‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 12 sur 82 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

ANNÉES DE COLLÈGE (Suite).

S 1 considérable que fût sa force de persuasion,

c'est surtout par l'exemple qu'Henry fit le bien parmi ses condisciples. Homme d'action avant tout, il ne se sentait pas né pour le discours, sur lequel d’ailleurs il avait le bon sens de ne pas trop compter. Il exhortait peu, sermonnait moins encore. Son zèle disposait de moyens plus sûrs. Henry n'avait qu'à mcntrer le chemin pour y entraîner avec lui qui il voulait, En rhétorique il se vit en possession de donner, à lui seul, le genre à toute la division. Il fut alors prouvé que le bon esprit peut s'imposer avec le même ensemble que la mode commandée par son chef le plus victorieux.

Parmi les objets préférés de son zèle, on cite Ie culte de Marie. Chez les Frères des Écoles chrétiennes, ses petits compagnons l'avaient à l’unanimité nommé préfet de leur congrégation. Au collège un même hommage lui fut rendu. Les congréganistes de la division supérieure l’élurent préfet au sortir de sa

troisième et, par une seconde exception sans précé-

dents, le maintinrent en charge deux années consécutives.

Dans cette dignité, Henry trouva une facilité de plus, pour répandre, d'accord avec son directeur, la pratique de la communion fréquente. À chaque réunion de la congrégation, on le voyait s'approcher de la Sainte Table, sans préjudice de la communion hebdomadaire du dimanche. Durant les dernières années, il s'en approchaïit régulièrement de deux jours l’un. Son exemple, soutenu par une insinuante mais discrète propagande, ne demeura pas stérile, et le culte de la Sainte Eucharistie en reçut, au collège, un accroissement dont les effets bénis se prolongent, à l'heure qu'il est, en bien des âmes.

Qu'ajouter encore pour donner la mesure du bien exercé par ce vertueux enfant? Rarement se verra mieux l’irrésistible empire de la piété quand elle s’épanouit en pleine terre et au grand vent, dans un beau caractère comme le conçoit la jeunesse, peu sympathique aux plantes de serre-chaude. Cet ascendant s’étendait jusqu'aux Pères du collège: « Je ne puis voir agir Henry Beck,-disait l’un d'eux, sans sonser à nos Jeunes saints. »

Sous des formes diverses, cette parole a été souvent répétée, par des hommes dont le jugement fait autorité.

Aimé et estimé de tous, Henry gagnait encore à être connu de plus près. Peu ont eu cet honneur et ce bonheur. Simple, accueillant, très serviable, il était

à cela près, plutôt réservé que liant. Au collège la

CHAPITRE TROISIÈME. — ANNÉES DE COLLÈGE. 99 consigne était de frayer avec tout le monde. Henry l’observait sans qu'il parût lui en coûter; mais son amitié restait un bien qu'il ne prodiguait pas. Ne concevant pas qu'on pût reprendre son affection non plus que sa parole, il ne se mettait pas dans le cas d’avoir à la retirer un jour. Mais trouvait-il une âme au diapason de la sienne, aimant ou prête à aimer comme lui le bon Dieu et les choses saintes, la liaison s’établissait, lente, car elle devait durer, mais forte el sérieuse comme l'attrait qui en était le principe.

Car Henry n’entendait pas que l’amitié fût une camaraderie sans conséquence. En voici la théorie formulée par lui-même à un compagnon digne de la comprendre: « S’aimer pour mieux faire ce que l'on » doit faire, pour défendre le bien et combattre le

» mal de toutes les manières, C'est, me semble-t-il, 9 3) 1

consacrer la plus belle des choses à la plus belle des

causes. Puis. si l’amitié. si l'amour ne repose pas D) ol

» sur Dieu, crac! cela ne durera pas longtemps, et » les premiers feux passés, tout, même le souvenir, » ne tardera pas à s’éteindre. Mais au contraire, s’ai- » mer tout d’abord parce que nous devons nous aimer,

» comme il est doux d’obéir à un tel ordre! Puis l’a-

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mour chrétien, comme il est large, "comme il est

infini! Il est prêt à tout donner, à tout souffrir; il

» peul écraser, lui, l’égoisme (qui, pour moi, est la

véritable plaie qui ronge le monde) et sacrifier tout,

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même son cœur S'il le faut » (6 janvier 1892). Cette vue austère n’enlevait rien au cordial attachement qu'il témoignait à ses amis. « Je ne puis

dire, écrit l’un d'eux, l'impression que me faisait son simple regard. On y lisait toute son âme: c'était une belle flamme d'affection, pure, vibrante, ardemment et passionnément dévouée... D'ailleurs il détestait toute fadaise et parlait rarement avec intimité. » La plume à la main, il n'était pas plus loquace. Quelques le!tres d'alors, conservées par leur destinataire, donnent, paraît-il, une idée assez juste de sa conversation. Le ton y est bref, d’une brusquerie affectueuse; sa fermeté n'est pas exempte d’une certaine grâce naïve, où perce une sorte de léger embarras.

Comme la plupart des natures profondes, Henry, même aux heures d'abandon, répugnait à laisser voir le meilleur de ses désirs et le plus cher de ses rêves. Cette réserve allait jusqu'à une certaine gêne, dont il se plaint lui-même dans ses lettres. Même le grand projet sans cesse présent à ses yeux, l'unique pensée pour laquelle il vivait, celle de ses chères Missions, il la cachait avec une sorte de pudeur sacrée. Ses plus chers amis furent de longues années à l'ignorer. À celui dont nous ne faisons ici que résumer les souvenirs, il s’en ouvrit la première fois en juin 1691. « Cette déclaration fit sur moi un effet que je n’oublierai jamais, écrit ce dernier. Je lui représentai vainement ce qu'il allait avoir à souffrir, tout ce qu'il allait quitter. Mais le pauvre garçon en savait plus long que moi... »

Avec ses supérieurs, il gardait la même réserve. Sa correspondance nous en donne une preuve caracté-

ristique. En 1893, annonçant à son ancien Recteur,

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