Lettres inédites des Feuquières, t. I, p
2. Ibid., p. 200. — Je me crois en droit de renverser ici tout ce que Dom Calmet, la Gallia christiana (qui émet cependant un doute : videtur), Benoît et après eux l'abbé Martin ont dit de cette nomination. Ils racontent tous que l'élection par le chapitre, dont il va être parlé, est antérieure au brevet et que c'est sur les instances du P. Joseph que le roi se décida à confirmer l'élection par son brevet. L'obstacle définitif à cette version est que le brevet est du 28 septembre et l'élection du 10 octobre. Les auteurs susnommés, qui ne connaissaient que la date de l'élection par les registres capitulaires de Toul, ont pu faire cette erreur par ignorance de la date du brevet. La lettre de Meunier à Du Fresne du 28 septembre détruit aussi l'hypothèse que le brevet eût été antidaté.
3. Archives de Meurthe-et-Moselle, G 104, p. 298. — Plusieurs années après, le 8 mars i655, Henry Arnauld racontait en carrosse, entre Loches et l'Isle-Bouchard, à l'évêque de Vannes, que Richelieu et le P. Joseph durent lui forcer la main pour qu'il acceptât (Journal de Guy Arthaud, dans VAnjou historique, novembre 1904, p. 247). Tous les biographes, et Chapelain lui-même, voient dans cette attitude du doyen une preuve de désintéressement. C'est possible; mais c'était aussi prudence de sa part; connaissant la cour romaine, il savait quelles difticultés l'attendaient.
LA VIE DE HENRY ARNAULD. 6l
effet, le concordat de François P^ ne s'appliquant pas aux Trois-Evêchés, les nominations aux bénéfices et en particulier aux évêchés y étaient depuis longtemps l'objet de luttes très vives. En 1634, les chanoines de Toul avaient encore affirmé solennellement que « les trois éveschez de Metz, Toul et Verdun sont totalement subjectz au Saint- Siège quant à la collation et provision des bénéfices^ », et le roi ayant nommé directement Charles- Chrétien de Gournay comme évêque, ils avaient protesté vigoureusement et obligé le roi à révoquer son brevet. Puis, ayant gain de cause en théorie, ils s'étaient empressés d'élire ce même Gournay pour leur évêque. Le même cas se représentait en i638; le roi voulait exercer son droit de nomination, le chapitre tenait à son droit d'élection et le pape, repoussant les deux prétentions, désignait de son côté dès le mois de novembre l'abbé de Bourlémont^.
Henry Arnauld, en tranquille villégiature à Pomponne, ne se préoccupait pas outre mesure de cette situation extraordinaire, et Chapelain était obligé de lui rappeler que, sans sortir d'une réserve prudente, il ferait bien de ne pas négliger le P. Joseph. Il est vrai qu'il avait alors de plus saintes préoccupations; la retraite d'Arnauld d'Andilly, celles de Le Maistre, de M. de Séricourt détournaient son attention. L'esprit de Port-Royal inondait à grands flots toute la famille, disait Chapelain^.
Mais, pendant ce temps-là, l'affaire de Toul semblait tourner à la confusion de la France. Dès le mois de janvier i638, il n'était bruit que des démarches instantes du pape auprès du roi pour le décider à révoquer son brevet. Il fut
1. « Remonstrance au roi pour faire voir à S. M. qu'elle ne peut rien prétendre à la collation et provision de révesché de Toul » (ms. de Nancy 626 (681), p. 6).