‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 18 sur 82 · NAT PRE · texte numérisé non relu

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misère le poursuivra comme un mauvais rêve. Qui est sujet à de telles suffocalions doit médiocrement soûter les splendeurs de la vie civilisée. |

Malgré son antipathie pour les villes, Henry sait admirer sincèrement Les chefs-d'œuvre de l’art. Ses notes mentionnent avec honneur les grandes basitiques romaines, les cathédrales de Strasbourg et de Cologne, Saint-Paul de Londres, le Palais des Doges de Venise, la basilique de Saïnt-Mare, pour ne citer que queiques noms relevés au hasard. Le Duomo de Milan l’émerveille, Saint-Pierre de Rome l’étonne par sa grandeur; nvais « la fameuse place », la colonnade, trompe son attente. Les tours penchées de Bologne lui paraissent deux cheminées inclinées. Ces quelques jugements donnent une idée du reste. Au surplus, tout l'intérêt des impressions juvén'les — et un peu jeunes, au total, — est à nos veux dans le trait qu’elles ajoutent à la vive physionomie de leur auteur.

Mais ce qui enthousiasme Henry, Le ravit, le transporte, c’est la grande nature, les lacs et les glaciers de la Suisse, les vallées profondes où bruit Ia voix des torrents, les pics rosés des Pyrénées, les Iochis brumeux de l'Écosse, et la mélancolie solitaire de ces Highlands où le mail-coach salope des heures durant sans rencontrer « ni un homme ni une maison». Bévant ces merveilles, toute l'âme d'Henry vibrait d’une émotion grave et pieuse. Mais il faut l'avoir connu de près, pour retrouver dans £es souvenirs de voyage l'accent vrai de ces transports émus.

Ces souvenirs d’ailleurs sont rares. En route, Henry

écrivait peu. Les notes concises qu'il prenait chaque jour sont perdues, ainsi que la plupart des lettres qu'il écrivit à ses amis au cours de ses pérégrinations. Il n'en a guère subsisté que deux courtes relations de ses voyages de Suisse et d'Italie, qu'il avait rédigées pour les lire à ses condisciples. Elles sont dans un style brusque, saccadé, qui court droit son chemin sans chercher, ni prodiguer les mots. Certains passages prouvent du reste que ce dédain de la forme était voulu. Par manière d'exemple, écoutons Henry nous raconter un orage sur le Vésuve.

«.. La chaleur était étouffante, bien que le soleil eût » disparu derrière ld’épais nuages. Cette soudaine » obscurité assombrissait le paysage formé tout en- » tier de montagnes noires, amas de lave recélant les » nécropoles de Pompéi et d'Herculanum que la fu-

reur du monstre a ensevelies. Du trou béant du » Vésuve sortait un panache de fumée sombre qui » obscurcissait encore l’atmosphère. De grosses gout- » tes de pluie commençaient à tomber. Le guide nous » fit arrêter. Aculés contre une roche, nous assistâmes » à l'ouragan; il se déchaîna bientôt dans toute sa » fureur; un vent violent s’éleva et fit redescendre » vers nous les vapeurs sulfureuses qui montaient du » cratère. Les éclairs se succédaient sans interrup- » tion, les coups de tonnerre se confondaient avec » les craquements sinistres qui se faisaient entendre » du côté du gouffre. Il semblait que la montagne, » dans un accès de fièvre, allait se déplacer.

» Trempés par la pluie qui tombait à torrents, suf-

» foqués par le soufre qui nous pénétrait dans les » yeux, les oreilles, la bouche, il nous était impossible » de parler.

» Enfin la tempête parut se calmer, le vent tomba, » les vapeurs se dissipèrent peu à peu, un silence » profond succéda au bruit qui nous faisait trembler » tout à l’heure; le soleil brilla de nouveau, et le » panorama de Naples nous apparut dans toute sa » splendeur.

» Mais l’effrayant spectacle auquel nous venions » d'assister, nous occupait uniquement. Nous inter- » rogeâmes notre guide: « Ÿ a-t-il souvent des orages » comme celui-ci, et n’y, a-t-il pas fréquemment des » accidents? » Lui, en homme habitué aux colères » du Vésuve et des éléments, répondit flegmatique- » ment: « L’orage tue ici bien des touristes; pas plus » tard que le semaine dernière, deux Russes sont » morts à côté du cratère ». |

On a entendu le narrateur dans sa manière soignée. Le plus souvent sa plume rapide se met moins encore en dépense de style. À quoi bon les phrases? Ce qu'on peut dire en deux mots pourquoi le dire en trois? Henry décrit ses impressions sur la Jungfrau et les lacs de Suisse, du même ton bref et alerte dont il raille l'allure processionnelle du rapide de Brindisi, qui s'arrête en chemin pour permettre aux lavandières de venir prendre de l’eau chaude à la locomotive. eo Fo.

Au moins, il ne hâble pas, ce n’est pas à lui qu'on serait tenté de rappeler le dicton: « a beau mentir

qui vient de loin». Voici comment il narre à un

ami un autre danger qu'il courut aux environs de

Naples.

& Eti face de la baïe (se trouve) File de Capri, où

» jai eu üne farce. Be sieimer Stoppe de lacoi à

permettre la visite de la Grotte d'Azur. Puis il continue jusqu'à Marina Grande, où il s'arrête deux heures. J’en profitai pour monter au Solaro ; 585 m. dont près de 599 à pic. La première demi-heure, je imontais rapidement, car lé chemin est le plus raide

que j'ai monté de ma vie; ni en Suisse, ni en Écosse,

> ni ‘dans les Pyrénées, je n’en avais rencoatré un

pareil. Enfin une heure après mon départ, j'arrivais au sommet. II ne me restait plus qu'une demi-heure avant le départ du bateau. Je comptais y arriver bien vite en coupant directement sur Capri. Dans

les commencements, tout marche à merveille, je

‘«escendais avec une rapidité parfois plus: grande

que je ne l'aurais désiré Voilà que tout à coup

Gabs

> J'arrive à la roche, qui descendait à pic dans la

vallée: une muraille d'à peu près 209 mètres. I ny

» avait pas à songer à descendre par là Forte ma

été de regrimper péniblement ce que javais descendu! Chemin faisant, j’entendis le navire siffler. Tous les autres étaient retournés # Naples. Pour

; . ne S x x ire NERO ma consolation, j'ai pu rester loger à Capri, et jy

> ai vraiment été dévoré ». (De Florence, mat 1895.)

Renseignements pris à une autre source, il parait

qu'Henry fut sur le point de constater de plus près

qu'il ne dit l'inelinaison de la roche. I dévalait à

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