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ET LE JANSÉNISME. 2o5

sensible à l'outrage que le pape voulait faire aux libertés de l'Église gallicane. Alexandre VII avait beau, dans cette lettre, assurer qu'il condamnerait les quatre évêques et ferait mettre à l'index leurs mandements, et cela presque durant son agonie (i8 janvier), il était impossible que le roi acceptât des commissaires, simples porte-paroles du pape.

Ces menaces du pape contre le gallicanisme avancèrent plus la paix de l'Eglise que n'eussent fait les attitudes les plus conciliantes : on eut peur, de part et d'autre, de trop remuer ces troublants problèmes. L'épiscopat français se partagea tout différemment : plus d'un prit la défense des quatre, non à cause d'attaches jansénistes, mais pour se garder de l'ultramontanisme envahissant. Appuyés sur un usage immémorial, les quatre évêques réclamaient leur jugement par des conciles provinciaux, et cette théorie agréait à plusieurs membres du clergé. Le décret par lequel l'inquisition mit à l'index les mandements des quatre combla la mesure. Il motiva en particulier la curieuse assemblée des prélats languedociens, qui eut lieu en février 1667. Neuf d'entre eux écrivirent une protestation au roi, montrant l'attentat que le saint-siège avait commis contre les libertés de l'Eglise en confondant dans un même décret les mandements de saints évêques avec des livres obscurs et souvent hérétiques ^ Hercule de Lévis-Ventadour, évêque de Mirepoix, ancien jésuite, si

I. Voir le récit officiel de cette assemblée imprimé sur-le-champ et reproduit par [Varet], Relation de ce qui s'est passé dans l'affaire de la paix de l'Église, t. I, p. 814 et suiv. Bourlémont, l'archevêque de Toulouse, fort bien renseigné sur les affaires romaines par son frère l'auditeur de rote, fit voir les hésitations du pape devant une condamnation particulière des mandements des quatre. Alexandre VII, « n'ayant rien trouvé qui pust estre noté d'hérésie, avoit pris l'expédient de les censurer in gloho et de les mettre dans VIndice » (p. 319). Le décret de l'Index se trouve p. 3i5.

connu par son intransigeance antijanséniste, comptait parmi les neuf signataires.

Les quatre évêques n'avaient plus qu'à se tenir cois; Pavillon l'écrivait à Choiseul et Henry Arnauld à son frère ^ .

Alexandre VII mourut le 20 mai^. L'élection de Clément IX, dont les tendances modérées comme cardinal Rospigliosi avaient été souvent appréciées, fut très significative.

C'est à Gondrin, s'il faut en croire Varet^, que revient l'honneur du pas décisif fait dans la voie de Tapaisement. L'archevêque de Sens eut en effet l'idée de faire signer, par le plus grand nombre d'évêques possible, une lettre au pape pour prendre la défense des quatre. Il s'adjoignit Vialart, l'évêque de Châlons, qui, on le savait, ne laissait pas de s'être souvent gourmé avec les jansénistes^. Ils rédigèrent, chacun de leur côté, un projet de lettre. Gondrin faisait valoir dans la sienne les qualités personnelles des quatre évêques; celle de Vialart fut préférée parce qu'il s'attachait surtout à la doctrine et qu'il reprenait les arguments que Henry Arnauld avait exposés au pape le

1. Lettre du 18 mai 1667 signalée par Varet, t. I, p. 18, qui n'en donne malheureusement pas le texte.

2. Le pape avait expédié, le 22 avril, un bref déléguant neuf évêques au procès des quatre : ce bref, œuvre de l'entourage d'un mourant, ne pouvait, Arnauld le voyait bien, avoir aucun effet. Les termes n'en pouvaient agréer au roi et, de plus, les commissions des juges expirèrent avec le pape. Cf. Vie d'Arnauld,X. I, p. 328; Vie de Pavillon, t. II, p. 220.

3. T. I, p. 34 et suiv. Le canevas de notre récit de la paix de l'Église sera cet excellent livre de Varet, véritables Mémoires d'un homme placé à la source de toutes les informations; nous croyons inutile d'en donner presque à chaque ligne la référence.

4. Vialart leur était même fort suspect; il avait signé! Voir une lettre d'invectives d'Antoine Arnauld sur son compte : Hermant, 1. XXVI, ch. IV. Il eut aussi un grand rôle dans la « défection » des grands vicaires [Ibid., 1. XXVII, ch. i).

28 août 1661; arguments qui, à cette époque, affirme Varet avec une singulière inexactitude, n'avaient eu c( aucun mauvais succès ^ ». Ce fut à la fin d'août et en septembre 1667 que, le texte de la lettre étant dressé, Vialart se chargea d'obtenir des signatures. En grand secret et pour échapper aux Jésuites, il trouva dix-neuf évêques, qui témoignèrent en particulier au pape de la « foi si pure et la vertu si reconnue » des quatre évêques.

En décembre, les mêmes dix-neuf rédigent une lettre au roi^, où ils déclarent adopter la doctrine des quatre, étant « opposés à une nouvelle et pernicieuse doctrine contraire à tous les principes de la religion, aux intérêts de V. M. et à la seureté de vostre Etat, par laquelle on veut attribuer à S. S. ce qui n'appartient qu'à Dieu seul, en le rendant infaillible dans les faits mêmes ». C'est précisément ce que Henry Arnauld écrivait cinq ans auparavant^. Mais, alors, il était seul; les circonstances ayant changé, il se trouva aisément dix-neuf évêques à parler comme lui et à prendre la défense , devenue moins dangereuse , des rebelles. Il faut aussi remarquer que les signataires affirment que nombre d'entre eux ont adopté la doctrine des quatre, sans faire de mandements aussi nets, assurément, mais par des procès-verbaux contenus dans leurs greffes ou en fermant volontairement les yeux sur la doctrine de certains membres de leur clergé; mais les dix-

1. Varet, p. Sy : « On représenta que M. l'évêque d'Angers aiant écrit les mêmes choses au feu Pape, sa lettre n'avoit eu aucun mauvais succès et que, si elle n'avoit pas arrêté entièrement les poursuites des Jésuites, on n'avoit osé aussi lui en dire la moindre chose ; mais, au contraire, elle avoit été approuvée de tous les théologiens de Rome. »

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