‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 9 sur 82 · CHAPITRE DEUXIÈME. — ANNÉES DE COLLÈGE · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME. — ANNÉES DE COLLÈGE

fois, ni jamais, personne ne le crut capable d’avoir porté plainte. Lancée à ce loyal visage, l'accusation eût été d’une trop flagrante injustice.

Pourtant l’on savait bien, et pour cause, que ce camarade franc et sûr avait une conscience qu’il était imprudent de heurter. Elle était tenace et ferme comme Îles poings ui la servaient à l’occasion. Henry connaissail quels arguments rabattent à coups plus sûrs certain caquelage; il y recourait sans sourciller, Mais tant pis pour l’imprudent qui s’attirait une correction: celui qui Ia donnait s'était acquis le droit de remplir son klevoir à la face du soleil. Chez ce sérieux enfant, dont la vie était déjà sacrifiée de désir aux plus héroïques dévouements, les sentiments et

les convictions brillaient d’un éclat sincère et géné- reux qui imposait le respect, presque à l’égal du rayon d’innocence qui éclairait son candide et franc regard. Tous subissaient le charme de cette vertu de bon aloi fondée dans un sincère amour de Dieu et des hommes, sans nul mélange des menus travers ou ridicules qui parfois, chez les petites perfections, servent si mal la cause de la piété.

A bien dire, ce charme était aidé par des dons de nature extraordinairement sympathiques. C'était moins encore peut-être la rare distinction de sa personne et de ses manières, que la chaleur communicative de son entrain juvénile. Il n'y manquait même pas cette pointe de bravoure téméraire dont la séduction est si puissante sur des cœurs de quiuze ans. On s’en racontait au collège des traits épiques. Un

jour d'élections, Henry, alors en congé de convalescence, se trouva de passage à Tournai. Firement, la cocarde catholique à la boutonnière, il s’en fut circuler dans la foule qui échangeait des horions sous les yeux de la police, dont les .sympathies inclinaient trop visiblement pour les manifestants lib5raux. Ce que voyant, Henry interpelle les agents en termes vifs, leur alléguant que la rue est à tout le monde. Par crainte des suites un compagnon plus prudent l’entraîne de force. Le soir, au cercle catho: lique assiégé par une bande de vauriens, Henry se distingue dans la défense; il laisse aux mains d’un sergent de ville sa canne qui le servait avec avantage... Il se vit à deux doigts de la suivre lui-même au bureau de police et peu s’en fallut que l’aventure ne se terminât lamentablement par une entrevue avec le commissaire. Même à ce compte, Henry ne se fût pas effarouché outre mesure des suites de sa bravoure, On ne nous demandera pas si nous l’approuvons en ceci de tout point. Mais n'est-il pas permis de penser que cette humeur belliqueuse, sans être le secours le plus nécessaire à la bonne cause, peut cependant se rendre utile quand l’impiété insolente el cynique à besoin d’une leçon? Cette leçon, Henry fut toujours prêt à la donner à ses risques et périls, tenant qu'un chrétien doit avoir du sang dans les veines. |

Mais sa fougue juvénile trouvait un meil'eur emploi sur ‘un théâtre plus pacifique, dans les jeux d’ensemble. Henry les aimait par tempérament d’abord,

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