‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 37 sur 82 · CHAPITRE SEPTIÈME. — NOVICIAT · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME. — NOVICIAT

Des choses de Dieu et de l'âme, il causait mieux encore. Le noviciat, nous le savons, n’est pas l’époque où ce précieux talent donne sa mesure. Où le don des pieux discours serait-il un mérite vulgaire, sinon dans ce milieu où tout suggère les saintes pensées? Là même pourtant, le ton, le thème dominant, on ne sait quel insaisissable nuance de l'émotion, certain degré id'insistance et d'à-propos y créent, sur le fond commun, des différences significatives. La source de la vive et jaillissante éloquence s'ouvre à des profondeurs où n’atteignent pas les influences de l'atmosphère ambiante. Rien qu'à noter quelles occasions déchaînaient ce flot dans l'âme du Frère Beck, on savait à quoi s’en tenir sur les pensées de son cœur. « Je ne sache pas, dit un de ses co-novices, qu il racontât beaucoup d'histoires pieuses. Il ne réprimandait pas, il n'exhortait pas; mais dès qu’on itraitait en sa présence d'idées qu'il caressait dans son idéal de sainteté, comme le feu de son âme se réveillait! » |

Entre tous les sujets sur lesquels son âme ne tarissail pas, ses missions bien-aimées occupaient un des premiers rangs. L’apostolat lointain, les vertus qu'il exige, les saints qui les avaient pratiquées. les héroiïques exemples d’un François-Xavier et surtout d'un Pierre Claver, son saint de prédilection et le patron de ses chers nègres: dès que la conversation touchait à quelqu'une de ces pensées, l’éloquence d’'Henry rompait ses digues, et toutes les belles résolutions qu'il avait tant de fois réitérées, d’articu-

ler posément et distinctement, étaient emportées comme un fétu.

C’est qu'il parlait alors des choses qui possédaient toute son âme et toute sa vie. Chaque jour, son aspiration vers cet apostolat tant rêvé, devenant plus surnaturelle, devenait aussi plus agissante. Son ancien plan de préparation s'était élargi et compliqué de mainte et mainte pratique dont plus d’une faisait coup double. En même temps qu'elle était censée armer le missionnaire, elle donnait au religieux ample matière à la mortification. Dans ce plan, on le sait déjà, il est possible que l'expérience lui aurait signalé un peu d’illusion. Mais qui eût songé à sourire devant la magnanime générosité qui se dépensait dans ces naivetés héroïques ? C'est ainsi qu il vou ut apprendre plusieurs métiers, y compris celui de cuisinier, dont il paya l'apprentissage au prix qu'il devait coûter à un jeune homme de son naturel, de sa naissance et de son éducation.

Cela dura deux mois. Chaque jour, de grand matin, Henry arrivait à la cuisine en tenue de travail, se mettait aux ordres du bon Frère qui présidait céans, puis s’'armait d'un largé signe de croix: à l'ouvrage maintenant pour jusqu’au soir. Et quel ouvrage! Entendant bien faire une solide connaissance, moins avec les subtilités artistiques du métier qu'avec ses humbles labeurs, le Frère Beck s'imposa de passer par les plus mortifiantes corvées. Souvent, de ses ‘mains gercées et crevassées à faire pitié, — on était aux pires semaines de l'hiver, — il lavait la cuisine

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