‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 13 sur 82 · CHAPITRE TROISIÈME. — ANNÉES DE COLLÈGE · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME. — ANNÉES DE COLLÈGE

alors à la tête du collège de Charleroi, son admission dans la Compagnie de Jésus, il commence par lui rappeler son ancien attrait pour les Missions; puis il continue: « Vous rappelez-vous combien vous me faisiez » plaisir en me passant votre gros livre de géographie? » Une fois vous sembliez étonné et vous me demandiez » si J'avais envie d'aller vivre là-bas. J’étais tellement » troublé que j'ai menti en balbutiant je ne sais plus » quoi. mais bien le contraire de ce que je pen- » sais. » Notez que le jeune homme qui parle ainsi, a, dans la même lettre, assez de franchise pour dire à un membre de l’ordre où il vient d’être reçu: « Ne » CrOYez pas que je sois feu et flammes pour la Com- » pagnie. jusqu'à présent je n'éprouve guère dat- » trait pour elle... »

Le jour où les ‘amis d'Henry furent mis dans le secret de son sacrifice, bien des choses leur furent expliquées, et en particulier cette ombre de tristesse qui, à certaines heures, voilait son clair regard. Quand il sortait de sa réserve discrèle, presque taciturne, l'écho indistinet d’une obsession douloureuse semblait percer dans sa vive parole. Lui aussi, connaissait-il déjà l’inévitable fardeau de toute existence humaine?

C'était bien Nrai. Dans ce cœur fort et pur, en paix avec Dieu et les hommes, rempli et entouré de saintes affections, dans cette généreuse nature, caressée des plus riantes promesses de la Vie, « l'inexorable ennui » passait par intervalles en énervantes bouffées. Sentant alors le néant de nos joies éphémères, el se rappelant l’austère lendemain qui attendait sa jeunesse,

il frissonnait comme au glas funèbre de ce bonheur prêt à finir. Plus tard, établi dans la paix du sacrifice pleinement accompli, il s’animera au souvenir de ces sombres heures, qui, de loin, le préparaient au détachement absolu. Maïs qu’elles étaient dures à passer !

Il en connut aussi d’autres, où l'épreuve pour venir du dehors n'en était pas moins rude à porter. Lors d’un incident pénible auquel nous avons déjà fait allusion, il écrivait à sa sœur: « Je n’en puis plus: » j'ai presque envie de m’enfuir du collège, mais »ne parle pas à maman de mes dispositions, de » crainte de lui faire de la peine. »

Toutefois ces accès ne duraient pas. Henry avait pour l’en tirer à bref délai, sa piété et son énergie.

Son énergie! elle éclatait partout, non seulement impétueuse, mais tenace, et surtout superbement insouciante de la peine et du danger. Par plus d’un trait, cette volonté indomptable, enthousiaste à froid, rappelle la jeunesse d’un Garcia Moréno, l’un des héros préférés de notre Henry. C’est bien de lui, écrit toujours son vieil ami, qu'il était vrai de dire « que si enfonçant un clou, il eût brisé son marteau, il aurait continué de frapper avec la tête ». « Il fallait que son corps obéît sans être tenté de regimber. » Au gymnase, sur la glace, à la salle d'armes, partout, les exercices les plus dangereux et les gambades les plus invraisemblables avaient immanquablement ses préférences. Contusionné, meurtri, congestionné, les

mains en sang, il s’obstine et s’entête jusqu’à ce qu’on

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