‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 10 sur 82 · CHAPITRE DEUXIÈME. — ANNÉES DE COLLÈGE · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME. — ANNÉES DE COLLÈGE

et bientôt pour le même motif qui leur donne tant d'importance aux yeux des éducateurs expérimentés. Il comprit vite qu'entre jeunes gens les longues causeries ne sont pas le meilleur emploi des heures de récréation. Dès lors ce lui fut un devoir de soustraire ses compagnons aux mauvais conseils du désœuvrement. Sans l'attestation formelle du directeur même d'Henry cette pensée de zèle eût peut-être passé inaperçue tant elle était bien servie par le naturel de son auteur. -

En promenade, où il conduisait la marche, il avait habitué la division à le suivre au pas de charge pr les chemins les plus invraisemblables... un peu loin parfois. Témoin ce jour, où en l’absence du surveillant ordinaire, il entraîna son monde dans le brouillard, jusqu'au sommet d’une colline couverte de neige. Ce n'était rien encore, mais il restait à redescerdre. Débandée, en déroute, égrenant sa longue file de traînards, la division rétrograda par des chemins creux, vers le collège qu’elle atteignit bien après l'heure réglémentaire. « Une retraite de Russie », dit un revenant de l'expédition. Ge soir-là, le trop ingambe chef de file reçut, comme bien l’on pense, une semonce en règle. Mais on va voir qu'il avait retenu Ia manière de les accepter.

En une autre occasion, comme son pas élastique dégénérait en course folle, le surveillant, à bout de moyens pour contenir l'infatigable marcheur, l'interpella vigoureusement, à la sourde joie de l’arrièregarde. Le soir Henry vint le remercier de ce petit af-

front, et le prier de ne pas manquer à l'avenir pareil les occasions de l’humilier.

Dans la grande cour du collège, son ardeur était plus à l’aise. Henry était d’une force rare à tous les jeux. Aux barres, au cerceau, au football, sur les échasses ou sur ses patins, il était le premier sans conteste. La voix commune de ses compagnons l’avait nommé « chef de camp ». Ah! les belles parties qu'il a conduites. Alerte, agile, infatigable, prompt du regard et de la main, il gouvernait et entraînait son monde avec le coup d'œil et la brève parole d’un chef d’armée. Et landis que son ardeur et son adresse semblaient avoir passé dans tout son bataillon, lui-même, grisé par la tempête qu'il avait déchaînée, payait de sa personne au plus fort de [a mêlée dont le centre se déplaçait avec lui. Ce que dans ces batailles homériques il a reçu el distribué de « bleus » et de bosses, on ne le saura jamais ; mais la belle affaire vraiment! Tous, même les plus mous, étaient de l’avis du surveillant qui, pendant une absence d’'Henry, s’écriait avec regret: « Aujourd’hui les jeux vont languir ; Beck n’est pas là. »

De vrai on apercevait vite que « Beck n'était pas là! » Mais il a parfois suffi de son seul voisinage pour remettre l'animation dans la cour. À la suite d'une chute, raconte un témoin déjà cité, Henry fut pendant plusieurs jours retenu immobile, sur une chaise longue de l’infirmerie. Aux heures de récréation, il se faisait porter près de la fenêtre pour assister à la

joyeuse mélée, qui tourbillonnait à quelques pas de

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