Hermant, Mémoires, t. II, p
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tifier lui-même de dénonciations perfides faites à la cour. La lettre adressée au secrétaire d'État Du Plessis-Guénegaud, dont la mère Angélique entretient l'abbé de Fleury, confesseur de la reine de Pologne^, se retrouve dans les archives ministérielles^. On y voit que Guénegaud avait écrit à Henry Arnauld pour lui demander quelques explications sur son mandement; l'évêque affirme au ministre que, par tous moyens, aussi bien oraux qu'écrits, il a invité ses diocésains à se soumettre sans restrictions à la bulle. La conduite de l'évêque obtient d'ailleurs l'approbation entière de la mère Angélique, et la mère Agnès est de même avis^.
Si l'on peut s'étonner que les adversaires de Henry Arnauld et ceux de Port-Royal aient pu en quelque façon se scandaliser de son mandement, la raison de leurs reproches est cependant bien évidente : ils voulaient voir les évêques parler plus fort que le saint père et compléter une condamnation jugée insuffisante. Les évêques assemblés au Louvre chez Mazarin le i8 juillet i653 pensaient déjà à faire la leçon au pape^. Mais un prétexte s'offrit à eux pour préciser leur doctrine lors du mandement extrêmement violent de l'archevêque de Sens, Gondrin, pour la publication de la bulle d'Innocent X. Les prélats allaient
1. Lettre du 28 février 1654 [Lettres de la mère Angélique, no 604).
2. Arch. Aff. étr., France 1482, fol. 199-200, lettre de Henry Arnauld, du 27 décembre i633, à un secrétaire d'État. Cette lettre s'identifie nécessairement avec celle dont parle Angélique. Voir Pièces justificatives, no 2. Du Plessis-Guénegaud était, on le sait, ami intime de la famille Arnauld. Cf. Œuvres d'Arnauld, t. I, p. 629.
3. Lettre à M^e Perdreau (août i633); Lettres de la mère Agnes, éd. Feugère, t. I, p. 271.
4. Hermant, Mémoires, t. II, p. i23 et suiv.; [Du Pin], Histoire ecclésiastique du XVII^ siècle, t. II, p. 258; Mémoires historiques sur le Formulaire, t. I, p. 107, etc.
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pouvoir se donner un semblant de raison, s'érigeant en défenseurs de la discipline et de l'autorité papale. Secondés puissamment par Mazarin, et malgré les conseils de l'évêque de Lodève, envoyé parle ministre à Rome, les évêques de l'assemblée du Louvre étaient sûrs d'arriver à leur but.
Ce fut en effet sur l'affaire du mandement de Sens que s'ouvrit l'assemblée du 9 mars 1654^ Le cardinal Mazarin, président, nomma huit commissaires destinés à examiner les mandements suspects et à donner une interprétation officielle de la bulle du 3i mai. Le résultat des délibérations de la commission fut transmis à l'assemblée par le plus ancien des commissaires, l'archevêque d'Embrun, La Feuillade. Chose étonnante! la commission propose aux délégués du clergé d'écrire au pape qu'ils ont pris connaissance de sa bulle et qu'ils approuvent absolument la condamnation des cinq propositions faite par lui au sens de Jansénius. L'assemblée impose donc un fait nouveau au pape, en lui assurant artificieusement qu'il l'avait luimém,e indiqué, lorsqu'au contraire Innocent X affirmait à Bosquet n'avoir pas voulu condamner Jansénius pour respecter la paix de l'église gallicane. C'est bien à cette manœuvre que sont dues des contestations séculaires. Cette assemblée du clergé qui adopta l'avis de sa commission en est moralement responsable. Les papes adhèrent aux conclusions de l'épiscopat, et c'est en toute raison, car Innocent X ne faisait que mettre en doute l'opportunité d'une condamnation expresse de Jansénius; or, il ne pouvait y avoir, à son point de vue, de juge plus informé d'une semblable opportunité que la réunion du clergé de France.
C'est Mazarin qui orienta dans ce sens les décisions de
I. Hermant, Mémoires, t. II, p. 419 et suiv.; Procès-verbaux des assemblées du clergé, t. IV, p. 192-197.
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ses confrères : on sent dans toute cette affaire sa main puissante et haineuse; il prit la parole à la fin de l'assemblée pour dénoncer non plus seulement Gondrin, mais les quatre évêques qui semblaient s'opposer plus directement par leurs mandements à la condamnation de Jansénius et être contraires aux doctrines de l'assemblée^. Henry Arnauld- était au nombre de ces quatre évêques; son mandement, très conforme à la bulle d'Innocent X, était en effet en désaccord avec les visées des antijansénistes.
Des évêques incriminés, Henry Arnauld était le seul qui ne fût pas présent à l'assemblée; nous connaissons les discours que firent, à plusieurs reprises, les trois autres : Choart, Choiseul, Gondrin; toutes leurs sollicitations, tous leurs arguments restèrent vains; le 28 mars, l'assemblée, après avoir reçu une solennelle hospitalité de Mazarin, se décida, à la suite d'un somptueux repas, à écrire au pape un résumé du discours de La Feuillade^. L'évêque de Beauvais se mit à couvert en rentrant dans son diocèse au sortir de table ; Sens et Gominges, par une concession qu'ils crurent politique, donnèrent leurs signatures à la lettre du pape, aussi bien qu'à celle aux archevêques et évêques annonçant la délibération : c'est là une de ces nombreuses palinodies dont se rendirent souvent coupables les deux prélats et qui, aux yeux des jansénistes, chargent leurs mémoires d'une tache indélébile.
Dès que Mazarin eut tourné le dos, Gondrin et Choiseul se repentirent et, de concert avec Choart, ils récrivirent au pape, donnant quelques raisons de leur conduite antérieure, mais, en somme, la désavouant. « C'étaient là, dit gravement Hermant, de faibles efforts et presque les der-