‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 38 sur 82 · CHAPITRE SEPTIÈME. — NOVICIAT · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME. — NOVICIAT

à grande eau. Après chaque service, il rinçait plats et chaudrons, ou recurait la batterie à tour de bras. De mémoire de cuisinier, jamais l’on n'avait vu cuivres si reluisants; le dressoir lançait des éclairs. Quand la besogne ordinaire chômait, Henry s'en créait d’autres. Il raccommodait les armoires, perfectionnait leur aménagement, mettait de l’ordre dans le refuge au bric à brac, et parmi cette activité incessante, il passait d’une fatigue à l’autre, toujours souriant, toujours recueilli, sans une parole inutile, sauf peut-être Les interjections de joie qui lui échappaient lorsqu'il préparait le repas destiné aux pauvres. Si à tant laver, frotter et recurer il passa maître ès-arts de la cuisine, c'est une autre question; et peu importe. Par la suite d’ailleurs, il eut le désenchantement d'apprendre, d'un missionnaire revenu au pays, que ses aptitudes culinaires n'avaient nulle chance de trouver leur emploi au Congo, où les blancs ont mieux à faire que d'aller prendre la fièvre auprès d'un fourneau. Si Frère Beck fut affligé par cette découverte, ce fut de n'avoir pas appliqué ses efforts à quelque but plus utile. Pour sa peine, comment l’eût-il regrettée, puisqu'elle constituait le plus clair du profit qu'il avait trouvé à ces longues semaines passées dans le sous-sol enfumé de la cuisine? Quani il savait déjà suffisamment le métier, il continua d’aller exercer les jours de fête, sous couleur de prêter main-forte, mais en réalité parce que cette occupation Je mortifiait étrangement. Et pendant les vacances mêmes où il eut le crève-cœur dont nous venons de

parler, 1l reprit par simple dévouement ses fonctions de maître queux, désormais discréditées dans son esprit. À Tronchiennes encore, aux grands jours, il allait, faute de mieux, laver les plats et ranger la vaisselle. S’il tenait à posséder cet art, on conviendra que tant de leçons n y étaient pas nécessaires. Brave cœur! comme sa qualité d'aspirant missionnaire Pa bien servi à trouver des occasions de se vaincre, et à les cacher.

Elle lui devint matière à de plus durs combats. Cet avenir héroïque dont le désir brüûlait son âme, il avait donné à d’autres le pouvoir de le lui refuser. En useraient-ils? Dieu le savait, mais, dans l’incerütude, il fallait être prêt de cœur et de volonté, prêt à sacrifier l'unique rêve de ses jeunes années. Le maître des novices, qui se connaissait en hommes, appuya sans crainte à l’endroit sensible. En réponse aux transports impatients de son zèle, le Frère Beck s entendait exhorter à l'indifférence. Rude épreuve! S habituer à la pensée que ses aspirations ardentes pourraient être frustrées un jour, c'était déjà bien dur; mais se détacher du désir même, quel sacrifice! Le jour où la loi du renoncement le mordit ainsi au plus vif du cœur, le pauvre Henry dut comprendre qu'il reste encore à donner beaucoup quand on n'a plus rien en ce monde. Il se soumit pourtant. Lui, le « congolâtre », comme il s'était autrefois appelé, il ne parla presque plus des missions. Quand d’autres abordaient le trop séduisant chapitre, il hésitait, comme arrêté par une crainte douloureuse.

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