‹ Henry ArnauldChapitre 239 sur 267 · I. Ci-dessus, p. i · texte numérisé non relu

I. Ci-dessus, p. i

Constitution, ce qui commençoit desjà à exciter de très grands troubles dans les esprits par l'opposition que ceux qui estoient d'un sentiment contraire y apportoient, j'ai crû estre obligé d'empescher par mon mandement le désordre que cela pouvoit produire, et pour cela je déclaray que je ne sousfrirois point qu'en s'escartant des termes exprez de la Constitution on feist retomber la censure sur saint Augustin : en quoy il me sembla que je tesmoignois le respect que j'ay pour Sa Sainteté, puisque je ne faisois que suivre son intention, tout le monde sçachant qu'elle a expressément déclaré qu'elle n'entendoit pas que cette constitution portast aucun préjudice à la doctrine de ce grand saint. Aussy, comment pourroit-on présupposer, sans lui faire un extrême tort, qu'elle eust pu seulement avoir la pensée d'oster à saint Augustin l'honneur que toutte l'Église luy a rendu jusques à cette heure de le tenir pour le docteur de la grâce, ayant publié partout depuis douze siècles que sa doctrine touchant la grâce et le libre arbitre est la sienne propre et qu'elle en est la dépositaire et la gardienne; d'où on peut juger aysément que, puisque le Saint-Esprit a porté toute l'Église par la bouche des Pères, des papes et des conciles à louer, à approuver et à canoniser sa doctrine de la grâce comme toute saincte et toutte apostolique (n'ayant esté que l'interprète de saint Paul), elle ne le peut déshonorer jusques à ce poinctettous les Pères qui l'ont suivy et tous les papes qui l'ont révéré, sans faire croire qu'elle a esté ignorante, aveugle, sujette à l'erreur et dans l'erreur, et qu'elle doict se rétracter aujourdhuy en condamnant les poincts form^els de la doctrine catholique et toute céleste de ce divin Père comme des impiétés et des hérésies. Voilà, Monsieur, mes pensées sur cet endroit de mon mandement et sur lequel je me suis un peu estendu comme estant le plus important... [Il explique ensuite pourquoi il a dit à ses ouailles de suivre la voie étroite de l'Évangile et quitter « la voye large de péché qui conduit à la mort. »] Mais, Monsieur, la longueur de cette lettre m'oblige de la finir par où je l'ay commencée, en vous parlant de votre extrême bonté pour moy, puisque c'est d'elle seule que je puis espérer le pardon de mon importunité et la faveur de continuer à me croire, etc.

(Aff. étr., F'rance 1482, fol. 199-200, copie).

Lettre de Hugues de Lionne à Henry Arnauîd*. (18 juillet 1661.)

J'ay receu votre lettre du 6 courant. Vous avez eu raison de m'avertir qu'il importoit extrêmement que celle que vous écriviez au Roy ne fut pas receiie comme l'une de tant de simples réponses qu'on a faites à S. M. sur le Formulaire. Elle s'en est aperceiie par la lecture que je luy en ay faict d'un bout à l'autre, et vous n'aviez pas sujet de craindre que sa longueur la rendît ennuyeuse, mais plus tost que les sentimens qu'elle contient fâcheroient sensiblement S. M. En effet, je ne dois pas vous celer qu'elle n'ait été surprise et fort touchée d'avoir vu que vous estiez le premier jusques icy et le seul évêque qui ait voulu seconder, appuyer et deffendre par raisons la conduite des grands vicaires de l'archevêché de Paris touchant le Formulaire. Je ne dois pas aussy vous déguiser qu'on n'ait eu grand soupçon que votre lettre a été concertée avec Monsieur votre frère, du moins qu'elle lui a été communiquée, puisqu'elle étoit à cachet volant et qu'on a seulement mis de la cire au-dessous du cachet lorsqu'on a voulu me la faire rendre. Vous pouvez juger. Monsieur, si toutes ces particularités, que de plus habiles gens que moy ont remarqué, m'ont dû causer de la douleur, m'intéressant au point que je fais en tout ce qui vous regarde, et ayant toujours assuré le Roy que pour porter un même nom vous n'étiez pas plus persuadé que ses sentimens dussent être suivis en ces sortes de matières. On a dit qu'il n'étoit nullement lieu en ces rencontres de distinguer par des subtilités de l'école les questions de droit et de fait, qu'il ne s'agit que de condamner la doctrine de Jansénius contenue dans les cinq propositions en suite de ce qu'ordonnent les constitutions des papes Innocent X et Alexandre VII, de la déclaration d'une très nombreuse assemblée des évêques de France et du dernier acte de la Sorbonne. Autrement, TÉglise n'auroit jamais nul moyen de faire tomber ses censures et ses foudres sur aucun hérésiarque, puisque, quand elle auroit condamné ses erreurs

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