‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 26 sur 82 · CHAPITRE CINQUIÈME. — VOCATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME. — VOCATION

étranger que le sont à d’autres certaines tentations d'imprudence.

Mais s'il se trompait dans la pratique, le pauvre

enfant n'avait que trop raison de songer à s'armer de courage, car de pénibles jours se préparaient pour lui.

La fin de l’année arriva. Henry quitta, non sans émotion. le cher collège où il laissait tant de regrets. Cette fois le soleil d'août dut lui paraître moins radieux. Les vacances qui s'’ouvraient étaient les dernières.. Avant même qu'elles se fussent terminées, tous les chers objets au milieu desquels il avait grandi, les pures joies de la famille, ses occupations aimées, toute sa jeunesse enfin aurait pour Jamais disparu dans le passé... Qu'allait-il trouver en échange de tous ces biens, dont il ne se rapprochait, à la veille de l’adieu suprême, que pour mieux sentir le sacrifice de les quitter? Quel effrayant besoin le poussait donc à détruire ce radieux et innocent ‘bonheur, parmi lequel son cœur ne demandait qu'à vivre et où la vie aurait été si douce? Et pourtant il le fallait. Douloureuse pensée, dont l’obsession se faisait chaque jour plus tenace et plus poignante.

Un dernier voyage fut encore entrepris en famille, comme aux temps heureux où l’on partait plein d’insouciance, ayant’1'avenir devant soi. On visita l'île de Walcheren. Au retour, Henry, accompagné de trois amis, partit pour les Ardennes qu'il parcourut à pied... Ni les gais incidents du voyage, ni la libre vie au grand air, ni les longues courses dans les belles val-

lées de l’Ourthe et de l'Amblève, ne purent distraire sa pensée de la redoutable date qui approchait. « C’est alors, écrit un de ses compagnons qui le rejoignit quelques mois après au noviciat, c’est alors que, pour la première et unique fois, j aperçus quelque trace de découragement dans cette âme si vaillante. » L/a-

battement, le dégoût, emplissaient son âme: il s’ac-

cusait de ne plus savoir prier. Lui rappeler que dans quelques jours il serait au noviciat, était une taquinerie qui l’exaspérait immanquablement. Étant de passage à Liège, il fallut l’entraîner de force au collège Saint-Servais, où se trouvaient certains de ses anciens maîtres de Tournai: tant il redoutait « de mettre les pieds dans une maison de jésuites... »

. Le voyage prit fin, comme tout le reste; désormais rien ne séparait plus Henry du terme fatal... Avant de rentrer à Courtrai, il s'arrêta un soir à Bruxelles; telle était devenue l'âpreté de ses répugnances, que le besoin de les assoupir à tout prix le poussa au théâtre, où, du reste, se jouait, ce soir-là, un drame d'aventures fort anodin, tiré d’un roman de Jules Verne. -

Quelques jours avant son départ, il répéta plusieurs fois à un ami venu pour lui faire ses adieux: « Je pars, parce que Je l'ai décidé ainsi; mais je l’assure que c'est sans goût; il me semble que je vais à une pension éternelle... » Le dernier soir il écrivait encore à un ancien condisciple une lettre tout à fait désespérée, où il traitait sa résolution de folie. Mais il ne parla pas de la changer.

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