitieux cardinal. Après être resté absent quatre ans et demi, l'abbé de Saint-Nicolas devait songer au retour. Lorsqu'il s'y décida, au début d'octobre 1625, Bentivoglio écrivit à Richelieu une lettre flatteuse au sujet de son jeune compagnon', louant « sa vertu et sa rare modestie, accompagnée d'un grand jugement et de beaucoup de lettres... Outre la capacité qu'il montre pour toutes négociations, il est extrêmement informé des choses de la cour de Rome ». Arnauld d'Andilly a sans doute ignoré ce témoignage, car il n'aurait pas manqué d'en faire l'ornement du temple fastueux qu'il éleva à la gloire de sa famille! Richelieu ne tint nul compte de ce certificat un peu compromettant. Quand Henry Arnauld rentra en France, dans les derniers jours de 1625, il était en droit d'espérer une belle carrière; mais le cardinal le laissa dans l'obscurité et, pendant tout son ministère, le tint à l'écart des fonctions publiques.

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