‹ Henry ArnauldChapitre 20 sur 267 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'imbroglio de Toul ; séjour a Saint-Nicolas d'Angers

[Ce chapitre n'était pas complètement rédigé; il n'en existait qu'un brouillon très abrégé, qui devait recevoir plus tard les développements proportionnés d'une rédaction définitive. On a essayé de tirer parti de cette première ébauche, pour ne pas laisser dans la biographie de Henry Arnauld une trop grave lacune.]

Cette époque de la vie de Henry Arnauld, que l'on pourrait appeler la saison des amis, ne s'écoula pas toute entière entre Paris, Pomponne et Port-Royal. Elle faillit être troublée par les plus hautes destinées. L'amitié intime des Feuquières pour les Arnauld produisit de grands effets. Rarement vit-on des parents aussi unis. Le brave militaire qui avait nom Manassès de Pas, marquis de Feuquières, prodigua son appui et sa protection aux Arnauld, parents de sa femme; il aima toujours à les favoriser, soit qu'ils fussent de robe ou d'épée. Il eut même la naïveté d'offrir à Antoine Arnauld la chantrerie de la cathédrale de Verdun, et celui-ci écrivit à ce sujet à la marquise de Feuquières, sa cousine germaine, plusieurs lettres à peine honnêtes, où il se déclarait incapable d'accepter ce bénéfice, « ne croyant pas que les charges ecclésiastiques dussent estre la matière de nostre avarice et de nostre ambition' ».

I. Lettres d' Arnauld^ éd. Lausanne, t. I, p. i3. Antoine fut d'ail-

LA VIE DE HENRY ARNAULD. 5g

Henry Arnauld ne crut pas, comme son frère, « faire un sacrilège d'accepter une dignité..., n'estant pas disposé à y rendre tous les services à quoi elle oblige », et il se laissa donner sans difficulté un canonicat et une charge d'archidiacre dans la cathédrale de Toul. Sur l'intervention de Manassès de Pas, gouverneur de la ville ^, le cardinal Nicolas-François de Lorraine -Vaudémont, évêque de Toul, donna à Henry l'archidiaconé de Vittel dans son église; le brevet sur parchemin en fut signé par le cardinal le 9 janvier i633^. Le 4 mars, Nicolas Deschamps, archidiacre du Port dans la même église, prenait possession du bénéfice comme procureur de Henry Arnauld, et celui-ci venait un peu plus tard en personne à Toul pour la prestation de serment, et ce fut peut-être l'occasion d'une agréable réunion de famille chez ses cousins.

Trois ans après, le i3 septembre i636, les chanoines choisissaient Henry Arnauld pour leur doyen, et l'on peut croire que l'influence de Manassès de Pas, qui était encore gouverneur de la ville, ne fut pas étrangère à cette élection^.

leurs par la suite forcé d'accepter ce bénéfice malgré lui, à cause des difficultés que les chanoines rencontraient en cour de Rome pour trouver un nouveau titulaire {Vie d' Arnauld, t. I, p. 26).

1. Cette intervention est établie par une lettre de Meunier à Du Fresne, deux agents d'affaires des Feuquières {Lettres inédites des Feuquières, par A. Gallois, t. I, p. 200).

2. Le brevet original est conservé dans les archives familiales du château du Fayel. Une mention s'en trouve aux Affaires étrangères, France 1481, fol. 334.

3. « Le 12 septembre i636, décès de M. Hordal, doyen. On prend jour pour l'élection d'un successeur. Les chanoines réfugiés à Void à cause de la peste enverront leurs suffrages cachetés s'ils ne se peuvent trouver en chapitre; et, le lendemain i3 septembre, élection d'un autre doyen de gremio, faite à la pluralité des voix, en faveur de M. Henry Arnauld » {Archives départementales de Meurthe-et- Moselle, G 104, p. 254). Cet Hordal se prétendait « de l'illustre famille de la Pucelle d'Orléans » (ms. fr. 17871, fol. 192).

6o LA VIE DE HENRY ARNAULD.

Puis, sans que le nouveau doyen ait en rien sollicité une si haute faveur, l'évêque Charles-Chrétien de Gournay, qui avait succédé au cardinal de Vaudémont, étant mort le 14 septembre 1637, le roi Louis XIII désigna Henry Arnauld pour lui succéder par un brevet du 28 septembre, à l'instigation du P. Joseph. Dès le jour même. Meunier, agent des Feuquières, l'écrivait de Paris à son collègue du Fresne^, et le 3o Henry désignait un économe pour administrer le temporel du diocèse jusqu'à sa prise de possession^.

Le 10 octobre, le chapitre de Toul élisait à son tour Henry Arnauld pour son évêque. Celui-ci hésita beaucoup à accepter; ce fut seulement le 22 janvier i638 qu'il signa son acceptation '^. On comprendra sa longue indécision lorsqu'on saura qu'en ne refusant pas, il se lançait dans l'imbroglio le plus difficultueux qu'on pût imaginer. En

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