CHAPITRE SIXIÈME. — NOVICIAT. Si
commune faillit désespérer de Ia situation. À la promenade, ses déboires n'étaient pas moindres. Henry lui jouait les tours les plus pendables avec une insolence de page, devant laquelle l’« ange gardien », réduit aux remontrances pieuses, se trouvait autant que désarmé. |
. Si celui-ci ne riait guère, Henry, de son côté, malgré ‘ses gambades, et sa verve narquoise, avait encore plus envie de pleurer. Cela dura jusqu'à la retraite préparatoire à la vêture. Mais déjà un dérivatif plus profond avait remplacé l'humeur folâtre, comme les notes spirituelles du turbulent candidat en témoignent à l’évidence. Brusquement, l'extérieur se mit d'accord avec les pensées. Avant l'ouverture de la retraite, au retour de la promenade, une dernière bouffée de joyeusetés écolières fut coupée net, comme par une résolution subite. « Allons, dit Henry, il s'agit maintenant d'être sérieux ». Dès ce moment il était devenu le religieux que nous avons admiré.
C'était aussi l'heure de la récompense. Après quelques jours sombres encore, la paix rentra dans cette âme généreuse. Bientôt la joie vint à sa suite, en coup de vent, et cependant c'était pour durer. La correspondance d'Henry devient à cette époque un hymne continu d’allégresse. Le brave enfant revit, tressaille, exulte d’une joie qu'il ne sait contenir ; il 1a crie et la chante avec une verve intarissable, se prodiguant les plus amusantes injures pour avoir méconnu cette heureuse vocation.
« Je suis le plus heureux des hommes là où, il y a
» quelques semaines, je croyais devenir le plus triste » et le plus malheureux des mortels. Oh! que le bon » Dieu est bon! mon cher H., qu’il est bon, jamais » on ne saurait assez le redire... J'étais assez lâche » pour souhaiter, aux derniers instants, d’être plutôt » à cent lieues d'où j'étais! J'étais assez lâche pour » redouter cette vocation si belle cependant; j'étais » assez lâche pour ne regarder l'avenir qu'avec » frayeur, et cet avenir, je te l’avoue, ne me parais- » sait ni brillant ni souriant... Qu'avons-nous besoin » après tout d’une existence brillante et souriante? » Bêtise et néant que toutes ces choses-là!... » Ici un coup de sonnette lui arrache la p'unre des mains. Le soir, disposant de quelques instants, il revient à sa lettre interrompue. « Eh bien! oui, je suis » enchanté d’être ici. Incroyable que cette vie calme, » que cette vie heureuse que l’on mène ici! Jamais » le ne l’ai cru, malgré tout ce qu'on n’a dit, malgré » tout ce que j'avais lu. Idiot que j'étais! car après » tout rien de plus naturel... Oh! quelle admirable » providence m a placé, je dirais presque malgré mo, » dans cette sainte Compagnie... » Le voilà reparti; et 11 va, il va au galop enragé de sa plume, couvrant d’une écriture moins embroussaillée que ses phrases, le chiffon de papier où son âme se déverse à tout hasard, dans une langue inimaginable. Puis, forcé une seconde fois de laisser là sa lettre, il attend trois jours l’occasion de lallonger d’une suite ou plutôt d’un recommencement, où sa joie fait les mêmes
impuissants efforts pour s’exhaler.